8 août 2016 : le jour du dépassement global…

Publié le : , par  Jo Briant

Le jour du dépassement global a été atteint le 8 août dernier : en huit mois les sociétés humaines ont consommé autant de ressources renouvelables que la Terre peut produire en un an ; c’est ce que l’on appelle le jour du dépassement global. Ce qui veut dire que nous vivons à découvert : l’humanité entame chaque année de plus en plus le crédit qu’elle contracte auprès du système terre. En d’autres termes, l’humanité a déjà consommé entre le 1er janvier et le 8 août 2016 autant de ressources, renouvelables ou non, que ce que la Terre peut produire sur une année entière et a généré autant de déchets que les systèmes naturels sont capables d’en absorber.

Lundi 8 août 2016 : Jour du dépassement de la Terre
Source : Global Footprint Network - GFN
(Institut de recherche international)

Avant d’analyser brièvement les causes d’un tel dépassement, il faut souligner que cette surconsommation - de céréales, de viande, de minerais, de pétrole, de gaz, de carbone…- est très inégale. Ainsi la société australienne - 22,8 millions de personnes - a-t-elle "gloutonné" 5,4 planètes depuis janvier ; la société états-unienne – 320,2 millions de personnes - a gobé 4,8 planètes, tandis que la société indienne – 1,3 milliards d’habitants - s’est contentée, si l’on peut dire, de 0,7 planète, et l’Afrique subsaharienne encore moins : 0,45 planète. Quant à la société française - 66 millions d’habitants - elle se trouve dans la fourchette haute avec 3 planètes de déjà mangées cette année. Est-il besoin de le rappeler ? Les inégalités d’accès à la consommation frappent, en outre, au sein de chacun de ces pays.

Cette folie extractiviste…

L’extractivisme, c’est cette surexploitation de la nature, sous toutes ses formes. Il désigne un niveau obsessionnel d’exploitation de la nature, depuis l’extraction proprement dite et de plus en plus effrénée des hydrocarbures et des minerais, jusqu’à tous les prélèvements desdites "ressources naturelles" : l’agriculture industrielle et les monocultures forestières qui dépouillent les sols de leurs nutriments, les exposent à l’érosion et les détruisent ; la pêche intensive, qui a tué littéralement la pêche artisanale d’un pays comme le Sénégal… et de tant d’autres pays, vide les océans. Les grands barrages hydroélectriques qui, pour "extraire" de l’énergie, privent d’eau des populations notamment autochtones, ou au contraire inondent des terres fertiles et anéantissent la biodiversité.

Pour bien mesurer la dimension de cette folie extractiviste, entre 1900 et 2005, alors que la population mondiale a "seulement" quadruplé, l’extraction des matériaux de construction et de fabrication (de bâtiments, d’usines, d’autoroutes, de téléviseurs, de portables, de smartphones…) a été multipliée par 34, celle de combustibles fossiles par 12. Les responsables de ce pillage et cette destruction de la nature ne sont pas des entités abstraites, mais de grandes entreprises, des multinationales, des Etats qui sont tous situés au Centre (Nord), les pays du Sud (du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, d’Amérique du Sud) étant les victimes de cet immense et incessant pillage. Le paroxysme a été atteint à partir des années 1980 avec le développement accéléré du libre-échange, de la conteneurisation et internet, donnant une complète liberté aux grands groupes multinationaux pour développer aux quatre coins du monde l’ensemble de leurs filiales. L’arme financière et les relations mafieuses avec les "élites" du tiers-monde ont tout simplement remplacé les armées coloniales : explosion des distances parcourues par les marchandises ; dépendance de milliards de personnes quant à un modèle agro-alimentaire responsable à plus d’un tiers des émissions de gaz de serre ; surexploitation de la nature par des pays contraints de rembourser une dette illégitime et appauvrissement de populations entières contraintes de déménager dans des bidonvilles sordides. Quant à la consommation de masse des populations du Nord - même si elle inégale - elle est en grande partie basée sur la surexploitation du Tiers-Monde. Par conséquent ce sont bien ces pays du Nord - via leurs multinationales et leurs Etats - qui ont une écrasante responsabilité dans ce dépassement écologique et le réchauffement global.

En conclusion, si l’on veut que l’humanité ne produise et ne consomme pas plus que ce que notre planète peut supporter, c’est bien à tout un système hyper-productiviste, extractiviste, consumériste qu’il faut s’attaquer. Les candidats aux prochaines élections et les médias esquisseront-ils ne serait-ce que quelques brèves interrogations sur un tel système ? On peut plus qu’en douter. Quant à nous tous, citoyen-ne-s, notamment membres d’organisations de solidarité internationale, nous devons accentuer notre pression sur les multinationales, les banques, les organismes internationaux (FMI, Banque Mondiale, OMC…) et États du Nord pour les contraindre de renoncer à leurs projets destructeurs de la Nature… Un défi colossal…

Article paru dans Inter-Peuples n°249, septembre - octobre 2016

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