CIIP - Accueil
Plan du site

La Doc' en ligne

CIIP - Accueil
Contactez-nous
Agenda
Inter-Peuples
La Doc
Nos partenaires
Agir...

Venezuela: l'espoir d'un peuple

Sahara marathon... de Philippe Savoye (format .pdf) avril 2010

Qui sont les peuples autochtones ? de la Commission Peuples autochtones du CIIP (format .pdf) février 2010

Vous avez dit choc des civilisations... de Jo Briant et Gilles Lemaire février 2010

Le Sahara occidental... une terre et un peuple oubliés de Philippe Savoye (format .pdf) novembre 2009

Un vautour peut en cacher un autre de Philippe Savoye (format .pdf) octobre 2009

Les méfaits de l'agro-industrie dans la vallée du Souss (Maroc) de Marc Ollivier (format .pdf) été 2009

Nouvelle tragédie péruvienne, nouveau crime gouvernemental impuni de Yannick Lardet (format .pdf) été 2009

La tragédie des Tamouls de Jo Briant (format .pdf) juin 2009

Pius Njawe, ce journaliste camerounais rebelle (format .pdf) janvier 2009

Que fait la France en Angola(gate) ? (format .pdf) janvier 2009

Des ponts pas des murs : sommet citoyen sur les migrations novembre 2008

Listing des associations/comités locaux (grenoblois) de soutien aux Sans-papiers (format .pdf) avril 2008

L'armée française en Afghanistan, force de paix ou force de frappe Marie-Paule Geney (format .pdf) mars 2008

La françafrique... au coeur de la Centrafrique Jo Briant (format .pdf) mars 2008

Les bilans de la législature réalisés par la LDH (format .pdf) : Bilan d'une législature xénophobe, 5 années de chasse aux étrangers - Bilan d'une législature sécuritaire, 5 années de recul de nos libertés mai 2007

Du Sénégal à l'Espagne, Tribulations d'un migrant à travers le Maroc mars 2007

Cabinda : un génocide et un peuple oubliés Joël Batila (février 2007)

Réforme de la législation sur les étrangers : "Sarkozy a fait ce que Le Pen voulait." Claude Coutaz novembre 2006

Venezuela : l'espoir d'un peuple Jo Briant octobre 2006

Manifeste non gouvernemental euro-africain sur les migrations, les droits fondamentaux et lliberté de circulation juillet 2006

La francophonie : patrimoine culturel ou instrument de domination ? Jo Briant mai 2006

Colloque international de Chambéry "Histoire des mouvements pacifistes aux Etats Unis et en France" avril 2006 :

Maroc : les communiqués des familles de disparus suite au rapport final de l'IER (Instance Equité et Réconciliation) mars 2006

Venezuela, ce si beau pays, deux fois grand comme la France, avec ses cours d'eau, ses lacs, ses Andes majestueuses, ses forêts amazoniennes...Je suis parti un mois cet été 2006. J'ai rencontré des citadins, des paysans, des étudiants, des enseignants, des militants associatifs et politiques, des animateurs de medias alternatifs (radio "communautaire", télévision..), j'ai pu visiter des coopératives, une maison de la culture "occupée"... Et j'ai marché des heures entières dans les rues si animées de Caracas ou de Mérida (à l'ouest du pays, au pied des Andes). Mais au-delà de toutes ces rencontres, de tous ces échanges, j'ai ressenti tout au long de mon périple l'espoir de tout un peuple. Espoir nourri, entretenu par un processus fondé non seulement sur des objectifs et des mesures d'ordre social- lutte décisive contre l'analphabétisme, accès gratuit à l'éducation, à la culture, à la santé -, mais aussi et surtout sur une démarche participative dont le "noyau" est constitué par les "consejos comunales" (conseils communaux) et les "asambleas de ciudadanos" (assemblées de citoyens). J'ai bien conscience, avec les Vénézuéliens rencontrés, des limites voire des failles de ce processus, des défis à relever. On sait bien que l'ère des enthousiasmes et des soutiens inconditionnels est dépassée. Mais l'essentiel est là: le peuple vénézuélien, comme bien d'autres peuples d'Amérique Latine (Bolivie, Uruguay, Pérou, Chili, Brésil...), refuse de se plier à un ordre du monde néo-libéral qu'on voudrait lui imposer et qui est basé sur l'enrichissement d'une minorité et l'appauvrissement d'une majorité, ainsi que sur la privatisation des biens publics (santé, éducation, eau..). Il veut être acteur de son avenir et participer à la construction d'une société moins inégale, plus juste, plus solidaire. C'est avant tout l'espoir de tout un peuple que j'ai rencontré...
La participation populaire : une véritable révolution…
Trois mille mètres d'altitude… ma première " posada " (auberge, refuge de montagne), avant d'entamer trois jours de randonnée pédestre dans les Andes. Après le repas et les inévitables arepas (délicieuses galettes de mais), je vois soudain affluer des paysans du village. La maîtresse de maison se tient auprès d'une table dressée dans la cour intérieure, prête à recueillir les signatures des hommes et des femmes qui veulent participer à l'Assemblée des citoyens, institution de base de la fameuse démocratie participative mise en place légalement en 2005 mais qui fonctionne en fait depuis plusieurs années. Ils doivent signer pour confirmer leur volonté participative une attestation par laquelle ils s'engagent à assister régulièrement à ces assemblées où sont examinés les besoins de la " communauté " en matière d'éducation, de santé, d'entretien des routes de montagne…J'échange longuement avec eux : tous m'expriment leur fierté de participer à ces assemblées et leur profonde satisfaction d'être enfin sollicités pour donner leur avis et peser sur les choix qui conditionneront leur vie quotidienne et celle de leurs enfants, alors qu'auparavant ces décisions leur échappaient complètement. Stupéfait et ému face à ces paysans, isolés dans leur village de montagne, si enthousiastes et si déterminés à exercer leur pouvoir de citoyen….
Effectivement, des milliers de conseils communaux et leur corollaire, des assemblées de citoyens, ont été créés à travers le pays. Il y en avait cent mille en janvier 2006. La base démographique et humaine de ces espaces démocratiques, c'est la " communauté - environ deux cents à quatre cents familles en ville, une vingtaine en milieu rural et à partir de dix chez les " Indigènes " (Indiens), selon les termes de la loi. S'il est vrai que le socialisme " réel " de l'ex-URSS et des pays de l'Est a échoué avant tout par manque de participation populaire, de démocratie à la base, ces conseils communaux et ces assemblées de citoyens constituent assurément un outil fondamental pour l'émergence et la construction du " socialisme du XXI° siècle " dans laquelle s'est engagé le Venezuela d'Hugo Chavez. C'est aussi le meilleur rempart contre la bureaucratie et la corruption, deux fléaux encore bien réels au Venezuela, même s'ils sont en nette régression. " Le peuple organisé doit faire partie du nouvel Etat, participatif, social, de telle façon que ce vieil Etat ankylosé, bureaucratique soit totalement renversé ", expliquait le président Chavez en 2004…il faut préciser que ces instances de démocratie participative se voient attribuer des ressources significatives, à condition de présenter des projets précis et chiffrés de développement ou d'infrastructure correspondant à des besoins réels. Dans le village andin évoqué ci-dessus j'ai pu découvrir un terrain de sport flambant neuf, à ciel ouvert, dont la création avait été décidée par l'assemblée des citoyens…
Au niveau du travail et de la production, cette démocratie participative s'incarne par l'outil que constitue la coopérative. J'en ai visité deux, la première, la coopérative Fabricio Ojeda, à Caracas, la seconde, une coopérative agricole, à Tucani, à 500 km au sud-ouest de Caracas. Cette dernière, où j'ai été reçu avec une chaleur exceptionnelle, a été créée en 2003, suite à l'occupation " sauvage " d'une propriété de 563 hectares, laissée à l'abandon par sa propriétaire. Une coopérative qui fait vivre 45 familles (300 personnes), et produit, à partir de composts et d'engrais organiques, fruits et légumes (oranges, bananes, mangues, citrons, pommes de terre, tomates, citrouilles…). Il y aussi une zone forestière, des plantes médicinales…Bien évidemment, les membres de cette coopérative approuvent la politique du gouvernement qui interdit toute culture OGM au Venezuela. Toute décision est prise par l'Assemblée de " socios " qui se réunit tous les quinze jours. Il y a une coordinatrice, deux porte-parole, un délégué au suivi éducatif des enfants et des jeunes. Le gouvernement finance la construction des habitations et des granges et fournit un tracteur.
Cette création, précédée par une occupation, et ce processus autogestionnaire se retrouvent souvent dans la formation et le fonctionnement de nombre de coopératives. Il faut savoir qu'on dénombrait moins d'un millier de coopératives en 1999, année de la première élection de Chavez, et qu'on en recensait plus de cent mille en janvier 2006. Une croissance exponentielle qui en dit long sur la dynamique participative de la société vénézuélienne…
Education, culture, santé : accès de plus en plus démocratique
Station de métro " Plaza de Venezuela ", Caracas : nous avons rendez-vous, deux amis français et moi-même, avec Mario, directeur d'un collège " bolivarien " à La Vega, un quartier très déshérité de la capitale. Une matinée dense durant laquelle Mario nous parle avec une grande conviction de son collège, de la politique éducative du gouvernement Chavez, des avancées sociales considérables en matière d'éducation et de scolarisation. Rappel : la nouvelle Constitution, largement adoptée par le peuple vénézuélien le 15 décembre 1999, affirme dans son article 102 : " l'éducation est un droit humain et une exigence sociale fondamentale, elle est gratuite et obligatoire. Elle est un service public. Sa finalité est de développer le potentiel créatif de chaque être humain ". Effectivement, selon un Rapport de l'Unesco publié en novembre 2006, d'une part l'analphabétisme a massivement reculé, d'autre part le taux de scolarisation dans le premier degré est passé en cinq ans de 76% à 95%, et le nombre d'étudiants à l'université a plus que doublé. Dans le collège de Mario (près de mille élèves), qui recueille les enfants de quarante écoles primaires, la plupart de milieu social défavorisé, trois repas sont assurés chaque jour, une pédagogie basée sur le suivi de chaque élève a été mise en place, ce qui a permis de diminuer très sensiblement l'échec scolaire. Une pédagogie également participative et inter-active, facilitant l'expression et la créativité des élèves. Nous n'avons pu observer directement le déroulement des cours, c'était période de vacances, mais j'ai pu échanger avec d'autres enseignants, avec des élèves, consulter leurs cahiers et leurs travaux. Incontestablement, les écoles bolivariennes, du nom du grand Libérateur Simon Bolivar, sont globalement une réussite et participent du projet social global qui traverse la société vénézuélienne.
L'accès libre et gratuit à la culture, aux bibliothèques, aux musées, aux concerts, aux événements culturels s'est également généralisé depuis surtout trois ans. J'ai été très étonné de n'avoir rien à régler à l'entrée des monuments et des lieux qui constituent le patrimoine artistique du Venezuela, qu'il s'agisse du Panthéon, de la maison natale de Simon Bolivar, du musée des Beaux-Arts, du Musée des sciences, ou encore du magnifique Parque de l'Este (immense parc ouvert à tous). J'ai assisté sous le chapiteau d'un lieu exceptionnel, l'Estancia (un jardin qui est une véritable oasis), toujours à Caracas, à un concert avec une chorale proposant des chants méditerranéens. Au moins trois cents personnes, de tous milieux, assistaient, enthousiastes, à ce concert, bien sûr gratuit.
"Construisons ensemble notre nouvelle maison de la culture", pouvait-on lire sur la banderole fixée à l'entrée de la Maison de la Culture du quartier La Pastora, à Caracas, qui était occupée depuis mars dernier. J'ai pu m'entretenir longtemps avec les habitants de ce quartier sur les raisons de cette occupation. Ils contestaient radicalement le fait que les responsables de cet équipement ne proposaient que quelques activités distractives ou sportives (cours de taekwondo, de gymnastique, repas de quartier..) et ne faisaient pas appel à la participation des habitants. J'ai pu assister, dans la nouvelle Maison de la Culture, à un cours d'électricité, assuré bénévolement par un électricien du quartier, en réponse à des besoins exprimés, à des cours de danses "interculturelles", à un atelier "femmes", à un atelier dessin / peinture destiné aux enfants.... Une nouvelle maison pleine de vie et d'imagination habitée par une conception renouvelée de la Culture fondée, m'a précisé le "leader" de l'occupation, sur les notions d'imaginaire, de créativité, de participation populaire... très impressionné par la vitalité des échanges, des débats, des propositions qui fusaient lors des assemblées.
Un mot sur l'état du système sanitaire vénézuélien. Selon une enquête publiée en août 2006 40% des installations hospitalières présenteraient des déficiences plus ou moins graves: salles d'opération insuffisamment équipées, protocoles de désinfection insuffisamment appliqués, manque de laboratoires publics d'analyses, nombre insuffisant de chirurgiens. Tout au moins dans le public. Par ailleurs, de nombreux Vénézuéliens se plaignent du temps d'attente dans les hôpitaux. Manifestement les déficiences sont patentes. Cependant des signes tangibles d'amélioration ont été relevés. Par ailleurs, une maladie comme la malaria, nous sommes en zone tropicale, a diminué de 35% en un an, suite à des campagnes intensives de vaccination, notamment dans toutes les écoles.
Il faut ajouter que le gouvernement vénézuélien a créé et financé des pôles, appelés " Missions ", qui sont des programmes permettant de surmonter les blocages d'une administration en grande partie aux mains de l'opposition. Concernant l'éducation, s'est mise en place toute une stratégie, la mission "Robinson" qui débloque des aides pour des campagnes d'alphabétisation. Grâce à cette mission "Robinson" l'analphabétisme a été éliminé C'est l'objet de la Mission " Robinson ", qui débloque des aides pour des campagnes d'alphabétisation, de formation permanente : l'UNESCO vient de déclarer le Venezuela " Territoire hors analphabétisme"; il y aussi la mission " Ribas" qui permet aux adultes de suivre des cours le soir et de devenir bacheliers, la mission "Sucre" qui s'adresse aux jeunes exclus et leur propose de suivre un cursus universitaire. Concernant la santé, la mission "Barrio adentro 1" a permis l'installation depuis deus ans de postes de santé gratuits dans les zones les plus pauvres (3 000 médecins cubains y sont venus travailler). En outre, la mission "Barrio adentro 2" voit un certain nombre de polycliniques, très équipées et toujours gratuites s'installer dans ces zones, mais ce sont maintenant de jeunes spécialistes vénézuéliens qui assurent les consultations et les interventions.
Et les medias ?
Hugo Chavez est souvent accusé, à l'étranger, mais aussi par l'opposition, d'accaparer et de contrôler les medias. Qu'en est-il en réalité ? Quand on regarde l'émission "Allo Présidente ?", sur le canal huit (gouvernemental), un dimanche sur deux, où, pendant quatre heures, Chavez dialogue en direct avec les Vénézuéliens, on reste très étonné par la qualité de cet échange. Chavez rend compte en détail des sommes consacrées à telle ou tel ou tel secteur, incite les membres d'une coopérative à lui raconter ce qu'ils produisent et comment ils s'organisent démocratiquement, il écoute les protestations de paysans qui viennent d'occuper un latifundio et qui ont vu deux des lors se faire massacrés, il tance publiquement son ministre de l'intérieur, responsable des forces de police incapable d'empêcher ces assassinats. Il explique le pourquoi de ses différents contacts à l'étranger ( en l'occurrence Bolivie, Iran, Mali...). Rien à voir avec les monologues fleuves d'un Fidel Castro... Il faut aussi préciser que tous les autres canaux de télévision, de même que l'immense majorité des journaux sont aux mains de puissances financières proches de l'opposition. On ne peut donc pas affirmer que les medias sont aux mains de Chavez. Même s'il est vrai que la Commission de responsabilité sociale des télécommunications nationales (Conatel), créée en novembre 2004, et la loi restreignant la liberté des medias ( loi de Responsabilité sociale de la radio et de la télévision) peuvent être perçues comme une atteinte à la liberté de la presse. C'est tout au moins ce qu'affirme l'opposition. Mais en fait l'essentiel de la loi consiste dans l'obligation de diffuser des productions indépendantes sur chaque chaîne TV et radio là où il n'y avait jusqu'ici que de la production monopolistique par les medias. C'est donc un énorme saut démocratique pour nombre de créateurs, musiciens, acteurs, scénaristes, cinéastes et techniciens qui pourront ainsi vivre de leur métier et s'exprimer de manière plus pluraliste qu'avant. Mais les critiques très vives de la politique gouvernementale que j'ai pu entendre sur certaines chaînes ou radios ou lire dans certains journaux démontrent que si menace il y a elle n'est que potentielle pour l'instant. Cela prouve plutôt que le Venezuela a démocratisé le spectre radio-électrique: 400 medias associatifs, radios, etc... avec fréquence 24 heures sur 24, aides en tout genre; on pourrait en rêver en France.
J'ai pu visiter deux medias "alternatifs" et interviewer leurs animateurs. "Vive tele", d'abord; une télévision nationale située à la Bibliothèque nationale à Caracas, animée entre autres par Thierry Deronne, un ami bien connu à Grenoble, auteur d'un film remarquable : " El paso de los Andes", qui a été projeté au Festival de cinéma d'Attac, à Grenoble, en novembre 2005. Une télévision qui emploie 450 personnes, envoie sur le terrain (campagnes, quartiers, coopératives, lycées...) des équipes de tournage, souvent composées de jeunes, à la fois pour "filmer" la réalité sociale et culturelle et donner la parole à tous les acteurs sociaux. Elle fournit aussi un appui technique et de formation aux medias communautaires et alternatifs. Des émissions de plus en plus appréciées par le public vénézuélien, inter-actives, de qualité. A Merida, ensuite, j'ai découvert une radio "communautaire" ( associative), "Los ecos", animée par des jeunes, qui n'hésitent pas aller dans les rues de leur quartier pour interviewer les habitants, les enfants, les femmes sur leurs préoccupations, leurs difficultés, leurs attentes,leurs interpellations. Ils apprennent aux enfants la technique de l'interview... J'ai eu moi-même droit à une interview d'une heure où l'on m'a posé des questions sur la situation sociale et politique française, sur les raisons de ma venue au Venezuela, sur mes premières impressions, sur le Liban et la Palestine... Une radio vraiment populaire et participative...
Quelle vie politique ? La stratégie de Chavez...
S'il est un rejet partagé par une majorité de citoyens vénézuéliens, c'est bien celui qui concerne la classe politique. il faut dire que le pouvoir politique, avant l'élection de Chavez en 1999, était annexé à tous les échelons (national, régional, local) par une élite très restreinte, une élite corrompue et incapable (en 1998, l'inflation dépassait les 100%, les professeurs étaient payés jusqu'à un ou deux ans en retard..). Aussi le discours simple, aisément compréhensible par les gens du peuple, d'un Président qui n'hésite pas à descendre dans la rue et se préoccupe prioritairement des plus mal lotis, a séduit tout de suite. C'est sa promesse de "limpiar la casa" (nettoyer la maison) et de se débarrasser de tous les corrompus qui s'étaient appropriés les richesses du pays depuis quarante ans qui fait mouche. Et il est incontestable que la corruption a beaucoup diminué, même si elle est encore bien réelle. De même qu'il est incontestable que les ressources très importantes générées par le pétrole (le Venezuela est 5° producteur pétrolier dans le monde) sont utilisées pour financer les systèmes éducatif, culturel, sanitaire, pour lutter contre la pauvreté...
Il reste que la vie politique vénézuélienne, qui ne saurait se résumer à un contact direct entre Chavez et le peuple sous peine de tomber dans le populisme, est quelque peu hypothéquée par l'absence de partis politiques structurés et insérés dans la réalité sociale. Il y a bien les trois partis qui soutiennent la politique du gouvernement chaviste, à savoir le Mouvement de la cinquième république (MVR) , le Parti Une patrie pour tous ( PPT) et le Mouvement pour le socialisme (MAS), Mais ils sont encore incapables d'impulser un véritable débat politique sur les orientations et les choix à opérer et de traduire les aspirations populaires. Quant à l'opposition, elle est marquée pour longtemps à la fois par son soutien à la tentative avortée de coup d'Etat en avril 2002 et son échec lors du referendum révocatoire d'août 2004 (*). Ce qui explique que pour les prochaines élections présidentielles et générales du 3 décembre prochain la réélection de Chavez est plus que probable. Une réélection qui sera en réalité surtout due à l'affection, à l'empathie persistantes du peuple pour Chavez, et au fait que douze millions de Vénézuéliens, soit la moitié de la population, bénéficient des programmes économiques ou sociaux. A noter enfin la volonté tangible de promouvoir les responsabilités politiques des femmes : de nombreux élus sont des élues, la présidente de l'assemblée nationale est une femme... Le machisme latino-américain n'est en rien irréversible !
Un mot sur la politique extérieure et la stratégie "anti-impérialiste" de Chavez. Son obsession: constituer un "front", en Amérique Latine et dans le monde entier, face à la politique agressive voire menaçante des Etats-Unis (Le Venezuela a été manifestement rejeté dans le "camp du mal" par le gouvernement de Bush), et sa volonté de domination économique et militaire. D'où le lancement avec Cuba, il y a deux ans, de l'ALBA (Alternative bolivarienne) à laquelle il s'avère difficile de rallier d'autres pays et qui a pour objectif de proposer un autre développement, participatif et social, face au projet étatsunien de l'ALCA; d'où la décision de Chavez de rejoindre le MERCOSUR , ce marché commun du sud de l'Amérique qui regroupe le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay (adhésion ratifiée en juillet 2006). D'où enfin tous ces voyages récents en Biélorussie, en Russie, en Iran, au Mali, au Vietnam, en Chine, ces soutiens affirmés aux peuples palestinien et libanais. A notre connaissance, Chavez est le seul chef d'Etat à avoir eu le courage de retirer son ambassadeur d'Israël. J'ai par ailleurs été très heureusement surpris par la conscience internationaliste d'une partie du peuple vénézuélien: pendant mon séjour, deux manifestations pour dénoncer l'agression israélienne à Gaza et au Liban se sont déroulées, l'une à Caracas et l'autre à Merida. Et les medias vénézuéliens couvraient quotidiennement les événements...
Malgré les défis à relever, cet espoir de tout un peuple
Les défis à relever sont multiples. Tout d'abord celui du tout pétrole: les 4/5 des ressources du pays proviennent du pétrole. Malgré leur volonté affichée, Chavez et son gouvernement ont du mal à impulser concrètement une industrialisation diversifiée même si beaucoup est fait en matière de crédits, de formation pour la petite et la moyenne entreprise; par ailleurs nombre d'entreprises ont été réactivées. Par ailleurs, 48% des produits alimentaires consommés sont encore importés, ce qui est il est vrai est nettement moins qu'auparavant. Les inégalités sociales sont gigantesques, même si les plus riches sont fortement imposés et si la pauvreté a reculé pour la première fois de 24%, ainsi que le chômage. Le nombre de mendiants et d'indigents a sensiblement baissé, mais ils sont encore nombreux dans certains quartiers. Mais là aussi il faut noter la création de la Mission Negra Hipolita, réseau très actif qui accueille ces indigents, les accueille, les soigne, les forme Autre problème lancinant:, celui des déchets urbains inégalement collectés, des décharges à ciel ouvert, même un nouveau parc de camions-bennes vient d'être acquis pour Caracas. Et tant d'autres défis. De même il manque un véritable plan de développement urbain: il faut voir la croissance anarchique de Caracas, la capitale, "grosse" d'un exode rural incontrôlé mais qui semble s'inverser.
Et tant d'autres défis à relever. Mais il faut bien mesurer d'où vient ce pays : l'absence totale de véritable gouvernance jusqu'à 1999, une corruption généralisée, des systèmes éducatifs et sanitaires délabrés, une élite économique, financière, politique s'arrogeant tous les pouvoirs et l'argent public....Une véritable politique sociale visant à répondre aux besoins humains et sociaux fondamentaux a été mise en route, une démarche participative, à tous les niveaux, a fait du peuple vénézuélien un peuple citoyen et lui a redonné espoir. A l'image d'une Amérique Latine dont les peuples et même les gouvernements manifestent leur refus d'un type d'économie et de développement imposé, le Venezuela est engagé dans une dynamique prometteuse... Le problème n'est pas d'être inconditionnellement pro-Chavez, mais plutôt de voir que ce peuple est à la recherche de nouvelles voies pour l'émergence d'une société plus juste, plus égalitaire, plus démocratique. A nous de soutenir ce peuple dans sa démarche, sans exclure un regard lucide.

Jo Briant

A noter, l'espace rinoceros "bibliothèque internationale pour un monde responsable et solidaire" de Ritimo
vous offre une sélection de textes, d'analyses et de liens pour aller plus loin dans la réflexion pour un monde solidaire et responsable.

Haut de page

Accueil - Agenda - Inter-Peuples - La Doc - Nos partenaires - Actions - Contactez-nous