Systèmes de financement de la santé en Afrique francophone : quelles politiques et quels partenariats ?

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Selon les estimations de l’Association Internationale de la Sécurité Sociale (AISS), moins de 25 % de la population mondiale ont accès à une sécurité sociale suffisante, et les niveaux de la couverture varient fortement d’un pays à l’autre, et même à l’intérieur des frontières nationales.
Alors que les économies les plus riches bénéficient d’une couverture presque universelle, les pays d’Afrique subsaharienne offrent une couverture à moins de 10 % de leurs populations. Cette exclusion de la sécurité sociale ,principalement de la protection contre le risque maladie, affecte surtout les plus vulnérables.
Après plusieurs initiatives aux résultats mitigés, les pays d’Afrique francophone s’engagent aujourd’hui sur la voie de l’assurance maladie obligatoire comme réponse à la problématique cruciale du financement de la santé et de l’accessibilité pour tous aux soins de qualité.
Cependant, malgré l’enthousiasme et l’espoir que suscite sur le continent cette nouvelle orientation de la politique de santé, des interrogations, voire des inquiétudes, demeurent. L’ONG OXFAM s’en est fait l’écho dans son rapport de 2013 sur "l’assurance maladie dans les pays du Sud", quand ses responsables pointent la question de savoir à qui profitent ces mécanismes d’assurance maladie. Pour cette organisation, les pays du Sud, principalement africains, vont droit dans le mur en instaurant des systèmes qui pourraient exclure les plus pauvres.
Dans la stratégie d’approche, en effet, des écueils importants apparaissent :

  • Comment les pays à faible revenu peuvent-ils faire croître harmonieusement des mécanismes d’assurance maladie obligatoire ?
  • La situation financière des populations, notamment les plus démunies, peut-elle leur permettre de contribuer efficacement au financement du système ?
  • Quels mécanismes sont envisagés pour capter les cotisations des acteurs du secteur informel, dans des régimes non déclaratifs comme ceux des pays africains où ce secteur occupe plus de 80 % des emplois ?
  • Comment mettre en adéquation un système de santé et une offre de soins très souvent inopérants avec une politique d’assurance maladie efficace ?
  • Comment, au plan psychologique, concilier les croyances étiologiques voire les recours thérapeutiques des populations avec les systèmes d’épargne santé ?

En un mot, comment faire de l’assurance maladie obligatoire (qui, il faut le signaler, dans le contexte africain, est plutôt l’émanation d’une volonté politique affichée) une réalité africaine, authentique et endogène ? C’est autour de ces réflexions que nous organisons le colloque international intitulé "Les systèmes de financement de la santé en Afrique francophone : quelles politiques et quels partenariats ?"
Cette importante rencontre qui a pour objectif essentiel de mobiliser le 14 octobre prochain, experts africains et français, intellectuels, politiques, acteurs de terrain et de la société civile, se tiendra, pour la première édition à Grenoble, ville solidaire, dans le but de produire et proposer aux décideurs africains des outils de partenariat actif et d’accompagnement en matière de politique de mise en œuvre de l’assurance maladie obligatoire. En gardant à l’esprit que des dispositifs d’assurance maladie efficaces dans les pays du Sud contribueront à alléger, un tant soit peu, les pressions migratoires au Nord, car la recherche de la sécurité en matière de santé fait également partie des nombreux déterminants des flux migratoires.

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