Mariano Bona au nom du Collectif isérois 17 octobre 1961 "rendre hommage aux victimes et dire notre exigence de vérité"

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Le lundi 17 octobre 2016, Place Edmond Arnaud à Grenoble à été inauguré solennellement une plaque où il est inscrit :
"Le 17 octobre 1961, alors qu’ils manifestaient pacifiquement pour le droit à l’indépendance de leur pays et la fin d’un couvre-feu discriminatoire, de très nombreux Algériens et Algériennes furent massacrés à Paris et jetés dans la Seine.
Chaque 17 octobre, en ces lieux, des Grenoblois et des Grenobloises se rassemblent pour honorer leur mémoire."

Nous reproduisons ci-dessous l’intégralité de l’intervention prononcée à cette occasion par Mariano Bona au nom du Collectif isérois 17 octobre 1961.

Bonjour,
Je vous remercie de votre présence nombreuse ce soir, qui montre votre attachement au combat pour la mémoire du crime d’État qui eut lieu à Paris le 17 octobre 1961.

Rappelons les faits :
17 octobre 1961
Alors qu’un couvre-feu raciste est imposé en région parisienne aux "Français musulmans algériens", le FLN appelle les Algériennes et les Algériens, majoritairement confinés dans des bidonvilles de l’agglomération parisienne, à manifester massivement et sans armes, pour dénoncer ce couvre-feu et affirmer le droit du peuple algérien à l’indépendance.
Face à cette manifestation pacifique, où beaucoup étaient venus endimanchés, en famille avec leurs enfants, les forces de police de l’Etat, commandées par Maurice Papon ont répondu avec brutalité.
Il faut mettre des mots et dire les choses : ce fut des coups de matraques, des coups de crosse, l’usage d’armes à feu, les vivants, les blessés et les morts furent jetés par-dessus les ponts de la Seine, dans les rues avoisinantes et les bouches de métro. Un véritable carnage. Entre 200 et 400 morts, on ne saura jamais le nombre exact. De nombreuses familles ne pourront même pas faire le deuil d’un disparu, faute de savoir ce qu’il est advenu réellement de lui.
Il y eu d’autres manifestations dans les jours qui suivirent. Il est important de rappeler la manifestation des femmes algériennes le 20 octobre 1961, avec les mots d’ordre suivants : ‘‘A bas le couvre-feu raciste’’, ‘‘Libérations de nos époux et de nos enfants’’, ‘‘Indépendance totale de l’Algérie’’. Les femmes ont joué un grand rôle dans la lutte pour l’indépendance.

Après ce tragique octobre 1961, une chape de plomb s’est abattue sur ce massacre, le gommant des consciences, jamais mentionné, jamais enseigné.
Il a fallu le travail courageux d’historiens comme Jean-Claude Einaudi, l’auteur de "La Bataille de Paris" pour que cette chape se fissure.
Il a fallu l’activité tenace de collectifs militants et les manifestations régulières pour que l’exigence de vérité grandisse dans notre pays.

A Grenoble, nous manifestons chaque année, le 17 octobre, et ce depuis près de trente années, pour une pleine reconnaissance de cette répression sanglante. Le collectif "17 octobre 1961" salue toutes les Grenobloises et tous les Grenoblois qui se rassemblent et défilent nombreux chaque année pour que ce massacre ne soit jamais oublié, pour que toute la vérité soit faite sur ce crime et ses responsables.

Cette année encore, nous manifesterons pour rendre hommage aux victimes et dire notre exigence de vérité. Nous vous invitons à rester après la cérémonie officielle et à participer à cette manifestation. Des fleurs seront jetées dans l’Isère.

Nous tenons à remercier toutes les organisations, associations, syndicats, partis politiques qui ont constamment soutenu cette commémoration militante. Il est important de les citer :
AFAI (Association Franco-Algérienne de Isère), Algérie au Cœur, Amal, Association Amazigh, ANPNPA (Association Nationale des Pieds Noirs Progressistes et de leurs Amis), ANPROMEVO (Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS), CIIP (Centre d’Information Inter-Peuples), Comité de Soutien aux Réfugiés Algériens, Coup de Soleil en Rhône-Alpes, MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples, ODTI (Observatoire des Discriminations et des Territoires Interculturels), Ras L’front Isère, ACIP-ASADO (Association pour la Coopération Inter-Peuples et Action de solidarité avec les peuples d’Amérique latine et pour la diffusion des cultures d’Origine), ADAFL (Association Dauphinoise pour l’amitié Franco-Libanaise), AFPS (Association France Palestine Solidarité), AIAK (Association Isèroise des Amis Kurdes), ASALI (Association de Solidarité des Algériens de l’Isere), ATI-CDR (Association des Tunisiens de l’Isère Citoyens des Deux Rives), ATLLAS (Association Tisser Les Liens d’Amitiés Solidaires), ATTAC,
Cercle Bernard Lazare, CLAG (Cercle Laïque), CTNE (Comité Traite Négrière Esclavage), Iran Solidarités, LDH (Ligue des Droits de l’Homme fédération de l’Isère), Ligue des Droits de l’Homme en Iran (LDDHI), LIFPL (Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté), Maroc Solidarités Citoyennes, Mouvement de la Paix, Nil38, Nuestra America, Survie Isère, UD-CGT 38, FSU 38, Solidaires Isère, ADES (Association Démocratie Ecologie Solidarité), EE-LV Isère, Ensemble !, GO Citoyenneté, LO (Lutte Ouvrière), MRC (Mouvement Républicain et Citoyen), NPA, PAG38 (Pour une Alternative à Gauche), Fédération de l’Isère du PCF, PCOF, PG 38 (Parti de Gauche), PRCF (Pole de Renaissance Communiste en France) et les JRCF (Jeunes pour la Renaissance Communiste en France), Fédération de l’Isère du Parti Socialiste.

La liste est longue. Elle est diverse. Elle montre tous les soutiens qui se sont exprimés tous les ans. Je vous propose de les saluer comme il se doit.

Cette année 2016 est exceptionnelle avec la pose de la plaque commémorative qui vient d’être dévoilée.
J’ai envie de dire "Enfin !"

Enfin ! Après tant d’années de manifestations, après tant de demandes infructueuses, les murs de Grenoble vont rendre hommage aux victimes du 17 octobre 1961 et aux manifestants qui ont empêché que la mémoire de ce crime d’Etat disparaisse.
Le 17 octobre 1961 n’est pas un instant figé comme le serait un insecte dans l’ambre. Le 17 octobre est toujours vivant parce que ce qui l’a rendu possible est toujours présent.
En ce moment où beaucoup tentent de réécrire l’Histoire pour gommer les crimes faits contre les peuples,
le 17 octobre nous raconte la tentative d’humiliation du peuple algérien subissant l’oppression coloniale, le 17 octobre nous raconte la violence dont peut se rendre coupable un Etat pour préserver les intérêts d’une minorité.
Mais le 17 octobre nous raconte aussi l’immense courage de femmes et d’hommes marchant pour réclamer leurs droits et que rien n’arrête un peuple qui aspire à maîtriser son destin.
Le 17 octobre 1961 annonce le 19 mars 1962, qui marqua la fin d’une guerre coloniale cruelle, signifia la défaite des tenants de l’ordre colonial. Cette défaite fut une victoire pour le peuple français et le peuple algérien, ouvrant la voie à des rapports entre nos deux peuples basés sur la solidarité et la coopération.
Si le 17 octobre 1961 concerne l’ensemble des Français, cette plaque prend une signification toute particulière pour les femmes et les hommes qui ont immigré d’Algérie ou qui ont des liens forts avec l’Algérie. Cette plaque est aussi importante pour les jeunes générations qui se voient restituer une part essentielle de leur histoire.
Nous tenons à remercier chaleureusement la municipalité de Grenoble pour son geste qui marque ainsi non seulement la reconnaissance d’un événement tragique, mais aussi l’attention portée à l’immigration algérienne, qui est une composante importante de la ville, qui a beaucoup contribué, par ses apports culturels et sociaux, par ses luttes pour la dignité, à l’histoire de Grenoble et dont les murs portent jusqu’à présent peu la trace.

Je conclurai en évoquant Paul Muzard, disparu à l’automne 2014, président d’honneur du MRAP, militant infatigable de la solidarité avec les migrants. Il a été présent à toutes les manifestations du 17 octobre.
A la fin de "l’exploitation des pauvres toujours en marche" où il aborde les questions de l’esclavage et de la colonisation, le livre qu’il publia en 2009, Paul s’exclamait : "Il est temps de se réveiller !".
Maintenir vivante la mémoire du crime d’État que fut la répression du 17 octobre 1961, rendre hommage à ces femmes et ces hommes massacrés parce qu’ils se battaient pour leur dignité et leur droit à décider de leur destin, exiger que la vérité soit faite, c’est contribuer à tenir les consciences en éveil.

Cette commémoration du 17 octobre 1961 doit porter, chaque année, la demande d’initiatives fortes pour une coopération renouvelée entre le peuple français et le peuple algérien, pour une solidarité entre les deux rives de la Méditerranée.

Merci de votre attention.

Agglomération grenobloise

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