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Cameroun : l'art de la "dictature
acceptable" ? Autopsie d'un scrutin présidentiel de
Etamé M'Bappé (format .pdf) janvier
2012
Chili, quand le néolibéralisme
triomphant se fissure de Franck Gaudichaud (format
.pdf) novembre 2011
Un gaspillage planétaire,
plus d'un milliard de tonnes de nourriture gaspillées chaque année
de Phillippe Savoye (format .pdf) juillet/août
2011
Faléa (Mali) : la population
s'oppose à une mine d'uranium et trouve des soutiens localement
et en Europe Propos recueillis par Marc Ollivier (format
.pdf) mai 2011
Quand la France est en guerre...
en Afghanistan, en Libye, en Côte d'Ivoire de Jo Briant
(format .pdf) mai 2011
U.S.A. Leonard Peltier et Mumia Abu
Jamal, deux prisonniers à vie... de Jo Briant (format
.pdf) décembre 2010
Les " nouveaux conquistadors"
: Les multinationales européennes en Amérique latine et
le Tribunal Permanent des Peuples de Franck Gaudichaud (format
.pdf) décembre 2010
Sahara marathon... de Philippe
Savoye (format .pdf) avril
2010
Qui sont les peuples autochtones
? de la Commission Peuples autochtones du CIIP (format
.pdf) février 2010
Vous avez dit choc des civilisations...
de Jo Briant et Gilles Lemaire février 2010
Le Sahara occidental... une terre
et un peuple oubliés de Philippe Savoye (format
.pdf) novembre 2009
Un vautour peut en cacher un autre
de Philippe Savoye (format .pdf) octobre
2009
Les méfaits de l'agro-industrie
dans la vallée du Souss (Maroc) de Marc Ollivier (format
.pdf) été 2009
Nouvelle tragédie péruvienne,
nouveau crime gouvernemental impuni de Yannick Lardet (format
.pdf) été 2009
La tragédie des Tamouls
de Jo Briant (format .pdf) juin
2009
Pius Njawe, ce journaliste camerounais
rebelle (format .pdf) janvier
2009
Que fait la France en Angola(gate)
? (format .pdf) janvier
2009
Des ponts pas des murs : sommet citoyen
sur les migrations novembre 2008
Listing des associations/comités
locaux (grenoblois) de soutien aux Sans-papiers (format
.pdf) avril 2008
L'armée française en
Afghanistan, force de paix ou force de frappe Marie-Paule Geney (format
.pdf) mars 2008
La françafrique... au coeur
de la Centrafrique Jo Briant (format .pdf)
mars 2008
Les bilans de la législature réalisés par la LDH
(format .pdf) : Bilan
d'une législature xénophobe, 5 années de chasse aux
étrangers - Bilan
d'une législature sécuritaire, 5 années de recul
de nos libertés mai 2007
Du Sénégal à
l'Espagne, Tribulations d'un migrant à travers le Maroc
mars 2007
Cabinda : un génocide et un
peuple oubliés Joël Batila (février
2007)
Réforme de la législation sur les
étrangers : "Sarkozy a fait ce que Le Pen voulait." Claude
Coutaz novembre 2006
Venezuela : l'espoir d'un peuple
Jo Briant octobre 2006
Manifeste non gouvernemental euro-africain
sur les migrations, les droits fondamentaux et lliberté de circulation
juillet 2006
La francophonie : patrimoine culturel
ou instrument de domination ? Jo Briant mai
2006
Colloque international de Chambéry
"Histoire des mouvements pacifistes aux Etats Unis et en France" avril
2006 :
Maroc : les communiqués des
familles de disparus suite au rapport final de l'IER (Instance Equité
et Réconciliation) mars 2006
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Toujours censurées par l'université Stendhal de Grenoble,
les recherches sur la civilisation américaine poursuivies par
le professeur Francis Feeley et ses étudiants sont accueillies
sur le campus de l'université de Savoie à Chambéry.
Francis Feeley nous a habitués à organiser sur le campus grenoblois
de très intéressantes conférences scientifiques regroupant des
chercheurs venant des Etats Unis et de nombreuses universités
françaises et européennes, mettant en lumière les réalités contradictoires
de l'histoire et de la société américaine et de leurs rapports
aux relations internationales. Depuis que les instances dirigeantes
de l'université Stendhal ont décidé la " mise en extinction "
de son centre de recherche, et refusé son intégration dans un
des regroupements de laboratoires de leur université, les travaux
de recherche du professeur Feeley et de ses doctorants ont été
accueillis par le laboratoire " Langues, Littératures, Sociétés
" de l'université de Savoie. C'est pourquoi le dernier colloque
international qu'ils ont organisé s'est déroulé à Chambéry, sur
le thème " Histoire des mouvements pacifistes aux Etats Unis et
en France " les 5, 6 et 7 avril 2006.
32 intervenants y ont présenté des communications sur l'histoire
et le rôle actuel des mouvements pacifistes aux Etats Unis et
au Canada, sur la problématique de la paix dans le contexte de
la mondialisation, sur l'histoire et les témoignages des réfractaires
à la guerre d'Algérie et à la guerre du Viet-nam. Un tiers de
ces intervenants venaient des universités de Grenoble et de Chambéry,
un autre tiers d'autres universités françaises, et le reste des
Etats Unis, d'Allemagne, de Suisse et de Suède. Des débats animés
ont suivi leurs interventions.
Jo Briant y a défendu la thèse qui fonde de nombreuses activités
du CIIP dans son intervention " Pas de paix sans
justice et sans développement solidaire ". La communication
de Marc Ollivier portait sur "Les refus des
réfractaires à la guerre d'Algérie, révélateurs malgré eux des
déshonneurs de la gauche française". Un reportage sur
les déserteurs américains au Canada au cours des années 70 a été
présenté par André Gazut, réalisateur de la TV suisse, et le 6
avril au soir un concert a réuni les participants avec les étudiants
en grève, où on a pu entendre au piano Tatiana Berechkova-Feeley
et le chanteur Claude Vinci, lui-même refuznik de la guerre d'Algérie.
Félicitations au professeur Feeley et à ses étudiants ainsi qu'à
l'université de Savoie pour avoir organisé ce colloque sur un
thème aussi sensible et important, mais rarement abordé, il faut
le souligner, dans un contexte universitaire.
Marc Ollivier
Pour plus d'informations sur le programme de
ce colloque et sur les intervenants, on peut se reporter au site
du centre de recherche de Francis Feeley, le CEIMSA, hébergé par
l'université de San Diego en Californie depuis que l'université
Stendhal l'a éliminé de son serveur : http://dimension.ucsd.edu/CEIMSA-IN-EXILE/
Ou sur les sites :
http://raforum.apinc.org/article.php3?id_article=3553
http://raforum.apinc.org/article.php3?id_article=3555
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" Pas de paix sans justice et sans développement
solidaire "
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Bonjour ! Je rappelle d'abord brièvement qui je suis et surtout
D'OU JE PARLE, DE QUELLES EXPERIENCES, DE QUELS ENGAGEMENTS JE
PARS. Jo Briant, ex-prof de philo et de sociologie, appartenant
à la génération des militants qui se sont d'abord engagés contre
les guerres coloniales (Indochine, Algérie), qui ont participé
au grand mouvement de mai 68, qui se sont enthousiasmés pour la
tentative d'unité populaire de Salvador Allende au Chili de 1970
à 1973, qui se sont mobilisés contre les dictatures d'Amérique
Latine, notamment au Chili et en Argentine, qui ont soutenu la
lutte non violente et exemplaire des paysans du Larzac contre
un projet d'extension d'un camp militaire qui entraînait l'expulsion
de plus d'une centaine de familles paysannes. En 1980, j'ai participé
à Grenoble à la création du CENTRE D'INFORMATION INTER-PEUPLES,
association de solidarité internationale qui essaie d'agir non
pas contre les effets de la mondialisation néo-libérale et du
mal développement et de la paupérisation des 2/3 de l'Humanité
qui en découlent, mais contre les CAUSES STRUCTURELLES de cette
mondialisation. Et c'est là que j'en viens à l'objet de mon intervention
dont je rappelle l'intitulé :
" PAS DE PAIX SANS JUSTICE ET SANS DEVELOPPEMENT
SOLIDAIRE "
J'ai en effet toujours pensé qu'être UN PACIFISTE CONSEQUENT,
ce n'est pas être pour la PAIX EN SOI, indépendamment du contexte
social, économique et politique. Je m'explique : il y a sur notre
planète des ZONES GRISES, des REGIONS ENTIERES, notamment en Afrique,
mais aussi en Asie, en Amérique Latine, mais aussi à un moindre
degré dans nos fameuses BANLIEUES et QUARTIERS dits SENSIBLES,
où peut régner une PAIX APPARENTE, mais une paix qui peut s'apparenter
à la limite à un GENOCIDE SILENCIEUX. On ne rappellera jamais
assez que 20 000 enfants meurent chaque jour de maladies qu'on
pourrait soigner très facilement si l'on consacrait quelques milliards
de dollars, alors même que le montant annuel des dépenses militaires
est d'environ 1 000 milliards de dollars, et celui des dépenses
publicitaires de plus de 900 milliards de dollars. Le PNUD (Programme
des Nations-Unies pour le développement) a calculé qu'il faudrait
dépenser 80 milliards de dollars par an pendant 10 ans pour garantir
l'éducation, la santé, l'alimentation, l'eau potable A TOUS LES
ETRES HUMAINS DE NOTRE PLANETE. Ca représente exactement 50% de
la fortune des 4 personnes les plus riches du monde !
Dans un premier temps je développerai l'idée, largement étayée
par les faits, selon laquelle la logique économique dominante,
impulsée par les multinationales, ainsi que par les Institutions
financières internationales et par les grandes puissances qui
composent notamment le fameux G8, est une logique de plus en plus
agressive, guerrière, prédatrice, qui génère un état du monde
de plus en plus inhumain et inégal. Dans un second temps, j'évoquerai
le scandale absolu de la DETTE DU TIERS-MONDE qui constitue une
agression extrême, une véritable déclaration de guerre contre
les 2/3 de l'Humanité. Dans un troisième temps, je commenterai
brièvement le commerce honteux et criminel des armes qui illustre
tragiquement une certaine logique économique purement commerciale.
Dans un quatrième temps, je montrerai, exemples à l'appui, qu'il
n'y a pas de paix véritable sans JUSTICE ET VERITE, sans le respect
du droit des peuples et des victimes. Enfin, en guise de conclusion,
,j'essaierai d'esquisser quelques pistes pour l'émergence d'un
MONDE REELLEMENT PACIFIE, c'est-à-dire plus solidaire, moins inégal,
en bref pour un TOUT AUTRE MONDE. Le tout en 15 minutes, une gageure
que je vais essayer de tenir…
1°- LA MONDIALISATION NEO-LIBERALE : CETTE GUERRE DES DETENTEURS
DES CAPITAUX ET DE LEURS ETATS-RELAIS CONTRE LES 4/5 DE L'HUMANITE
Rappelons d'abord ce PARADOXE incroyable, à savoir que le monde
n'a jamais été aussi riche : entre 1960 et 2002, les richesses
mondiales ont été multipliées par 8. Mais en même temps, selon
le PNUD, l'écart entre les 20% les plus riches et les 20% les
plus pauvres a été multiplié par 2 ces 30 dernières années. Les
7 plus grosses fortunes du monde possèdent ensemble plus que la
richesse réunie des 49 pays les plus pauvres. 1 être humain vit
aujourd'hui avec moins de 2 dollars par jour. Et l'espérance de
vie recule dans deux pays africains sur trois.
Ce paradoxe, ce scandale absolu, c'est le produit d'un processus
économique fondé sur un principe unique : la recherche du PROFIT
MAXIMUM. Recherche qui implique la concentration de plus en plus
poussée des capitaux et des outils de production, et l'appropriation
des matières premières, surtout celles qui sont stratégiques comme
le pétrole, par les multinationales et les grandes puissances.
C'est pourquoi, ce modèle économique dominant est en soi éminemment
VIOLENT : il est une GUERRE des détenteurs du pouvoir économique
et financier contre le reste du monde, comme il est une violence
permanente contre la Nature et ses écosystèmes, puisqu'il est
par essence PREDATEUR, orienté sans limite vers l'exploitation
intensive de la planète et de ses ressources. Une donnée qui illustre
d'une façon saisissante cette violence extrême du processus économique
mondialisé : le SIPRI, organisme siégeant à Stockholm dont l'objet
d'études est le processus de paix et de conflit dans le monde),
a recensé pour la période 1990-2002 un total de 58 conflits majeurs,
dont 19 en Afrique, 17 en Asie, 9 au Moyen-Orient, et montre que
la plupart de ces conflits ont pour cause principale la volonté
de s'accaparer des matières premières (c'est bien sûr le cas en
Irak, mais aussi au Congo ex-Zaîre, en Angola avec le pétrole
du Cabinda, et bien d'autres pays et régions), même s'il y a bien
évidemment d'autres causes à ces conflits.
En septembre 2002, l'administration étatsunienne de Bush rendit
publique sa stratégie de sécurité nationale. Elle donnait aux
Etats-Unis le DROIT DE RECOURIR A LA FORCE pour éliminer tout
qu'ils verraient comme un défi à leur hégémonie mondiale, hégémonie
à la fois économique, financière et géo-politique. Il s'agit notamment
de tout faire pour garder le contrôle et la mainmise sur les matières
premières dont les Etats-Unis ont besoin pour maintenir leur modèle
de consommation. Cette doctrine, mise en application notamment
en irak et en Afghanistan, est l'aboutissement logique de cette
dimension fondamentalement agressive et prédatrice du modèle économique
mondial, quitte à forger une DOCTRINE REVISIONISTE, une doctrine
qui balaie d'un seul coup la légalité internationale. On en revient
ni plus ni moins à la LOI DU PLUS FORT. C'est la confirmation
saisissante de la fameuse affirmation de Lénine, mais aussi d'une
certaine Rosa LUXEMBURG, selon laquelle " L'IMPERIALISME EST LE
STADE SUPREME DU CAPITALISME ". Un impérialisme qui se cache derrière
la fameuse TRILOGIE RASSURANTE , " PEACE-DEMOCRACY-FREE MARKETS
: PAIX-DEMOCRATIE-ECONOMIE DE MARCHE " Trilogie reprise par les
Institutions financières internationales ( qu'il s'agisse de la
Banque Mondiale, le FMI ), ainsi que par les élites dominantes.
2°- LA DETTE : CE VOL ET CETTE DECLARATION DE GUERRE CONTRE
LES 2/3 DE L'HUMANITE
Je me contenterai de rappeler quelques données de base : 1°- A
partir des années 60-65, les IFI ( Institutions Financières Internationales
: FMI, Banque Mondiale…) et les pays riches ont incité fortement
les pays nouvellement indépendants à emprunter massivement pour
faciliter, leur disait-on, leur développement et leur décollage
économique. Les taux d'intérêt étaient alors bas, de l'ordre de
3%. Certains pays du Sud se sont alors endettés massivement, sans
réaliser les conséquences perverses qu'un tel processus de dépendance
pouvait générer. 2°- 1973 : survient la crise pétrolière, avec
la création de l'OPEP ( Organisation des pays exportateurs de
pétrole), qui décide de multiplier par quatre le prix du pétrole.
A partir de cette date et de cette crise, les taux d'intérêts
passent brutalement à 10, 15, 18 voire 20%. La dette du Tiers-Monde
explose, et en 1982, survient la crise mexicaine : le Mexique
qu'il n'est plus capable d'honorer sa dette et qu'il cesse de
la rembourser. 3°- Depuis cette date, le montant total de la dette
du T. Monde n'a cessé d'augmenter - elle est actuellement de 2
500 milliards de dollars - au point que de nombreux pays du T.M.
doivent consacrer annuellement au service de la dette un budget,
double, triple, voire plus que leurs cumulés de la santé et de
l'éducation ! Une dette écrasante, qui asphyxie littéralement
leur économie. 4°- Le T. Monde rembourse chaque année 200 milliards
de dollars, alors que l'ensemble des Aides publiques pour le Développement,
y compris les prêts remboursables à un prix inférieur à celui
du marché, ne dépasse pas 45 milliards de dollars. 5°- De nombreuses
organisations, du Nordet du Sud, dont le CADTM ( Comité pour l'Annulation
de la Dette du T. Monde) et Jubilee Sud, estiment que cette DETTE
EST IDIEUSE ET ILLEGITIME, à la fois parce que cette dette a été
le plus souvent contractée par des régimes anti-démocratiques
voire dictatoriaux qui ont détourné une bonne partie de cette
" aide ", et parce que le Tiers-Monde paye sa dette et le service
de sa dette 3 fois et demi plus que ce qu'il reçoit… Question
: QUI DOIT A QUI ?
On peut donc dire que la dette est une véritable MACHINE DE GUERRE
contre le T. Monde et qu'elle condamne celui-ci à une paupérisation
accélérée et à la misère. Il faut demander l'ANNULATION TOTALE
ET INCONDITIONNELLE de cette dette.
3°- CE COMMERCE HONTEUX ET CRIMINEL DES ARMES
On dit que l'argent n'a pas d'odeur. En fait, il a bien une odeur,
celle de la guerre et de la mort, par ventes d'armes interposées.
C'est toujours la même logique : à partir du moment où la seule
logique qui guide l'économie et le commerce internationaux, c'est
la recherche du profit maximum, il est inévitable que les Etats
et les firmes privées se lancent dans cette course juteuse à la
production et la vente des armes, lourdes ou légères.
Quelques chiffres pour situer la dimension de ce trafic et ses
conséquences : - 8 millions d'armes sont produites chaque année
- Le nombre de balles produites annuellement est de 13 milliards,
soit le double des habitants de la planète - On compte environ
640 millions d'armes légères dans le monde - Le G8 est responsable
de 80% des exportations d'armes au niveau mondial - 20 000 personnes
meurent chaque année du fait des mines anti-personnel - La France
est le 3° exportateur d'armes dans le monde, après la Russie et
les Etats-Unis, et Michèle Alliot-Marie, ministre des armées,
s'est félicitée récemment de cette " performance " - Plus de 980
000 personnes dans 170 pays ont déjà signé la pétition " UN MILLION
DE VISAGES " dans le cadre d'une Campagne mondiale intitulée "
Contrôlez les armes "
J'ajouterai qu'un tel commerce est non seulement criminel, car
il entretient entre autres les 59 conflits majeurs que j'ai évoqués
précédemment, et est donc à l'origine millions de morts… (rien
qu'en RDC - République Démocratique du Congo- on dénombre 4,5
millions de morts), mais il est honteux car il revient à inciter
les Etats du T. Monde à s'armer et donc consacrer une partie de
leur budget à ce secteur mortifère, alors que leurs peuples crèvent
de faim…
En ce sens, le COMMERCE DES ARMES est comme l'illustration symbolique
de la logique mortelle d'une mondialisation néo-libérale qui évacue
toute ETHIQUE et qui obéit à la seule logique de la recherche
du profit.
4°- PAS DE PAIX SANS DEVELOPPEMENT SOLIDAIRE, SANS JUSTICE,
SANS VERITE
La conclusion qui s'impose à la lueur de ces données et de ces
éléments d'analyse : IL NE PEUT Y AVOIR DE PAIX fondée sur l'inégalité,
sur la paupérisation des ¾ de l'humanité, sur l'injustice socio-économique.
Une paix véritable implique un AUTRE TYPE D'ECONOMIE basé sur
la SATISFACTION UNIVERSELLE DES BESOINS FONDAMENTAUX DE TOUS LES
ETRES HUMAINS. En ce sens, je rejoins le mouvement altermondialiste
qui postule qu'un tout autre monde s'impose et est possible, un
monde basé sur une économie humaniste et non prédatrice. Nous
en sommes très loin.
J'ajouterai deux points avant de conclure définitivement :
- Pour mettre fin à une guerre, il n'y a pas de paix durable si
cette paix n'est pas fondée sur la justice et le droit international.
Deux exemples : en ex-Yougoslavie, que ce soit en Bosnie-Herzégovine
ou au Kosovo, la paix qui a été imposée, notamment suite aux accords
de Dayton en décembre 1995 pour ce qui concerne la Serbie et la
Bosnie, a en fait entériné et figé la logique ethnico-nationaliste.
En Bosnie, il y a toujours une nette séparation entre les Croato-musulmans
et les habitants d'origine serbe. Une véritable paix fondée sur
une véritable interculturalité reste à construire. 2ème exemple
: au Proche-Orient, le conflit israélo-palestinien ne trouvera
sa solution que dans une paix fondée sur le droit international,
à savoir la reconnaissance de deux Etats, israélien et palestinien,
avec les frontières de 1967, ce qui implique l'évacuation complète
des colonies, avec Jérusalem comme capitale des deux Etats, avec
une reconnaissance du droit au retour des réfugiés palestiniens,
quitte à négocier les conditions de ce droit au retour . Le moins
qu'on puisse dire est qu'il n'y a pas de volonté internationale
pour faire pression sur Israël afin qu'il accepte ces conditions
d'une paix juste et durable.
- Pour instaurer une véritable paix après un état de grande violence
interne, ou à une dictature ( comme dans de nombreux pays d'Amérique
Latine, ou en Algérie), il ne faut pas qu'il y ait OUBLI, NEGATION
de ce qui s'est passé. Une véritable paix et une véritable réconciliation
ne sont possibles que s'il y a d'abord un PROCESSUS DE VERITE
ET DE JUSTICE, ce qui implique le jugement des COUPABLES de crimes,
de tortures, de disparitions. C'est ce que réclament inlassablement
les MERES ARGENTINES DE LA PLACE DE MAI ( depuis 1976, date du
coup d'Etat militaire…). C'est ce que réclament aussi les MERES
ALGERIENNES, après le référendum honteux proposé par le Président
Bouteflika et qui impose désormais l'OUBLI TOTAL et l'EXTINCTION
DEFINITIVE de toute recherche et de toute procédure : interdiction
absolue de demander une enquête sur les milliers de disparitions
qui sont survenues en 1993 et 2001…
CONCLUSION GENERALE
On ne le soulignera jamais assez : la PAIX n'est pas un préalable,
une paix véritable ne peut être que le résultat d'un DEVELOPPEMENT
SOLIDAIRE et JUSTE qui permette à tous les être humains de satisfaire
leurs besoins essentiels en matière d'alimentation, de santé,
d'éducation, d'accès à l'eau potable… Ce qui suppose un TOUT AUTRE
SYSTEME économique et social, fondé sur d'autres principes et
finalités. Décidément, le DEFI DE LA PAIX EST UN DEFI GLOBAL et
véritablement REVOLUTIONNAIRE !
Jo BRIANT , vice-président du Centre d'Information
Inter-Peuples (Grenoble)
Chambéry, jeudi 6 avril 2006
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Les refus des réfractaires à la guerre d'Algérie,
révélateurs malgré eux des déshonneurs de la gauche française
Introduction
Nous appellerons réfractaires les appelés du contingent qui ont
refusé de combattre le mouvement algérien de libération nationale
en décidant soit de déserter après leur incorporation soit de
s'insoumettre au service militaire ou au service en Algérie pendant
la durée de la guerre.
Au cours de la guerre de libération nationale conduite par le
FLN contre l'Etat français entre 1954 et 1962, les réfractaires
français ont été très peu nombreux par rapport au grand nombre
de jeunes mobilisés pendant cette période. On sait en effet que
la quasi totalité des jeunes français nés entre 1932 et 1942 ont
traversé la méditerranée pour combattre en Algérie, en Tunisie
ou au Maroc, soit plus de deux millions et demi de jeunes hommes.
Le nombre des réfractaires lors de ces conflits n'est pas connu
avec précision : selon les critères et les estimations, il varie
de 400 à 3.000 appelés (1). Rappelons que les réfractaires américains
furent environ 80.000 dix ans plus tard -dans le seul Canada-
pendant la guerre du Vietnam, sur trois millions de GI's mobilisés
(2)…
Mon objectif au cours de cette communication n'est pas de faire
œuvre d'historien et d'apporter des connaissances nouvelles sur
ce mouvement de refus. Ce travail de recherche a commencé dès
la fin de la guerre et se développe aujourd'hui, il a déjà fourni
des éléments de réflexion importants et continuera naturellement
d'en mettre à jour (3). Nous disposons également de plusieurs
récits écrits par des déserteurs et des insoumis, ou recueillis
par certains auteurs, qui donnent un éclairage direct sur leurs
parcours (4). Je limiterai donc mes réflexions à deux questions.
D'abord pourquoi ce mouvement de refus a-t-il été si faible au
sein de la jeunesse française mobilisée pour la guerre ? Ensuite
pourquoi a-t-il eu un écho relativement fort dans le contexte
beaucoup plus large de toutes les formes de résistance à la guerre
d'Algérie qui se sont manifestées à cette époque et même, plus
généralement, dans le contexte des résistances aux guerres de
type colonial comme celle du VietNam ou aujourd'hui celles d'Irak
et de Palestine occupée ?
Pourquoi si peu de réfractaires dans le déroulement du drame
algérien ?
Il faut d'abord éclairer le contexte de ce drame, qui s'est déroulé
il y a déjà un demi-siècle… Les raisons principales de la violence
et du caractère déchirant pris par la guerre d'Algérie tiennent
à la nature très spécifique qu'avait prise la présence française
dans ce pays, par ses liens structurels avec le système économique
militaire et politique français dans son ensemble et par la contradiction
fondamentale qui en résultait entre une constitution républicaine
reposant sur les principes de liberté, d'égalité et de fraternité
et une situation d'apartheid social et politique dans les départements
algériens . Ce terme d'apartheid n'est pas exagéré : en 1954,
sur deux mille fonctionnaires du gouvernement généralde l'Algérie,
on dénombre seulement huit musulmans. Et Germaine Tillon peut
écrire " dans la population musulmane les illettrés en Français
atteignent 94% des hommes et 98% des femmes. Un petit musulman
sur cinq va en classe et une fillette musulmane sur seize
"(5) . Installée par la conquête militaire depuis plus d'un siècle,
associée à une politique d'assimilation niant l'identité algérienne
de la population, et accompagnée de la spoliation des terres agricoles
fertiles, cette présence française avait construit de fortes complémentarités
économiques entre l'Algérie et la métropole en matière agricole,
de travaux publics et tout récemment dans le secteur du pétrole,
en s'appuyant sur une population d'origine européenne de plus
d'un million d'habitants . Alors même que le système colonial
français s'effondrait (La défaite de Dien Ben Phu et l'indépendance
de l'Indochine est de 1954, le Maroc et la Tunisie sont en état
d'insurrection depuis 1952 et seront indépendants en 1955 et 1956),
la 4ème république s'est avérée incapable de faire évoluer la
situation en Algérie pour mettre un terme à l'apartheid social
et politique du peuple algérien et reconnaître son droit à l'autodétermination.
C'est le mouvement national algérien, en décidant de recourir
à la lutte armée pour libérer son pays, qui fera éclater les contradictions
de cette présence française. Mais il faudra un conflit meurtrier
(pour les populations algériennes et le contingent militaire français),
un changement de république et l'installation d'un régime bonapartiste
en France suite à un coup de force militaire à Alger, la crise
des barricades suivie d'un vrai putsch militaire finalement étouffé
par les appelés du contingent, et la mobilisation de toutes les
forces vives du pays contre ce putsch et contre les crimes abominables
perpétrés par l'OAS en Algérie et en France, pour que s'engagent
des négociations et que l'indépendance de l'Algérie soir proclamée…
On peut donc dire que cette guerre a conjugué à la fois les caractéristiques
d'une lutte de libération nationale et celles d'une véritable
guerre civile au sein de la société française (6).
Ce conflit, rappelons le, n'a jamais été officiellement qualifié
de guerre à l'époque, puisque le système en place voulait imposer
la fiction de " l'Algérie, c'est la France… " et défendre à tout
prix les intérêts du parti colonial soutenu par la majorité des
européens d'Algérie. Mais pour tenter de maîtriser l'insurrection
populaire algérienne, qui faisait éclater la structure politique
de la société française, le renforcement des forces armées était
nécessaire et les derniers gouvernements de la 4ème république
durent faire appel au contingent, c'est à dire aux appelés du
service militaire citoyen, pour " quadriller " l'Algérie et la
transformer en goulag nord africain sous le nom de " camps de
regroupement ".
Pouvait-on arrêter l'engrenage qui a conduit au paroxysme
de la guerre en Algérie ?
On ne peut pas répondre à cette question car il est impossible
de refaire l'histoire, mais on peut attirer l'attention sur l'année
1956, qui peut être considérée comme le moment crucial où cette
politique a été mise en œuvre. Après les premiers attentats du
1er novembre 54, les mois qui suivirent ont permis de constater
l'élargissement rapide de l'implantation du FLN en Algérie, surtout
après les massacres d'européens août 55 dans le Constantinois
par le FLN et la répression aveugle des civils algériens par les
" forces de l'ordre " qui suivit. L'armée réclamait des renforts
pour " pacifier " l'Algérie. En France des mouvements d'opposition
au départ des " rappelés " (des soldats démobilisés rappelés pour
l'Algérie) s'étaient produit en plusieurs endroits… Le choix à
faire était décisif pour l'avenir. Le Parlement fut dissous le
2 décembre 55 et la politique algérienne prit toute sa place dans
la campagne électorale qui suivit.
Il faut rappeler ici les engagements pris lors de cette campagne
par les partis de gauche, c'est à dire par le Front Républicain
et le Parti Communiste. Le Front Républicain était une coalition
regroupant les socialistes, les radicaux, l'UDSR et quelques gaullistes
dont Chaban-Delmas. La SFIO y jouait le rôle central. Voici ce
qu'écrit le Populaire, journal de la SFIO, au cours de cette campagne
:
" L'accumulation des erreurs en Afrique du Nord et particulièrement
en Algérie et au Maroc, a amené le gouvernement Edgar Faure et
sa majorité réactionnaire à se laisser enfermer dans le cycle
infernal de la violence répliquant à la violence. Des classes
entières de jeunes disponibles ont été rappelées. Des centaines
de jeunes Français sont tombés, victimes de l'aveuglement et de
l'égoïsme colonialistes. Le contingent est maintenu sous les drapeaux,
autrement dit continue d'être inutilement exposé. Le Parti Socialiste
s'élève contre ces mesures triplement condamnables : 1. D'un point
de vue politique, car des solutions de conciliation sont susceptibles
d'arrêter l'effusion de sang. 2. D'un point de vue moral, car
les consciences des jeunes mobilisés se soulèvent devant les atrocités
qui peuvent leur être ordonnées dans le cadre des opérations dites
de " répression ", de " nettoyage " ou de " ratissage ". 3. D'un
point de vue technique, car les renforts réclamés par l'autorité
militaire n'empêchent pas celle-ci de s'avérer de toute façon
incapable de faire disparaître l'activité " fellagha ". Les jeunes
Français ne veulent être ni complices d'assassinats prémédités
ni victimes expiatoires des erreurs commises par ceux qui n'ont
pas voulu en temps utile rechercher en Afrique du Nord des interlocuteurs
valables et négocier avec eux. Pour la paix outre-mer, contre
la guerre fratricide, ils voteront socialiste ! " (7).
De son côté, en octobre 1955, le porte parole du PCF appuie les
oppositions à la guerre qui ont commencé à se manifester en France
et reprend une déclaration de Témoignage chrétien du 23 septembre
1955 :
" Quoi que fasse le gouvernement, la force ne pourra pas venir
à bout de la volonté de libération du peuple algérien […] La guerre
d'Algérie est une folie ".
En novembre 55, Maurice Thorez se prononce pour une politique
de négociations avec les pays de l'Afrique du Nord et pour la
création d'une véritable " Union Française ", basée sur la répudiation
du colonialisme et sur une association librement consentie entre
la France et l'Algérie (8).
Le 2 janvier 1956, les résultats du vote donnent la victoire au
Front Républicain. Le plus souvent on passe sous silence ou on
minimise le vote majoritaire des Français pour des négociations
en Algérie. C'est pourtant un fait politique de première importance,
qui montrait la volonté majoritaire du corps électoral d'engager
des pourparlers avec les nationalistes algériens. Guy Mollet,
leader de la SFIO, devient Président du Conseil. Après avoir envisagé
de tels pourparlers en nommant le général Catroux gouverneur de
l'Algérie, il capitule devant le parti colonial et les pressions
de l'armée et réclame à l'Assemblée Nationale des " pouvoirs spéciaux
" pour engager une politique diamétralement opposée, transférant
les pouvoirs de police à l'armée et décidant l'envoi de renforts
massifs de jeunes appelés. Il s'agit clairement, tout le personnel
politique en est conscient à l'époque, même si l'objectif de paix
est toujours proclamé dans les discours, du choix de la guerre,
un choix stratégique, puisqu'il ira jusqu'à engager l'armée française
dans l'agression militaire contre l'Egypte lors de cette même
année 1956, qui par ailleurs voit la Tunisie et le Maroc accéder
à l'indépendance. Ce qui semble aujourd'hui stupéfiant, c'est
l'attitude de tous les députés de la gauche : tous votent ces
pouvoirs spéciaux, ceux du Front Républicain mais aussi ceux du
Parti Communiste, commettant ainsi une véritable trahison à l'égard
de leurs électeurs ..(9)
La SFIO porte évidemment la plus lourde responsabilité dans cette
trahison, car c'est elle qui dirige le gouvernement et qui va
enfoncer le pays dans la guerre coloniale en Algérie (10). Mais
le parti communiste trahit aussi ses électeurs en votant ces pouvoirs
spéciaux. Il n'exerce pas pour autant de responsabilités gouvernementales
dans la guerre, mais son vote, suivi par les syndicats et les
organisations qu'il influence, va priver tous les opposants à
cette guerre d'un espace politique crédible pour légitimer leurs
refus. Finalement aucun parti de gauche ne décidera de s'y opposer,
même par les moyens de la résistance civile non violente, alors
qu'ils avaient le mandat de la majorité électorale du 2 janvier
d'engager des négociations avec les représentants du peuple algérien.
Cette forfaiture politique a évidemment créé un contexte social
défavorable à toute forme de désobéissance civile, et en particulier
à un mouvement massif de refus parmi les appelés.
Ce n'est pas le lieu de porter ici un jugement sur ce déni de
démocratie. On peut seulement demander aux historiens de mettre
au jour les éléments qui nous manquent aujourd'hui pour l'analyser
et le comprendre. On ne peut se satisfaire en effet d'arguments
ad hominem évoquant la faiblesse de caractère des dirigeants,
la duplicité hypocrite plus ou moins traditionnelle de la social-démocratie
ou un certain paternalisme de la direction du PCF. Ils avaient
à faire un choix stratégique décisif qui mettait manifestement
en cause des structures profondes du pays et disposaient d'une
majorité fraîchement élue à l'Assemblée Nationale représentant
une volonté populaire clairement hostile à la guerre. Le jour
de son investiture, Guy Mollet évoqua " la personnalité algérienne
" et proposa " des élections libres au collège unique en Algérie
". Il nomma le général Catroux comme gouverneur de l'Algérie avec
la mission de chercher des contacts avec les " rebelles ". Mais
force est de constater que cette force politique constituée par
les élections de Janvier 56 fut impuissante à s'opposer aux diverses
factions du parti colonial, à ses prolongements dans l'appareil
militaire et à la prégnance de l'idéologie impériale dans une
partie de l'opinion, notamment parmi les élites de l'appareil
d'Etat. Après la fameuse " journée des tomates " du 6 février
à Alger, le gouvernement opte pour la répression, et remplace
Catroux par Robert Lacoste, qui s'illustrera par sa complicité
avec les va-t-en guerre et les tortionnaires. Pour comprendre
cette sorte de coup d'Etat légal, il faudrait savoir comment se
sont exercées les pressions des forces réactionnaires et du parti
colonial sur le nouveau gouvernement, au point d'obtenir qu'il
se déjuge totalement en l'espace de quelques semaines. Nous le
saurons un jour, lorsque les archives politiques seront accessibles
aux chercheurs…
La diversité des parcours
Quoi qu'il en soit, cette incapacité des partis de gauche de faire
respecter des engagements validés par les électeurs est la raison
majeure qui explique l'absence d'un soutien politique organisé
aux réfractaires dans les premières années de la guerre et le
faible nombre d'appelés qui ont pu trouver par eux mêmes un minimum
de moyens et de contacts pour refuser de servir le système colonial.
Cette défaillance politique s'est reflétée dans la diversité des
attitudes et des parcours que l'on peut observer chez les réfractaires.
Quant à l'immense majorité des appelés, ils partirent pour l'Algérie
sans disposer ni de références politiques ni de moyens matériels
pour refuser. Ils ne se sont finalement manifestés que tardivement,
lorsque des généraux putschistes ont voulu prendre le pouvoir
et qu'ils s'y sont opposés dans les casernes d'Algérie. Les appelés
ont alors réussi à précipiter la fin de la guerre en 1961 alors
que cinq ans plus tôt ils n'avaient pu en empêcher l'engagement.
L'insoumission et la désertion sont des décisions difficiles.
Nombre de témoignages d'anciens appelés insistent sur ces difficultés
(11) : la barrière des valeurs militaires et patriotiques
est présente pour une grande partie de l'opinion (sens du devoir,
solidarité nationale, appréhension de la honte à déserter un combat,
honorabilité de la famille etc…) qui ne perçoit pas, au début,
les spécificités de cette guerre (12). D'autre part les problèmes
matériels pour tout quitter, franchir une frontière, s'organiser
une autre vie sont des obstacles réels pour la plupart des appelés.
Le petit nombre de ceux qui firent le pas du refus tout au long
du conflit en furent réduits à agir en ordre dispersé. Evoquons
rapidement quelques unes de leurs conduites.
Il faut d'abord évoquer les appelés communistes qui furent amenés
en quelque sorte à exprimer un triple refus : le refus de faire
la guerre aux Algériens, le refus du vote des pouvoirs spéciaux
par leur parti, et le refus de la désertion, considérée par eux
comme une démission de leurs devoirs politiques. Sandrine Ségui
leur a consacré sa thèse de doctorat et on estime leur nombre
à une quarantaine (13). Le premier et le plus connu est Alban
Liechti, incorporé en 1956, qui ne fut définitivement libéré qu'en
1962. D'autres ont suivi, tel Jean Clavel qui a connu la prison
de Luxeuil, celle de Montluc à Lyon, le pénitencier d'Albert ville
et le bagne de Tinfouchy dans le sud algérien. Ils ont affronté
les tribunaux et les prisons militaires, parfois les bagnes et
les sections spéciales disciplinaires où ils ont été souvent très
maltraités (14). Certains démissionnèrent du parti pour aider
le FLN, comme Gérard Spitzer et Jean Guéricolas, d'autres en furent
exclus comme Gérard Lorne. Leur choix fut sans doute le plus difficile,
puisqu'il était combattu au début par la direction de leur parti,
qui ne se décida à les soutenir que tardivement, bien après l'effondrement
de la 4ème république en 1958. Les uns ont refusé de combattre
jusqu'à la fin de la guerre, d'autres ont été renvoyés en Algérie.
Il faut relever que leur attitude a été activement soutenue par
leurs familles, communistes pour la plupart et par quelques organisations
comme le Secours Populaire.
Une seconde catégorie rassemble les appelés soutenus et regroupés
au sein de l'Action Civique Non Violente (ACNV), un mouvement
créé en 1957 (15). A partir de septembre 1960, ce mouvement organise
principalement ses actions autour des réfractaires, le premier
de ce groupe ayant été Pierre Boisgontier, infirmier parachutiste
déserteur (16). L'ACNV publie un appel et un modèle de lettre
au Président de la République que signeront des centaines de citoyens
(17). Une trentaine de réfractaires se sont rattachés à ce mouvement
(déserteurs, insoumis légaux et illégaux (18)), qui les entourait
d'une solidarité sans faille. Ils demandaient aux autorités d'effectuer
un service civil en Algérie. Beaucoup furent incarcérés et firent
l'objet d'une vingtaine de procès entre 1960 et 1962 (19).
Mais les plus nombreux des réfractaires formèrent des groupes
informels dans les pays où ils avaient trouvé refuge en quittant
le territoire français, principalement en Allemagne, en Suisse,
en Tunisie et au Maroc. Certains s'engagèrent dans les réseaux
d'aide au FLN (réseau Jeanson en particulier) ou accomplirent
une sorte de service civil pour le FLN en Tunisie et au Maroc.
D'autres participèrent à diverses activités militantes parallèlement
aux petits boulots qui les aidaient à survivre. Le cas de Noël
Favrelière est particulier, qui déserta avec un prisonnier algérien
et s'enfuit avec lui en Tunisie où il partagea un moment la vie
de l'armée algérienne des frontières avant de se rendre aux Etats
Unis. Celui de Claude Vinci également, qui déserta en Algérie
en août 56, rentra en France avec un billet d'avion payé par le
FLN. Exclu par le parti, il se mit eu service des réseaux d'aide
au FLN pendant plusieurs années tout en percevant sa solde de
rappelé jusqu'en 1958, sa désertion n'ayant pas été enregistrée…
Ayant demandé sa réintégration au PCF en juillet 1962, il fut
harcelé par la Commission Centrale de Contrôle Politique jusqu'en
1964 pour faire son autocritique, ce qu'il refusa toujours (20).
Il faut aussi évoquer le cas particulier des réfractaires algériens.
Il y eut en effet des appelés algériens musulmans, puisqu'ils
étaient officiellement considérés comme sujets français, même
si beaucoup d'entre eux étaient écartés de l'incorporation par
l'armée sous divers prétextes (21). On ne connaît pas le nombre
de ces appelés qui désertèrent, la plupart pour rejoindre les
maquis du FLN ( pas tous, car certains appartenaient au MNA),
par patriotisme ou pour ne pas participer aux opérations de répression,
mais ils furent certainement assez nombreux (22). Michel Boujut,
moniteur d'une section de ces appelés au camp de La Braconne (Charente)
avant de déserter lui-même, raconte qu'ils faisaient leur service
sur ordre de l'ALN pour parfaire leur formation et qu'ils s'apprêtaient
à déserter avec armes et bagages dès leur retour en Algérie (23).
Enfin il faut aussi mentionner les membres du Parti Communiste
Algérien (PCA) qui s'engagèrent dans la lutte armée tardivement
pour finalement rejoindre l'ALN en 1956. C'est le cas de l'aspirant
Henri Maillot, pied noir qui se considérait plus algérien que
français. Membre du PCA, il déserta et prit le maquis en 1956
avec Maurice Laban, un autre pied noir ancien membre des brigades
internationales en Espagne, lui aussi du PCA et le sous-lieutenant
Hamid Gherab. Les deux premiers furent tués en 1956 lors d'un
accrochage avec l'armée française. La même année est arrêté Fernand
Yveton, également du PCA, qui sera torturé, condamné à mort et
guillotiné en février 1957. Leur action prouve à la fois qu'il
existait dans la population européenne d'Algérie des partisans
résolus de l'indépendance du pays qu'ils considéraient comme leur,
mais aussi qu'ils étaient peu nombreux et ont souvent été broyés
par la guerre, condamnés comme traîtres par la France et souvent
difficilement acceptés par le mouvement national algérien.
Le mouvement des réfractaires a eu d'importants échos : il
ne peut pas être isolé des multiples formes de désobéissance civile
et d'actions " illégales " qui s'opposaient à la guerre coloniale
en Algérie.
Bien que les réfractaires aient été peu nombreux parmi les appelés,
en particulier dès le début de la guerre, il faut souligner que
l'impact de leur refus ne doit pas être sous-estimé, car ils ont
contribué à la mobilisation majoritaire de l'opinion publique
contre la guerre, surtout à partir de 1959-60.
En fait la résistance à la guerre a existé dès le début, mais
elle n'a pu se concrétiser qu'au moment où la lutte de libération
des Algériens a rendu leur autodétermination inévitable. Les Français
ont alors dû décider comment liquider la domination coloniale
sur l'Algérie.
Dès novembre 1955 par exemple, 250 intellectuels (artistes, philosophes,
éducateurs) signent un appel " pour mettre fin en Afrique du Nord
à une guerre qui est une menace contre la République en même temps
qu'un crime contre le genre humain ". Ainsi se forme le Comité
d'Action contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord (24).
Rappelons aussi les résistances au départ des " rappelés " qui
se sont manifestées en divers endroits en France en septembre-octobre
1955 et surtout en mai-juin 1956, sous la forme de véritables
mutineries, avec le soutien de la population comme à La Villedieu
en mai 1956 (25). De même des protestations ou des refus d'obéissance
dans divers appareils d'état (révocation de M.Mairey, directeur
de la sûreté, du doyen Jacques Peyréga, emprisonnement du général
Paris de Bollardière, etc…).
Il y a aussi une véritable guerre de l'information : dès 1955,
Robert Barrat et Claude Gérard sont arrêtés pour des reportages
sur les maquis algériens dans France-Observateur et Demain. En
1957, alors que la plupart des journaux soutiennent la politique
de répression, certains médias commencent à publier des témoignages
et des prises de position, telle que la brochure du Comité de
résistance spirituelle, quelques livres dénonçant les tortures
et les exactions sont publiés. Alors se multiplient les saisies,
interdictions, procès " pour atteinte à l'honneur de l'armée "
etc . Il faut ajouter à cela les réseaux de soutien au FLN, forme
active du refus de la guerre dès 1956, dont le principal était
animé par Francis Jeanson et Heuri Curiel. Outre les transports
de fonds et les passages de militants aux frontières, ils ont
fourni le principal soutien aux déserteurs et insoumis décidant
de quitter la France et plusieurs d'entre eux s'y sont engagés.
A partir de 1960, cette résistance multiforme s'élargit ainsi
en France tandis que les actes de refus, de désertion et d'insoumission
augmentent.
Enfin le mouvement " Jeune Résistance " émerge en plein jour en
1960 et fait l'objet d'un écho médiatique exceptionnel. Dans son
livre, Jean Louis Hurst se rappelle avec quelle stupéfaction il
apprend par Louis Orhant que " le tiers de l'UNEF et les deux
tiers des jeunes du PSU se réclamaient ouvertement de Jeune Résistance
"(27) . Peu après " l'appel des 121 " fait l'effet d'un coup de
tonnerre : analysant tous ces " mouvements libres qui se sont
développés en marge de tous les partis officiels, sans leur aide
et , à la fin, malgré leur désaveu " il proclame la légitimité
de la cause du peuple algérien et justifie le refus de prendre
les armes ainsi que l'aide et la protection apportées aux Algériens
opprimés au nom du peuple français. Le procès du réseau Jeanson
contribue aussi à une très large médiatisation du débat ainsi
lancé et la première manifestation de masse lancée par l'UNEF
envahit les rues des grandes villes le 27 octobre 1960.
Finalement toutes ces formes de résistance trouvent un débouché
déterminant avec les actions de masse politiques et syndicales
qui accompagnent l'action décisive des appelés du contingent en
Algérie (appuyés à la radio par le général de Gaulle), pour contrer
le " putsch des généraux " en 1961. On peut dire que cette crise
très grave et l'écrasement du pronunciamiento d'Alger par ces
actions de masse civiles et militaires ont enfin brisé définitivement
les structures de la France colonialiste et refondé les bases
républicaines et démocratiques de la société française, même si
les combats d'arrière-garde meurtriers de l'OAS ont prolongé la
bataille au delà même de la proclamation de l'indépendance algérienne.
Il faut donc situer les parcours diversifiés des réfractaires
dans le mouvement global de résistance à la guerre qui s'est progressivement
développé en France dès 1954 et a finalement triomphé du parti
colonial, des militaires putschistes et des criminels de l'OAS
en imposant de reconnaître le droit à l'autodétermination du peuple
algérien. C'est dans ce contexte qu'à partir de 1960 les réfractaires
ont peu à peu trouvé dans l'opinion publique anti-coloniale la
compréhension et le soutien qui leur avait fait défaut auparavant,
et que leur engagement s'est trouvé largement médiatisé.
Ainsi à mon avis il faut faire le lien, sans esprit de système,
entre le vote des Français pour la paix en janvier 1956, toutes
les formes de résistance à la guerre qui ont suivi, le refus du
contingent de suivre les chefs militaires putschistes liés au
" parti colon ", et finalement la mobilisation populaire massive
contre ce putsch et contre les crimes de l'OAS et des réseaux
d'extrême droite qui la soutenaient. On donne ainsi toute leur
place aux multiples mouvements de prise de conscience, de protestation,
de désobéissance, d'action directe et finalement de refus déterminé
de poursuivre l'aventure coloniale meurtrière de la société française
en Algérie inaugurée en 1830.
Pour conclure, il faut faire état des prolongements et des
échos de cette résistance depuis la fin de la guerre
Les réseaux construits pour l'aide au FLN et aux réfractaires
animés par Henri Curiel ont continué une action internationale
de soutien à tous les mouvements de libération, sous le nom de
" Solidarité ", avec l'aide du tout nouvel état algérien. Ceci
est une autre histoire que nous ne pouvons aborder ici. Rappelons
seulement les liens établis entre ce réseau et le mouvement très
important des réfractaires américains pendant la guerre du VietNam
(28). La comparaison entre les deux guerres a suscité un important
débat intellectuel aux Etats Unis (29). En 1967, George Steiner
posait ainsi la question : " Est-ce qu'un professeur américain
doit aider ses étudiants à gagner le Canada ou le Mexique, comme
Jeanson aidait ses étudiants à quitter la France pendant la crise
de l'Algérie ? "(30) . C'est là aussi une autre histoire.
Il faut cependant retenir que la part de guerre civile qu'a portée
la guerre d'Algérie se retrouve dans le double lien de cette guerre
avec l'histoire des années 70 et 80 en Amérique : d'un côté les
prestations d'officiers tortionnaires pour former les bourreaux
des dictatures sud américaines (31), de l'autre les solidarités
avec les mouvements de réfractaires aux Etats Unis.
A Genève Jacques Pous, ancien moine déserteur, poursuit son militantisme
anti-colonial. Dans une lettre à l'auteur, il écrit " Je suis,
depuis plus de 30 ans, membre de l'association Suisse-Palestine
et je milite actuellement dans le Collectif Urgence Palestine
de Genève, un mouvement de solidarité avec la Palestine qui, entre
autres, organise des missions civiles dans les territoires occupés.
Dans ce cadre, j'ai lancé l'idée que notre solidarité pouvait
aussi s'exprimer en faveur des refuzniks israéliens. Ainsi, avec
André Gazut et d'anciens membres du soutien, nous avons participé,
en décembre 2004, à une mission de solidarité qui nous a permis
de rencontrer des réfractaires israéliens et des résistants palestiniens(32)."
Notons enfin qu'un certain nombre de réfractaires français restent
militants d'organisations actives sur le terrain de la lutte contre
la guerre. D'un côté, des anciens de l'Action Civique Non Violente
(ACNV), réfractaires et solidaires, qui se sont retrouvés en 2003,
rassemblent et publient des témoignages sur leurs actions contre
la guerre d'Algérie. Quelques-uns de ce collectif ont participé,
du 19 avril au 4 mai 2005, à un chantier, organisé par l'ICAHD
(Israeli Committee Against House Demolition) pour la reconstruction
d'une maison palestinienne détruite quatre fois par les autorités
israéliennes, puis à une manifestation contre la construction
du " mur de la honte " dans le village palestinien de Bil'in,
où ils ont affronté grenades assourdissantes, tirs de balles en
caoutchouc et gaz lacrymogènes. D'un autre côté, de nombreux anciens
" soldats du refus " animent l'ACCA (Association des Combattants
de la Cause Anticoloniale), présidée par Henri Alleg et Alban
Liechti (33), qui " agit contre le colonialisme aujourd'hui "
et a notamment activement dénoncé la loi du 23 février 2005 qui
prétendait imposer officiellement " la reconnaissance du rôle
positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique
du Nord ".
Ce dernier avatar nous montre que le débat sur " les bienfaits
de la colonisation " est toujours d'actualité. Mieux : au delà
des débats idéologiques, l'actualité internationale fournit tous
les jours la preuve que la nécessité de combattre les pratiques
coloniales s'impose encore concrètement aux hommes et aux femmes
qui défendent les libertés, les droits de l'homme et la démocratie,
que ce soit en Palestine, en Irak, en Tchétchénie (34), etc. Il
n'est donc pas étonnant que le mouvement des réfractaires se mondialise
à la mesure de cette nécessité, que ce soit aux Etats Unis (35),
en Israël, en Russie ou ailleurs.
Marc Ollivier
Chercheur CNRS en sciences sociales,
présent au Maroc puis en Algérie entre 1957 et 1972,
insoumis " illégal " au Maroc en 1959
Notes :
(1) Selon le Secrétariat d'Etat aux anciens combattants
" pour des raisons politiques, 700 se sont soustraits à leurs
obligations militaires ". Selon l'historien Tramor Queemeneur,
ils auraient été entre 3 et 400. Le nombre des Algériens insoumis
et déserteurs reste très imprécis.
(2) André Gazut, déserteur devenu réalisateur de films pour la
télévision suisse, recueillit cette information en réalisant un
reportage sur les déserteurs américains au Canada en 1971.
(3) La bibliographie est importante. On peut se référer à Jean-Charles
Jauffret, qui tente une approche exhaustive dans " Ces officiers
qui ont dit non à la torture, Algérie 1954-1962 ", éd. Autrement
Paris 2005. Ou à Hélène Bracco " Pour avoir dit non ", éd. Paris-Méditerranée
2003.
(4) Jean-Pierre Vittori, " La vraie histoire des appelés d'Algérie
", éd. Ramsay Paris 2001 (réédition de " Nous, les appelés d'Algérie
", Ramsay 1977)
(5) Jean-Pierre Vittori, op.cit., p.15
(6) Noël Favrelière, op.cit. p.115. Cet aspect " guerre civile
" de la guerre d'Algérie était perçu par les Algériens eux mêmes.
Noël Favrelière raconte une conversation avec les soldats de l'ALN
qui l'ont accueilli en Tunisie après sa désertion : " Qu'est-ce
que cela te fait de penser qu'en France on te considère comme
un traître ? - Même si pour tous je suis un traître, eh bien je
m'en fous. Je ne suis pas seulement Français, avant ça je suis
un homme qui se veut libre et qui voudrait que les autres le soient.
- Pour nous, c'est parce que tu es un vrai Français que tu es
ici avec nous. " Cette notion de " vrais Français " était
très présente dans l'esprit des Algériens et faisait sans doute
référence aux principes de la République…
(7) Vittori Jean-Pierre, op.cit., p. 31
(8) Hélène Bracco " Pour avoir dit non. Actes de refus dans la
guerre d'Algérie 1954 - 1962 ", Paris Méditerranée 2003, p.86
(9) La loi dite des pouvoirs spéciaux a été votée le 16 mars 1956
par 455 voix (dont celles de 150 députés communistes) contre 76
(poujadistes). Ils ont été utilisés dès le lendemain pour une
série de décrets transférant à l'armée des pouvoirs de police
et de justice et supprimant les libertés individuelles en Algérie
(10) Robert Barrat écrit à ce propos : " Quatre hommes ont
dirigé les affaires algériennes pendant la cruciale année 1956
: Mollet, Lacoste, Lejeune et Bourgès-Maunoury […] Aucun d'eux
n'ignorait les raisons profondes de la révolte algérienne ainsi
qu'en témoignent leurs professions de foi électorales de décembre
1956 […] Ils ont cependant consenti à plonger la France dans une
guerre atroce, à couvrir les pires opérations d'extermination
sous l'hypocrite vocable de la pacification… "
(11) Vittori Jean-Pierre, " La vraie histoire des appelés d'Algérie
", p.146
(12) Vittori Jean-Pierre, op.cit.p.8 " Entre l'insurrection
de 1954 et mon incorporation dans l'armée en 1960, il n'aurait
pas fallu me dire : cette guerre est injuste ou elle est inutile,
ou même il faut la gagner ; ces affaires de grandes personnes
ne m'intéressaient pas. Je ne faisais pas de politique. J'étais
un sportif […] D'ailleurs qui parlait de guerre ? On préférait
évoquer " les événements d'Algérie ", " la pacification " ou "
le maintien de l'ordre " […]. Et les années s'écoulaient sur un
fond permanent de bourrage de crâne pratiqué par la plupart des
médias, presque toujours à la remorque des gouvernements en place…
"
(13) Hélène Bracco " Pour avoir dit non ", Paris Méditerranée
2003, p.167.
(14) Jean Clavel, dans une lettre personnelle, affirme " Je
n'ai jamais douté ni regretté ma démarche de septembre 1957 et
j'ai le sentiment, la certitude même, d'avoir agi dans le sens
progressiste de l'histoire . "
(15) Fraters Erica, " Réfractaires à la guerre d'Algérie 1959-1963
", éd. Syllepse, Paris 2005. Ce nom d'auteur est l'anagramme du
mot " Réfractaires " et recouvre les noms de 51 acteurs de ce
groupe, tant réfractaires que solidaires actifs de leur refus.
(16) Dans une lettre personnelle, Pierre Boisgontier témoigne
d'un soutien assez large à sa décision de déserter : " J'ai
été élu président de l'AG de Nancy alors que j'avais déjà annoncé
mon refus de porter les armes durant la guerre d'Algérie, d'autre
part j'ai bénéficié d'un appui matériel et moral des gens du PSU
naissant, et de l'Action Civique non-violente qui jusqu'alors
s'était seulement occupée de la lutte contre l'internement. Et
lors de mon procès à Metz en février 61, plus de 500 étudiants
de Nancy se sont déplacés pour me soutenir. "
(17) Esprit N°12, décembre 1960
(18) Les insoumis " légaux " refusent de se battre contre les
Algériens après leur incorporation, tout en restant à la disposition
des autorités. Ils sont condamnés et incarcérés. Les insoumis
" illégaux " entrent en clandestinité ou s'expatrient avant leur
incorporation.
(19) Fraters Erica, op.cit. p.48
(20) Claude Vinci, lettre personnelle
(21) Noël Favrelière " Le désert à l'aube ", Les éditions de Minuit
1960 (réédition 2000). L'auteur avait terminé son service avant
le 1er novembre 1954 et a été rappelé en 1956. Il décrit ainsi
le traitement appliqué aux appelés musulmans : " Je faisais
partie d'une équipe chargée de faire passer les tests psychotechniques
aux conscrits musulmans. Ce fut pour moi l'occasion d'approcher
un grand nombre d'Arabes et de voir à quel point ils étaient misérables.
Les trois quarts des conscrits qui se présentaient à nous étaient
vêtus de loques et rares étaient ceux qui savaient lire et écrire.
Les tests les divisaient en quatre groupes : il y avait les élèves
gradés (futurs caporaux, caporaux chefs) les soldats qualifiés,
les manœuvres, et enfin les bons à rien qui, ceux là, étaient
renvoyés chez eux. Mais, avant même les tests, la visite médicale
éliminait chaque fois, pour incapacité physique, un fort pourcentage
de conscrits, auxquels s'ajoutaient ceux inscrits au PPA (parti
nationaliste) parce qu'ils risquaient sous les drapeaux de faire
de la propagande parmi leurs coreligionnaires. Prévenu à l'avance,
le médecin militaire leur trouvait alors, à eux aussi, un défaut
physique rédhibitoire […] Les autres militaires et l'officier
de notre équipe étaient pour la plupart des " pieds noirs ". Ils
faisaient entrer les conscrits musulmans dans la salle des tests
comme on fait entrer des moutons dans un parc, à coups de pied
et de poing. "
(22) Le film " La Trahison " de Philippe Faucon, sorti en France
le 25 janvier 2006, rend bien compte de cette situation.
(23) Michel Boujut, " Oui, j'ai refusé de les combattre ", Les
Nouvelles Littéraires 1982.
(24) Hélène Bracco, op.cit., p.88
(25) Jacques Blot, rappelé en 1956, écrit dans une lettre personnelle
: " A Mourmelon, les rappelés ont emprisonné les galonnés et
pris le contrôle du camp […] Je me présente à Evreux où j'étais
convoqué, avec douze mois de retard. Il règne une pagaille administrative
indescriptible. Pendant plus d'une semaine, je viens tous les
jours à la caserne distribuer des tracts contre la guerre de diverses
origines (libertaires ou trotskystes). Je prends fréquemment la
parole en incitant les soldats à se rebeller et je suis écouté.
Il y a un peu partout des mouvements très importants de rappelés
mais aucunement coordonnés et pas du tout soutenus par la gauche
officielle, PCF compris et par les syndicats dits ouvriers. Le
matin du départ pour Marseille, j'incite mes compagnons à l'insubordination.
On tente de m'arrêter, ces derniers s'y opposent. Je refuse de
porter une arme et un uniforme complet. Le voyage a duré presque
deux jours. Quelques uns de mes camarades sont déchaînés, ils
tirent à tout bout de champ le signal d'alarme, descendent sur
la voie et tentent d'arrêter le convoi ". Jacques Blot finira
sa période de rappelé en prison et sera libéré l'été 1957. Il
militera ensuite au sein du réseau clandestin d'aide aux réfractaires
Jeune Résistance.
(26) L'Humanité a été saisie 27 fois et poursuivie 209 fois ;
Témoignage Chrétien saisi 2 fois en France et 6I8 fois en Afrique
du Nord ; l'Express saisi 13 fois. 11 ouvrages ont été saisis,
publiés par Maspéro et les Editions de Minuit
(27) Jean Louis Hurst " Le déserteur ", éd. L'échappée Paris 2005,
p. 13 (réédition éd. De Minuit 1960 et éd. Manya 1991)
(28) Bernard Riguet et Didar Fawzi témoignent de contacts suivis
à Alger avec Elridge Cleaver des Panthères Noires, et Donald Cox.
C'est ainsi qu'au nom de "Solidarité", Martin Verlet a été aux
Etats-Unis, en liaison avec Tom Hayden et son organisation d'appui
aux déserteurs, pour donner des cours sur les moyens pratiques
de réussir l'insoumission et la désertion, au début de la guerre
du Vietnam.
(29) Citons par exemple plusieurs articles de Paul Goodman : "
Appeal ", New York Review of Books, tome 8 N°5, 6 avril 1967,
p.28; "We Wont't Go", id. N°9, 18 mai 1967 p.17; "A Causerie at
the Military-Industrial", id. Tome 9 N°9, 23 novembre 1967 p.17.
Citations de l'article de David L.Schalk " Algérie et Viet-nam
", dans " La guerre d'Algérie et les intellectuels français ",
sous la direction de J-P.Rioux et J-F.Sirinelli, ed. Complexe,
Paris 1991.
(30) Noam Chomsky et George Steiner, " An Exchange ", New York
Review of Books, tome 8 N°6, mars 1967, p.28, cité dans le même
article de David L.Schalk.
(31) Marie-Monique Robin " Escadrons de la mort, l'école française
", éd. La Découverte Paris 2004, p.212. Dans la présentation de
cet ouvrage, on peut lire : " Dès la fin des années 50, les
méthodes de la " Bataille d'Alger " sont enseignées à l'Ecole
Supérieure de Guerre de Paris, puis en Argentine, où s'installe
une " Mission militaire permanente française " constituée d'anciens
d'Algérie (elle siègera dans les bureaux de l'état-major argentin
jusqu'à la dictature du général Videla). De même en 1960, des
experts français en lutte antisubversive, dont le général Paul
Aussaresses, formeront les officiers américains aux techniques
de la " guerre moderne ", qu'ils appliqueront au Sud Viet-nam
"
(32) A cette occasion, Jacques Pous a publié en Israël un message
aux refuzniks : " C'est vous qui êtes la chance de votre pays;
lorsque le temps de vivre ensemble sera arrivé, les Palestiniens
sauront, grâce à vous, qu'un Israélien n'est pas seulement quelqu'un
qui tue, emprisonne ou humilie. C'est vous qui représentez la
véritable tradition du judaïsme; celle de l'universalisme et non
celle du nationalismes obtus, celle de l'humanisme et non celle
du rejet de l'autre. Ne craignez donc pas en prenant vos distances
avec quelques uns de vos compatriotes de rejoindre la grande fraternité
humaine. Sachez qu'il y a de part le monde et, en particulier,
parmi les réfractaires à la guerre d'Algérie et parmi tous ceux
qui ont apporté leur soutien à la lutte du peuple algérien, des
femmes et des hommes qui sont solidaires de votre lutte et veulent
la faire connaître comme la seule voie vers la paix, car c'est
la seule voie vers la justice qui est due au peuple palestinien.
Ne craignez pas de dire non, car ce ne sera jamais un déshonneur
d'être considéré comme un traître parce que l'on a su dire non.
"
(33) ACCA, 28 rue Victor Hugo, 92240 Malakoff - fax : 01 42 53
06 32 - courriel : ass-acca@wanadoo.fr
(34) Jean-Claude Noirclere, déserteur pendant la guerre d'Algérie,
écrit dans une lettre personnelle : " Si j'ai refusé de faire
la guerre coloniale d'Algérie, c'est parce que j'ai toujours été
du côté des colonisés contre les colonisateurs, des opprimés contre
les oppresseurs […]. Même si leurs motivations sont diverses,
les jeunes gens américains, russes, israëliens etc… qui refusent
de coloniser, de dominer, de terroriser les peuples irakien, afghan,
tchétchène, palestinien ont droit à notre respect, notre gratitude
et toute notre aide. "
(35) D'après David Stutzman, Directeur du " Military Counseling
Network ", les statistiques du Pentagone comptent 7.000 déserteurs
américains en avril 2006. Il estime qu'ils doivent être en réalité
beaucoup plus et que leur nombre augmente rapidement.
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