Massacre du 17 octobre 1961 : pour une mémoire vivante et actualisée… édito du n°249 de septembre-octobre 2016

Publié le : , par  CIIP

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers de travailleurs algériens et leurs familles ont manifesté pacifiquement à Paris, à l’appel du FLN, pour le droit à l’indépendance de l’Algérie, pour leur droit à l’égalité et à la dignité, contre le couvre-feu raciste qui leur était imposé. Ce jour-là et les jours suivants, plusieurs centaines d’entre eux furent massacrés, jetés dans la Seine ou gravement blessés par des policiers déchaînés sous les ordres du préfet de Paris Maurice Papon (le même qui fut condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité pour avoir organisé la déportation des juifs de la région où il était secrétaire général de la préfecture de Gironde, entre 1942 et 1944 sous l’occupation nazie). On retrouva des corps dans la Seine jusqu’à une quinzaine de jours après… Un massacre couvert par le Président de l’époque, un certain Charles de Gaulle, occulté par la majorité des médias, à quelques exceptions près. Significatif et exemplaire : le 20 octobre 1961 un millier de femmes algériennes et leurs enfants manifestèrent pour dénoncer ce massacre et exiger la vérité et l’accès aux disparu.e.s…
Depuis près d’une trentaine d’années les Grenoblois se rassemblent et défilent chaque 17 octobre jusqu’à l’Isère pour ne pas oublier et exiger que toute la lumière soit faite sur ce massacre colonial. Le 17 octobre 2012, François Hollande a reconnu partiellement ce massacre, mais il n’a jamais été question de reconnaître qu’il s’agissait d’un crime d’Etat. L’accès aux archives officielles n’est encore que très partiel comme l’a souligné l’historien spécialiste de cette période Jean-Luc Einaudi. Depuis plus d’une année la dizaine d’associations qui co-organisent ces rassemblements annuels - dont notamment Algérie au Cœur et le Centre d’Information Inter-Peuples - interpellent la Municipalité de Grenoble pour exiger une plaque en mémoire des victimes de ce massacre, une plaque qui sera effectivement apposée et inaugurée officiellement lundi 17 octobre 2016 place Edmond Arnaud, en présence du Maire de Grenoble et du Consul d’Algérie. L’occasion de nous retrouver plus nombreux que jamais, y compris le jeudi 13 octobre où seront proposées aux Grenoblois, à la Maison des Associations, "5h. pour la Vérité sur le 17 octobre 1961".

Loin de tirer toutes les conséquences et tous les enseignements de ce passé encore récent, de nombreuses forces politiques tentent de réécrire l’Histoire, pour glorifier le passé colonial et attiser les haines xénophobes. En ces temps troublés où la tentation est forte d’empiéter sur les libertés individuelles, où se succèdent et s’empilent des dispositifs très inquiétants et liberticides de surveillance, il est fondamental de maintenir la mémoire mais d’élargir la mobilisation contre tous les racismes et contre tout cet arsenal législatif et sécuritaire. De la rafle du Vel d’Hiv (Paris, juillet 1942) aux centaines de centres de rétention et de camps d’internement pour étrangers qui jalonnent toute l’Europe, en passant par la répression sanglante du 17 octobre 1961, nous savons ce qu’un pouvoir en place peut faire au nom de la Raison d’Etat, sous couvert de la lutte anti-terroriste.

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