Les mémoires blessées de la guerre d’Algérie de l’Algérie coloniale à la France d’aujourd’hui

Publié le : - Date de modification : , par  Marc Ollivier
  • Conférence de Benjamin Stora, historien spécialiste du Maghreb et des questions de l’immigration, professeur à l’université, président du conseil d’orientation de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, Il traitera de son dernier livre "Les mémoires dangereuses".

    Org. ATLLAS (Association tisser les liens d’amitiés solidaires), contact, 07 84 34 33 74
    avec la participation de l’ODTI (Observatoire des discriminations et des territoires interculturels) et le soutien de l’AFAI (Association franco-algérienne de l’Isère).

    Grenoble, Centre Œcuménique Saint-Marc
    6, avenue Malherbe

Le 13 septembre dernier au Centre œcuménique St Marc, à l’initiative de l’association ATLLAS (Association Tisser Les Liens d’Amitiés Soolidaires)*, c’est une salle comble qui a accueilli l’historien Benjamin STORA venu parler à Grenoble de la guerre d’Algérie.

Il a d’abord rappelé l’immensité des drames humains et des bouleversements sociaux et institutionnels qui ont résulté de cette guerre :

  • Côté algérien au minimum 400 000 morts (proportionnellement davantage que les morts de 14-18 en France), deux millions de paysans déplacés avec la création de "zones interdites" et de camps de regroupement, 3 à 400 000 réfugiés aux frontières tunisienne et marocaine, la fin d’une colonisation de 132 ans et la création d’une république indépendante à l’issue d’un référendum sur l’autodétermination du peuple algérien.
  • Côté français environ 30 000 morts militaires et 10 000 morts parmi les Européens d’Algérie, une génération entière (1 500 000 jeunes hommes nés entre 1932 et 1943) mobilisée dans le contingent pour faire la guerre en Algérie (on parlait alors de "maintien de l’ordre"), la fin de la IVème République et la création de la Vème par le général de Gaulle suite à deux putschs militaires ourdis à Alger par des officiers généraux dont l’un porte légalement de Gaulle au pouvoir tandis que l’autre avorte grâce à l’opposition de la population et surtout des appelés du contingent en Algérie. Et nous continuons à vivre sous l’empire de la constitution voulue par de Gaulle pour lui donner tous les pouvoirs qu’il jugeait indispensables pour mettre un terme au conflit algérien.

Benjamin Stora souligne les difficultés que rencontre la recherche historique sur la guerre d’Algérie : d’une part les chocs provoqués par cette guerre ont été tels que la conscience publique et les débats médiatiques ne l’abordent que par la fin, alors qu’il est impossible de la comprendre sans analyser le passé des 132 années de colonisation : la guerre de conquête (30 ans), les insurrections dans plusieurs régions du pays, la dépossession d’un million d’hectares de terres tribales pour installer les colons, le déni du statut de citoyen français à part entière aux "FMA" (Français Musulmans d’Algérie), l’inégalité de niveau de vie considérable entre eux et les "Français d’Algérie". Les FMA étaient à 90 % refoulés dans les régions rurales montagneuses d’Algérie et le Sahara, et leurs enfants n’étaient pas scolarisés tandis que les "pieds noirs" vivaient en ville avec un niveau de vie comparable à celui de la métropole et manifestaient dans leur grande majorité à l’égard des Algériens musulmans un esprit dominateur teinté de racisme. Comment s’étonner que le "parti colonial" très présent dans les coalitions qui dominaient la IVème république ait réussi, avec l’appui du haut commandement militaire, à bloquer le programme de négociation voulu par la majorité des électeurs fin 1955 et à lancer Guy Mollet dans une stratégie de "guerre à outrance" avec des pleins pouvoirs votés par tous les députés de gauche ?

Les autres difficultés que rencontrent les historiens proviennent de la complexité des mémoires portées et transformées par de multiples acteurs, en Algérie comme en France : comment les croiser et expliquer leurs contradictions… En France c’est une occultation qui a pesé pendant 30 ans sur cette guerre, tandis qu’en Algérie elle est célébrée comme fondatrice de l’indépendance nationale tout en s’exprimant dans un récit officiel qui écarte tous les aspects (et les personnages) qui ne conviennent pas au nouveau pouvoir. Dans les deux pays cependant on note désormais une ouverture à un débat apaisé sur ces mémoires : il reflète le besoin d’en empêcher toute manipulation abusive dans le contexte des conflits et des attentats où des intérêts de toute nature instrumentalisent des lectures anachroniques et fausses de l’Islam à leur profit.

* L’association ATLLAS est présidée par Amel Zenati (association.atllas chez gmail.com)

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