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Savoye (format .pdf) avril
2010
Qui sont les peuples autochtones
? de la Commission Peuples autochtones du CIIP (format
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Vous avez dit choc des civilisations...
de Jo Briant et Gilles Lemaire février 2010
Le Sahara occidental... une terre
et un peuple oubliés de Philippe Savoye (format
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La tragédie des Tamouls
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rebelle (format .pdf) janvier
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sur les migrations novembre 2008
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locaux (grenoblois) de soutien aux Sans-papiers (format
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Afghanistan, force de paix ou force de frappe Marie-Paule Geney (format
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de la Centrafrique Jo Briant (format .pdf)
mars 2008
Les bilans de la législature réalisés par la LDH
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d'une législature xénophobe, 5 années de chasse aux
étrangers - Bilan
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Du Sénégal à
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mars 2007
Cabinda : un génocide et un
peuple oubliés Joël Batila (février
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Réforme de la législation sur les
étrangers : "Sarkozy a fait ce que Le Pen voulait." Claude
Coutaz novembre 2006
Venezuela : l'espoir d'un peuple
Jo Briant octobre 2006
Manifeste non gouvernemental euro-africain
sur les migrations, les droits fondamentaux et lliberté de circulation
juillet 2006
La francophonie : patrimoine culturel
ou instrument de domination ? Jo Briant mai
2006
Colloque international de Chambéry
"Histoire des mouvements pacifistes aux Etats Unis et en France" avril
2006 :
Maroc : les communiqués des
familles de disparus suite au rapport final de l'IER (Instance Equité
et Réconciliation) mars 2006
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Venezuela, ce si beau pays, deux fois grand comme la France, avec ses
cours d'eau, ses lacs, ses Andes majestueuses, ses forêts amazoniennes...Je
suis parti un mois cet été 2006. J'ai rencontré des citadins, des paysans,
des étudiants, des enseignants, des militants associatifs et politiques,
des animateurs de medias alternatifs (radio "communautaire", télévision..),
j'ai pu visiter des coopératives, une maison de la culture "occupée"...
Et j'ai marché des heures entières dans les rues si animées de Caracas
ou de Mérida (à l'ouest du pays, au pied des Andes). Mais au-delà de
toutes ces rencontres, de tous ces échanges, j'ai ressenti tout au long
de mon périple l'espoir de tout un peuple. Espoir nourri, entretenu
par un processus fondé non seulement sur des objectifs et des mesures
d'ordre social- lutte décisive contre l'analphabétisme, accès gratuit
à l'éducation, à la culture, à la santé -, mais aussi et surtout sur
une démarche participative dont le "noyau" est constitué par les "consejos
comunales" (conseils communaux) et les "asambleas de ciudadanos" (assemblées
de citoyens). J'ai bien conscience, avec les Vénézuéliens rencontrés,
des limites voire des failles de ce processus, des défis à relever.
On sait bien que l'ère des enthousiasmes et des soutiens inconditionnels
est dépassée. Mais l'essentiel est là: le peuple vénézuélien, comme
bien d'autres peuples d'Amérique Latine (Bolivie, Uruguay, Pérou, Chili,
Brésil...), refuse de se plier à un ordre du monde néo-libéral qu'on
voudrait lui imposer et qui est basé sur l'enrichissement d'une minorité
et l'appauvrissement d'une majorité, ainsi que sur la privatisation
des biens publics (santé, éducation, eau..). Il veut être acteur de
son avenir et participer à la construction d'une société moins inégale,
plus juste, plus solidaire. C'est avant tout l'espoir de tout un peuple
que j'ai rencontré...
La participation populaire : une véritable révolution…
Trois mille mètres d'altitude… ma première " posada " (auberge,
refuge de montagne), avant d'entamer trois jours de randonnée pédestre
dans les Andes. Après le repas et les inévitables arepas (délicieuses
galettes de mais), je vois soudain affluer des paysans du village. La
maîtresse de maison se tient auprès d'une table dressée dans la cour
intérieure, prête à recueillir les signatures des hommes et des femmes
qui veulent participer à l'Assemblée des citoyens, institution de base
de la fameuse démocratie participative mise en place légalement en 2005
mais qui fonctionne en fait depuis plusieurs années. Ils doivent signer
pour confirmer leur volonté participative une attestation par laquelle
ils s'engagent à assister régulièrement à ces assemblées où sont examinés
les besoins de la " communauté " en matière d'éducation, de santé, d'entretien
des routes de montagne…J'échange longuement avec eux : tous m'expriment
leur fierté de participer à ces assemblées et leur profonde satisfaction
d'être enfin sollicités pour donner leur avis et peser sur les choix
qui conditionneront leur vie quotidienne et celle de leurs enfants,
alors qu'auparavant ces décisions leur échappaient complètement. Stupéfait
et ému face à ces paysans, isolés dans leur village de montagne, si
enthousiastes et si déterminés à exercer leur pouvoir de citoyen….
Effectivement, des milliers de conseils communaux et leur corollaire,
des assemblées de citoyens, ont été créés à travers le pays. Il y en
avait cent mille en janvier 2006. La base démographique et humaine de
ces espaces démocratiques, c'est la " communauté - environ deux cents
à quatre cents familles en ville, une vingtaine en milieu rural et à
partir de dix chez les " Indigènes " (Indiens), selon les termes de
la loi. S'il est vrai que le socialisme " réel " de l'ex-URSS et des
pays de l'Est a échoué avant tout par manque de participation populaire,
de démocratie à la base, ces conseils communaux et ces assemblées de
citoyens constituent assurément un outil fondamental pour l'émergence
et la construction du " socialisme du XXI° siècle " dans laquelle s'est
engagé le Venezuela d'Hugo Chavez. C'est aussi le meilleur rempart contre
la bureaucratie et la corruption, deux fléaux encore bien réels au Venezuela,
même s'ils sont en nette régression. " Le peuple organisé doit faire
partie du nouvel Etat, participatif, social, de telle façon que ce vieil
Etat ankylosé, bureaucratique soit totalement renversé ", expliquait
le président Chavez en 2004…il faut préciser que ces instances de démocratie
participative se voient attribuer des ressources significatives, à condition
de présenter des projets précis et chiffrés de développement ou d'infrastructure
correspondant à des besoins réels. Dans le village andin évoqué ci-dessus
j'ai pu découvrir un terrain de sport flambant neuf, à ciel ouvert,
dont la création avait été décidée par l'assemblée des citoyens…
Au niveau du travail et de la production, cette démocratie participative
s'incarne par l'outil que constitue la coopérative. J'en ai visité deux,
la première, la coopérative Fabricio Ojeda, à Caracas, la seconde, une
coopérative agricole, à Tucani, à 500 km au sud-ouest de Caracas. Cette
dernière, où j'ai été reçu avec une chaleur exceptionnelle, a été créée
en 2003, suite à l'occupation " sauvage " d'une propriété de 563 hectares,
laissée à l'abandon par sa propriétaire. Une coopérative qui fait vivre
45 familles (300 personnes), et produit, à partir de composts et d'engrais
organiques, fruits et légumes (oranges, bananes, mangues, citrons, pommes
de terre, tomates, citrouilles…). Il y aussi une zone forestière, des
plantes médicinales…Bien évidemment, les membres de cette coopérative
approuvent la politique du gouvernement qui interdit toute culture OGM
au Venezuela. Toute décision est prise par l'Assemblée de " socios "
qui se réunit tous les quinze jours. Il y a une coordinatrice, deux
porte-parole, un délégué au suivi éducatif des enfants et des jeunes.
Le gouvernement finance la construction des habitations et des granges
et fournit un tracteur.
Cette création, précédée par une occupation, et ce processus autogestionnaire
se retrouvent souvent dans la formation et le fonctionnement de nombre
de coopératives. Il faut savoir qu'on dénombrait moins d'un millier
de coopératives en 1999, année de la première élection de Chavez, et
qu'on en recensait plus de cent mille en janvier 2006. Une croissance
exponentielle qui en dit long sur la dynamique participative de la société
vénézuélienne…
Education, culture, santé : accès de plus en plus démocratique
Station de métro " Plaza de Venezuela ", Caracas : nous avons rendez-vous,
deux amis français et moi-même, avec Mario, directeur d'un collège "
bolivarien " à La Vega, un quartier très déshérité de la capitale. Une
matinée dense durant laquelle Mario nous parle avec une grande conviction
de son collège, de la politique éducative du gouvernement Chavez, des
avancées sociales considérables en matière d'éducation et de scolarisation.
Rappel : la nouvelle Constitution, largement adoptée par le peuple vénézuélien
le 15 décembre 1999, affirme dans son article 102 : " l'éducation est
un droit humain et une exigence sociale fondamentale, elle est gratuite
et obligatoire. Elle est un service public. Sa finalité est de développer
le potentiel créatif de chaque être humain ". Effectivement, selon un
Rapport de l'Unesco publié en novembre 2006, d'une part l'analphabétisme
a massivement reculé, d'autre part le taux de scolarisation dans le
premier degré est passé en cinq ans de 76% à 95%, et le nombre d'étudiants
à l'université a plus que doublé. Dans le collège de Mario (près de
mille élèves), qui recueille les enfants de quarante écoles primaires,
la plupart de milieu social défavorisé, trois repas sont assurés chaque
jour, une pédagogie basée sur le suivi de chaque élève a été mise en
place, ce qui a permis de diminuer très sensiblement l'échec scolaire.
Une pédagogie également participative et inter-active, facilitant l'expression
et la créativité des élèves. Nous n'avons pu observer directement le
déroulement des cours, c'était période de vacances, mais j'ai pu échanger
avec d'autres enseignants, avec des élèves, consulter leurs cahiers
et leurs travaux. Incontestablement, les écoles bolivariennes, du nom
du grand Libérateur Simon Bolivar, sont globalement une réussite et
participent du projet social global qui traverse la société vénézuélienne.
L'accès libre et gratuit à la culture, aux bibliothèques, aux musées,
aux concerts, aux événements culturels s'est également généralisé depuis
surtout trois ans. J'ai été très étonné de n'avoir rien à régler à l'entrée
des monuments et des lieux qui constituent le patrimoine artistique
du Venezuela, qu'il s'agisse du Panthéon, de la maison natale de Simon
Bolivar, du musée des Beaux-Arts, du Musée des sciences, ou encore du
magnifique Parque de l'Este (immense parc ouvert à tous). J'ai assisté
sous le chapiteau d'un lieu exceptionnel, l'Estancia (un jardin qui
est une véritable oasis), toujours à Caracas, à un concert avec une
chorale proposant des chants méditerranéens. Au moins trois cents personnes,
de tous milieux, assistaient, enthousiastes, à ce concert, bien sûr
gratuit.
"Construisons ensemble notre nouvelle maison de la culture", pouvait-on
lire sur la banderole fixée à l'entrée de la Maison de la Culture du
quartier La Pastora, à Caracas, qui était occupée depuis mars dernier.
J'ai pu m'entretenir longtemps avec les habitants de ce quartier sur
les raisons de cette occupation. Ils contestaient radicalement le fait
que les responsables de cet équipement ne proposaient que quelques activités
distractives ou sportives (cours de taekwondo, de gymnastique, repas
de quartier..) et ne faisaient pas appel à la participation des habitants.
J'ai pu assister, dans la nouvelle Maison de la Culture, à un cours
d'électricité, assuré bénévolement par un électricien du quartier, en
réponse à des besoins exprimés, à des cours de danses "interculturelles",
à un atelier "femmes", à un atelier dessin / peinture destiné aux enfants....
Une nouvelle maison pleine de vie et d'imagination habitée par une conception
renouvelée de la Culture fondée, m'a précisé le "leader" de l'occupation,
sur les notions d'imaginaire, de créativité, de participation populaire...
très impressionné par la vitalité des échanges, des débats, des propositions
qui fusaient lors des assemblées.
Un mot sur l'état du système sanitaire vénézuélien. Selon une enquête
publiée en août 2006 40% des installations hospitalières présenteraient
des déficiences plus ou moins graves: salles d'opération insuffisamment
équipées, protocoles de désinfection insuffisamment appliqués, manque
de laboratoires publics d'analyses, nombre insuffisant de chirurgiens.
Tout au moins dans le public. Par ailleurs, de nombreux Vénézuéliens
se plaignent du temps d'attente dans les hôpitaux. Manifestement les
déficiences sont patentes. Cependant des signes tangibles d'amélioration
ont été relevés. Par ailleurs, une maladie comme la malaria, nous sommes
en zone tropicale, a diminué de 35% en un an, suite à des campagnes
intensives de vaccination, notamment dans toutes les écoles.
Il faut ajouter que le gouvernement vénézuélien a créé et financé des
pôles, appelés " Missions ", qui sont des programmes permettant de surmonter
les blocages d'une administration en grande partie aux mains de l'opposition.
Concernant l'éducation, s'est mise en place toute une stratégie, la
mission "Robinson" qui débloque des aides pour des campagnes d'alphabétisation.
Grâce à cette mission "Robinson" l'analphabétisme a été éliminé C'est
l'objet de la Mission " Robinson ", qui débloque des aides pour des
campagnes d'alphabétisation, de formation permanente : l'UNESCO vient
de déclarer le Venezuela " Territoire hors analphabétisme"; il y aussi
la mission " Ribas" qui permet aux adultes de suivre des cours le soir
et de devenir bacheliers, la mission "Sucre" qui s'adresse aux jeunes
exclus et leur propose de suivre un cursus universitaire. Concernant
la santé, la mission "Barrio adentro 1" a permis l'installation depuis
deus ans de postes de santé gratuits dans les zones les plus pauvres
(3 000 médecins cubains y sont venus travailler). En outre, la mission
"Barrio adentro 2" voit un certain nombre de polycliniques, très équipées
et toujours gratuites s'installer dans ces zones, mais ce sont maintenant
de jeunes spécialistes vénézuéliens qui assurent les consultations et
les interventions.
Et les medias ?
Hugo Chavez est souvent accusé, à l'étranger, mais aussi par l'opposition,
d'accaparer et de contrôler les medias. Qu'en est-il en réalité ? Quand
on regarde l'émission "Allo Présidente ?", sur le canal huit (gouvernemental),
un dimanche sur deux, où, pendant quatre heures, Chavez dialogue en
direct avec les Vénézuéliens, on reste très étonné par la qualité de
cet échange. Chavez rend compte en détail des sommes consacrées à telle
ou tel ou tel secteur, incite les membres d'une coopérative à lui raconter
ce qu'ils produisent et comment ils s'organisent démocratiquement, il
écoute les protestations de paysans qui viennent d'occuper un latifundio
et qui ont vu deux des lors se faire massacrés, il tance publiquement
son ministre de l'intérieur, responsable des forces de police incapable
d'empêcher ces assassinats. Il explique le pourquoi de ses différents
contacts à l'étranger ( en l'occurrence Bolivie, Iran, Mali...). Rien
à voir avec les monologues fleuves d'un Fidel Castro... Il faut aussi
préciser que tous les autres canaux de télévision, de même que l'immense
majorité des journaux sont aux mains de puissances financières proches
de l'opposition. On ne peut donc pas affirmer que les medias sont aux
mains de Chavez. Même s'il est vrai que la Commission de responsabilité
sociale des télécommunications nationales (Conatel), créée en novembre
2004, et la loi restreignant la liberté des medias ( loi de Responsabilité
sociale de la radio et de la télévision) peuvent être perçues comme
une atteinte à la liberté de la presse. C'est tout au moins ce qu'affirme
l'opposition. Mais en fait l'essentiel de la loi consiste dans l'obligation
de diffuser des productions indépendantes sur chaque chaîne TV et radio
là où il n'y avait jusqu'ici que de la production monopolistique par
les medias. C'est donc un énorme saut démocratique pour nombre de créateurs,
musiciens, acteurs, scénaristes, cinéastes et techniciens qui pourront
ainsi vivre de leur métier et s'exprimer de manière plus pluraliste
qu'avant. Mais les critiques très vives de la politique gouvernementale
que j'ai pu entendre sur certaines chaînes ou radios ou lire dans certains
journaux démontrent que si menace il y a elle n'est que potentielle
pour l'instant. Cela prouve plutôt que le Venezuela a démocratisé le
spectre radio-électrique: 400 medias associatifs, radios, etc... avec
fréquence 24 heures sur 24, aides en tout genre; on pourrait en rêver
en France.
J'ai pu visiter deux medias "alternatifs" et interviewer leurs animateurs.
"Vive tele", d'abord; une télévision nationale située à la Bibliothèque
nationale à Caracas, animée entre autres par Thierry Deronne, un ami
bien connu à Grenoble, auteur d'un film remarquable : " El paso de los
Andes", qui a été projeté au Festival de cinéma d'Attac, à Grenoble,
en novembre 2005. Une télévision qui emploie 450 personnes, envoie sur
le terrain (campagnes, quartiers, coopératives, lycées...) des équipes
de tournage, souvent composées de jeunes, à la fois pour "filmer" la
réalité sociale et culturelle et donner la parole à tous les acteurs
sociaux. Elle fournit aussi un appui technique et de formation aux medias
communautaires et alternatifs. Des émissions de plus en plus appréciées
par le public vénézuélien, inter-actives, de qualité. A Merida, ensuite,
j'ai découvert une radio "communautaire" ( associative), "Los ecos",
animée par des jeunes, qui n'hésitent pas aller dans les rues de leur
quartier pour interviewer les habitants, les enfants, les femmes sur
leurs préoccupations, leurs difficultés, leurs attentes,leurs interpellations.
Ils apprennent aux enfants la technique de l'interview... J'ai eu moi-même
droit à une interview d'une heure où l'on m'a posé des questions sur
la situation sociale et politique française, sur les raisons de ma venue
au Venezuela, sur mes premières impressions, sur le Liban et la Palestine...
Une radio vraiment populaire et participative...
Quelle vie politique ? La stratégie de Chavez...
S'il est un rejet partagé par une majorité de citoyens vénézuéliens,
c'est bien celui qui concerne la classe politique. il faut dire que
le pouvoir politique, avant l'élection de Chavez en 1999, était annexé
à tous les échelons (national, régional, local) par une élite très restreinte,
une élite corrompue et incapable (en 1998, l'inflation dépassait les
100%, les professeurs étaient payés jusqu'à un ou deux ans en retard..).
Aussi le discours simple, aisément compréhensible par les gens du peuple,
d'un Président qui n'hésite pas à descendre dans la rue et se préoccupe
prioritairement des plus mal lotis, a séduit tout de suite. C'est sa
promesse de "limpiar la casa" (nettoyer la maison) et de se débarrasser
de tous les corrompus qui s'étaient appropriés les richesses du pays
depuis quarante ans qui fait mouche. Et il est incontestable que la
corruption a beaucoup diminué, même si elle est encore bien réelle.
De même qu'il est incontestable que les ressources très importantes
générées par le pétrole (le Venezuela est 5° producteur pétrolier dans
le monde) sont utilisées pour financer les systèmes éducatif, culturel,
sanitaire, pour lutter contre la pauvreté...
Il reste que la vie politique vénézuélienne, qui ne saurait se résumer
à un contact direct entre Chavez et le peuple sous peine de tomber dans
le populisme, est quelque peu hypothéquée par l'absence de partis politiques
structurés et insérés dans la réalité sociale. Il y a bien les trois
partis qui soutiennent la politique du gouvernement chaviste, à savoir
le Mouvement de la cinquième république (MVR) , le Parti Une patrie
pour tous ( PPT) et le Mouvement pour le socialisme (MAS), Mais ils
sont encore incapables d'impulser un véritable débat politique sur les
orientations et les choix à opérer et de traduire les aspirations populaires.
Quant à l'opposition, elle est marquée pour longtemps à la fois par
son soutien à la tentative avortée de coup d'Etat en avril 2002 et son
échec lors du referendum révocatoire d'août 2004 (*). Ce qui explique
que pour les prochaines élections présidentielles et générales du 3
décembre prochain la réélection de Chavez est plus que probable. Une
réélection qui sera en réalité surtout due à l'affection, à l'empathie
persistantes du peuple pour Chavez, et au fait que douze millions de
Vénézuéliens, soit la moitié de la population, bénéficient des programmes
économiques ou sociaux. A noter enfin la volonté tangible de promouvoir
les responsabilités politiques des femmes : de nombreux élus sont des
élues, la présidente de l'assemblée nationale est une femme... Le machisme
latino-américain n'est en rien irréversible !
Un mot sur la politique extérieure et la stratégie "anti-impérialiste"
de Chavez. Son obsession: constituer un "front", en Amérique Latine
et dans le monde entier, face à la politique agressive voire menaçante
des Etats-Unis (Le Venezuela a été manifestement rejeté dans le "camp
du mal" par le gouvernement de Bush), et sa volonté de domination économique
et militaire. D'où le lancement avec Cuba, il y a deux ans, de l'ALBA
(Alternative bolivarienne) à laquelle il s'avère difficile de rallier
d'autres pays et qui a pour objectif de proposer un autre développement,
participatif et social, face au projet étatsunien de l'ALCA; d'où la
décision de Chavez de rejoindre le MERCOSUR , ce marché commun du sud
de l'Amérique qui regroupe le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay
(adhésion ratifiée en juillet 2006). D'où enfin tous ces voyages récents
en Biélorussie, en Russie, en Iran, au Mali, au Vietnam, en Chine, ces
soutiens affirmés aux peuples palestinien et libanais. A notre connaissance,
Chavez est le seul chef d'Etat à avoir eu le courage de retirer son
ambassadeur d'Israël. J'ai par ailleurs été très heureusement surpris
par la conscience internationaliste d'une partie du peuple vénézuélien:
pendant mon séjour, deux manifestations pour dénoncer l'agression israélienne
à Gaza et au Liban se sont déroulées, l'une à Caracas et l'autre à Merida.
Et les medias vénézuéliens couvraient quotidiennement les événements...
Malgré les défis à relever, cet espoir de tout un peuple
Les défis à relever sont multiples. Tout d'abord celui du tout pétrole:
les 4/5 des ressources du pays proviennent du pétrole. Malgré leur volonté
affichée, Chavez et son gouvernement ont du mal à impulser concrètement
une industrialisation diversifiée même si beaucoup est fait en matière
de crédits, de formation pour la petite et la moyenne entreprise; par
ailleurs nombre d'entreprises ont été réactivées. Par ailleurs, 48%
des produits alimentaires consommés sont encore importés, ce qui est
il est vrai est nettement moins qu'auparavant. Les inégalités sociales
sont gigantesques, même si les plus riches sont fortement imposés et
si la pauvreté a reculé pour la première fois de 24%, ainsi que le chômage.
Le nombre de mendiants et d'indigents a sensiblement baissé, mais ils
sont encore nombreux dans certains quartiers. Mais là aussi il faut
noter la création de la Mission Negra Hipolita, réseau très actif qui
accueille ces indigents, les accueille, les soigne, les forme Autre
problème lancinant:, celui des déchets urbains inégalement collectés,
des décharges à ciel ouvert, même un nouveau parc de camions-bennes
vient d'être acquis pour Caracas. Et tant d'autres défis. De même il
manque un véritable plan de développement urbain: il faut voir la croissance
anarchique de Caracas, la capitale, "grosse" d'un exode rural incontrôlé
mais qui semble s'inverser.
Et tant d'autres défis à relever. Mais il faut bien mesurer d'où vient
ce pays : l'absence totale de véritable gouvernance jusqu'à 1999, une
corruption généralisée, des systèmes éducatifs et sanitaires délabrés,
une élite économique, financière, politique s'arrogeant tous les pouvoirs
et l'argent public....Une véritable politique sociale visant à répondre
aux besoins humains et sociaux fondamentaux a été mise en route, une
démarche participative, à tous les niveaux, a fait du peuple vénézuélien
un peuple citoyen et lui a redonné espoir. A l'image d'une Amérique
Latine dont les peuples et même les gouvernements manifestent leur refus
d'un type d'économie et de développement imposé, le Venezuela est engagé
dans une dynamique prometteuse... Le problème n'est pas d'être inconditionnellement
pro-Chavez, mais plutôt de voir que ce peuple est à la recherche de
nouvelles voies pour l'émergence d'une société plus juste, plus égalitaire,
plus démocratique. A nous de soutenir ce peuple dans sa démarche, sans
exclure un regard lucide.
Jo Briant
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