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Savoye (format .pdf) avril
2010
Qui sont les peuples autochtones
? de la Commission Peuples autochtones du CIIP (format
.pdf) février 2010
Vous avez dit choc des civilisations...
de Jo Briant et Gilles Lemaire février 2010
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et un peuple oubliés de Philippe Savoye (format
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dans la vallée du Souss (Maroc) de Marc Ollivier (format
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rebelle (format .pdf) janvier
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2009
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sur les migrations novembre 2008
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locaux (grenoblois) de soutien aux Sans-papiers (format
.pdf) avril 2008
L'armée française en
Afghanistan, force de paix ou force de frappe Marie-Paule Geney (format
.pdf) mars 2008
La françafrique... au coeur
de la Centrafrique Jo Briant (format .pdf)
mars 2008
Les bilans de la législature réalisés par la LDH
(format .pdf) : Bilan
d'une législature xénophobe, 5 années de chasse aux
étrangers - Bilan
d'une législature sécuritaire, 5 années de recul
de nos libertés mai 2007
Du Sénégal à
l'Espagne, Tribulations d'un migrant à travers le Maroc
mars 2007
Cabinda : un génocide et un
peuple oubliés Joël Batila (février
2007)
Réforme de la législation sur les
étrangers : "Sarkozy a fait ce que Le Pen voulait." Claude
Coutaz novembre 2006
Venezuela : l'espoir d'un peuple
Jo Briant octobre 2006
Manifeste non gouvernemental euro-africain
sur les migrations, les droits fondamentaux et lliberté de circulation
juillet 2006
La francophonie : patrimoine culturel
ou instrument de domination ? Jo Briant mai
2006
Colloque international de Chambéry
"Histoire des mouvements pacifistes aux Etats Unis et en France" avril
2006 :
Maroc : les communiqués des
familles de disparus suite au rapport final de l'IER (Instance Equité
et Réconciliation) mars 2006
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Cette contribution de Jo Briant est la retranscription
d'une conférence qu'il a donnée le 17 mai dernier à l'Institut d'Études
Politiques (St Martin d'Hères), dans le cadre des conférences organisées
entre novembre 2005 et juin 2006, portant principalement sur les thématiques
du lien entre la France et l'Afrique.
A signaler qu'une dizaine d'associations, dont le CIIP, avaient organisé
toute une après-midi, le 27 novembre 2004, à l'Institut de Formation
des Travailleurs sociaux, à la problématique : " Vous avez dit
Francophonie ?". Échanges très denses qui ont fait l'objet d'Actes qu'on
peut se procurer au CIIP (30 pages- 3 euros).
Avant de définir le concept de francophonie et ce qu'il
recouvre concrètement, tant au niveau linguistique, culturel, institutionnel
que politique et géo-politique, il peut être intéressant de partir de
deux citations qui peuvent nous suggérer des pistes de réflexion :
1ère citation : une déclaration de Michel Debré, ancien ministre français
de la coopération, déclaration datant du 9 février 1998 : "Dans moins
de dix ans, les Africains parleront anglais, la technologie qu'ils emploieront
sera américaine (traduire : étatsunienne), leurs élites seront éduquées
aux Etats-Unis, nous resterons quant à nous coupés de nos racines africaines,
recroquevillés sur une Europe frileuse, incapable alors d'être une puissance
écoutée "
2ème citation : un extrait d'un article de Mongo Beti, le grand écrivain
camerounais, paru en 1987 dans sa revue Peuples noirs- Peuples africains
: "Entre les intellectuels africains et les roitelets nègres, il
y a bien longtemps que Paris a choisi. Les appels, les sermons pressants,
les institutions, aussi riches soient-elles, n'y feront rien : la francophonie
officielle est condamnée à être l'étendard de parade de plumitifs mercenaires,
et la risée des créateurs indépendants " (titre de l'article : "
Seigneur, délivre-nous de la francophonie ")
Ces deux citations, parmi bien d'autres, permettent de formuler un certain
nombre de questions: En quoi consiste exactement la francophonie ? Quelle
est son origine, son histoire, quelles sont ses institutions, quel est
sont projet, quelle est sa finalité ? Est-elle une survivance néo-coloniale,
ou, comme l'affirment ses promoteurs et ses partisans, par exemple Abou
Diouf, son Secrétaire général, est-ce un instrument qui a réellement
pour objectifs de contribuer à la paix, au développement durable, à
la démocratie et à une meilleure répartition des richesses entre le
Nord et le Sud, comme il est affirmé dans la Charte de l'OIF (Organisation
internationale de la Francophonie), adoptée le 23 novembre 2002 à Antananarive
(à Madagascar) par la Conférence ministérielle de la Francophonie.
Nous essaierons, Alain Lavy , animateur du Comité Norbert Zongo, et
moi-même; militant du Centre d'Information Inter-Peuples, de répondre
à ces questions. Voici le schéma que nous vous proposons, en vous rassurant:
nous laisserons environ 40 minutes pour un échange et l'expression de
questions et de points de vue.
1°- C'EST QUOI LA FRANCOPHONIE ? ORIGINES, DEFINITION
& INSTITUTIONS
Tout d'abord, précisons que le terme " francophonie " apparaît pour
la première fois en 1880, sous la plume d'Onésime Reclus, frère d'Elysée
Reclus, géographe assez connu, pour désigner la communauté linguistique
et culturelle que la France constituait avec ses colonies. Le terme
est donc totalement associé, au départ, à l'entreprise coloniale. Onésime
Reclus faisait partie de ces intellectuels français de la première moitié
du 19° siècle persuadés que la France faisait œuvre civilisatrice et
que la langue était l'un des instruments de cette mission. Au début
des années 1960, du temps des indépendances, ce terme est repris par
des personnalités françaises et africaines, dont notamment le président
sénégalais Léopold Sédar Senghor, un des fondateurs de la francophonie.
Le mot francophonie s'est-il affranchi de ses origines coloniales ?
La question est posée, nous essaierons d'y répondre tout au long de
cette soirée.. Il a aujourd'hui deux significations. Au sens linguistique,
il désigne l'usage du français et l'ensemble de ceux qui le parlent.
Il y aurait dans le monde 175 millions de francophones. Il faut cependant
distinguer entre les francophones réels, qui utilisent couramment le
français comme langue unique ou en alternance avec une autre - ils seraient
115 millions (environ 2% de la population mondiale) - et les francophones
partiels, qui l'utilisent moins et en ont une maîtrise plus limitée
- ils seraient 60 millions (pas tout à fait 1% de la population mondiale).
En nombre de locuteurs, le français arrive en dixième position au plan
mondial, loin derrière le chinois, l'anglais, l'hindi, l'espagnol, le
russe, l'arabe, le bengali, le portugais et le malais.
Au sens institutionnel et politique, il renvoie à une organisation internationale
impulsée et orchestrée par la France, organisation internationale qui
regroupait, en 2005, 53 Etats (dont une bonne moitié sont africains),
plus dix pays observateurs, qui font partie de l'Europe centrale et
de l'Est. En théorie, les décisions et les orientations qui sont prises
et définies lors des Sommets de la Francophonie, tous les deux ans,
et au sein de l'OIF, sont collégiales et démocratiques, mais dans la
réalité la France y a un poids prépondérant, ne serait-ce que parce
qu'elle prend en charge les ¾ du budget qui est officiellement de 300
millions d'euros. L'Institution de base de la Francophonie est donc
l'OIF, à la tête de laquelle il y a le Secrétaire général, actuellement
Abou Diouf, ex-président du Sénégal. Les principales orientations sont
en principes arrêtées lors des Sommets de la Francophonie, qui ont lieu
tous les deux ans. Lors du dernier Sommet qui a eu lien à Beyrouth,
en 2002, les missions de la Francophonie ont été recentrées autour de
quatre grands axes :
- la promotion de la langue et de la diversité culturelle
- la promotion de la paix, de la démocratie et des droits de l'homme
- l'appui à l'éducation, à la formation, à l'enseignement supérieur
et à la recherche
- la coopération au service du développement durable.
Je laisse le soin à Alain Lavy de passer au crible ces
objectifs si prometteurs mais en fait très trompeurs. Je soulignerai
simplement l'énorme ambiguïté qui existe entre deux types de Sommets
entre lesquels la majorité des citoyens français ne fait pas la différence,
à savoir les Sommets de la Francophonie et les Sommets France-Afrique.
2°- LA LANGUE FRANCAISE: PATRIMOINE CULTUREL COMMUN
OU OUTIL DE DOMINATION ?
Je tiens à préciser tout de suite que je ne suis ni linguiste, ni un
analyste spécialisé dans l'étude ou l'observation de la langue française
dans le cadre de la francophonie. J'interviens ici en tant que militant
de la solidarité internationale qui agit notamment, avec bien d'autres
militants, pour d'autres liens France-Afrique. Et aussi en tant qu'ex-coopérant
(en Algérie), une expérience qui m'a amené à réfléchir sur le statut
ambigu de la langue française dans des pays anciennement colonisés et
encore victimes d'un certain néo-colonialisme.
Je partirai d'abord d'une phrase qui a été reprise par de nombreux intellectuels
africains, et qui a été prononcée par le grand écrivain et dramaturge
algérien Kateb YACINE : "LE FRANÇAIS EST UN BUTIN DE GUERRE"
, phrase reprise par de nombreux intellectuels et écrivains comme le
camerounais Mongo Beti ou le Martiniquais Patrick CHAMOISEAU. Elle signifie
: la langue française, nous décidons de nous l'approprier et d'enrichir
ainsi notre patrimoine linguistique et culturel, patrimoine qui est
bien antérieur à cet apport, et c'est ce patrimoine ancien, parfois
millénaire, qui doit constituer le fondement, le socle de notre culture
et de notre pensée collective. Je partirai d'une question formulée par
Mongo Beti : lanque française et francophonie sont-elles compatibles
?
Je commencerai effectivement par cette question qui est en même temps
une réponse. Sans doute le français peut-il être un apport linguistique
et communicationnel important et positif, mais la promotion de la langue
française, notamment en Afrique, est inséparable d'une volonté de prestige,
de domination géo-politique, économique et donc culturelle C'est-à-dire
que la FRANCOPHONIE, ce n'est pas seulement la promotion d'une langue,
d'une aire linguistique, mais surtout d'une politique néo-coloniale,
une stratégie de domination, sous couvert de faire face à l'impérialisme
anglo-saxon ou étatsunien. Autrement dit, la Francophonie, ce n'est
pas seulement l'usage et l'extension de la langue française, de la littérature
française, de la culture française, c'est aussi un système de domination
inséparable de la FRANCAFRIQUE, ce sur quoi insistera ensuite Alain
Lavy.
Cette stratégie est d'autant plus habile et pernicieuse qu'elle s'affiche
et s'habille à partir de concepts et de valeurs comme universalisme,
démocratie, solidarité. C'est ce qui explique que les programmes et
les projets entrant dans le cadre de la FRANCOPHONIE soient souvent
repris avec enthousiasme en France dans les établissements scolaires,
et il y a souvent des événements, des journées placés sous le label
de la FRANCOPHONIE, avec des financements non négligeables. J'ai plusieurs
amis qu'on peut qualifier de progressistes, dotés d'un solide esprit
critique, à qui j'ai parlé de ces manifestations placées sous le signe
de la Francophonie, et qui ne comprennent pas du tout ce qu'il pourrait
y avoir de contestable ou d'ambigu dans ce type d'initiative : mais
qu'est-ce que tu as contre la francophonie, contre la promotion de la
langue et de la culture française ? N'est-ce pas un patrimoine partagé
par des millions d'Africains, un facteur d'unification, alors qu'ils
parlent des centaines de langues qui les empêchent de communiquer ?
Donc, un moyen privilégié de partage d'un patrimoine commun ?
Premier point : qu'on le veuille ou non, la langue française n'est pas
neutre pour tous les pays anciennement colonisés. Elle est bien un héritage
colonial, et elle a été imposée, dès le début, comme la culture et la
littérature, sur la base d'une négation des langues et des cultures
africaines. Une sorte de péché originel qui laisse forcément des traces.
Faut-il rappeler qu'il existait, à l'orée de la colonisation, et qu'il
existe encore de très nombreuses langues vernaculaires parlées par des
millions, parfois par des dizaines de millions de personnes, qu'il s'agisse
du swahili ( Tanzanie, Kenya, Burundi, Ouganda…), du Haoussa ( Nigeria,
Togo, Bénin, Tchad, Cameroun), du zoulou (Afrique du Sud, Lesotho,Swalizand)
ou encore du wolof (Sénégal, Afrique de l'Ouest). L'apprentissage et
la maîtrise de la langue du colonisateur déterminait le possibilité
d'ascension sociale, mais toujours au service du colon ou de l'Etat
colonisateur.
Actuellement, et ce depuis les années soixante, de même que le franc
CFA a été imposé dans toute l'Afrique francophone comme la monnaie exclusive,
de même pour les autorités françaises il a paru naturel de tout faire
pour que le Français soit la Langue, la seule langue écrite et administrative,
enseignée à l'école, de cette Afrique baptisée d ce fait francophone.
Le problème, souligne Mongo Beti, est que l'Afrique francophone n'a
pas eu la même capacité de résistance culturelle que, par exemple, les
pays maghrébins. Prenons l'exemple de l'Algérie : vous savez que la
place du français a été l'objet d'un débat souvent passionné et passionnel.
L'arabe a été défini solennellement dès le début comme la langue nationale,
comme symbole de l'identité nationale. Même si on peut discuter du mode
d'arabisation et de la non reconnaissance de la diversité linguistique
de l'Algérie, avec par exemple la négation, tout au moins partielle,
de la langue amazigh (berbère). A noter cependant que le français, après
une période d'effacement partiel, vient de redevenir une langue privilégiée
en Algérie. Mais c'est un CHOIX et non un prolongement automatique de
l'héritage.
Deuxième point, ou plutôt constat, souligné par Mongo Beti : le français
a été un outil d'écrasement des langues nationales, au Cameroun comme
dans bien d'autres pays. Dans les radios, mais surtout dans les programmes
de télévision, la langue française est prédominante. Cependant, depuis
une vingtaine d'années, des groupes de pression, souvent menés par des
linguistes et des hommes de lettres, revendiquent désormais la légitimité
des autres langues. Y compris dans les départements d'Outre-mer, dans
les Antilles par exemple avec le mouvement de la créolité lancé par
des écrivains comme Jean Barnabé, Raphaël Constant et Patrick Chamoiseau.
Et l'on peut dire que peu à peu émerge comme une nouvelle francophonie,
plurielle et métissée. Par ailleurs, plusieurs Etats africains sont
en train de revaloriser les langues vernaculaires et d'inscrire le bilinguisme
dans les écoles. C'est la cas notamment au Sénégal, avec le wolof. Et
les productions littéraires en pulaar, en sérère ou en wolof commencent
même à dépasser les écrits en langue française.
En conclusion, j'exprimerai deux propositions qui me semblent
essentielles :
1°- La Francophonie sera toujours ambiguë et perçue comme un outil de
domination tant que continuera le système de la Françafrique, système
mafieux et ouvertement néo-colonial, dénoncé notamment par l'association
Survie.
2°- Comme l'a très bien dit Aimé Césaire, " Il faut en finir avec
la francophonie du XIX° siècle. Parlons plutôt de francophonies au pluriel
". Il voulait dire par là que la Francophonie peut avoir un sens,
à condition qu'elle soit non pas imposée mais choisie par les Etats
et les populations comme un " outil " parmi d'autres, et que par ailleurs
elle n'écrase pas les autres langues. Et il reste à inventer, non pas
une nouvelle francophonie, mais plutôt des francophonies plurielles
et métissées.
Jo Briant
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