250 millions de migrants - dont 63,5 millions fuyant les guerres, les conflits et les dictatures - dans le monde ! édito du n°250, novembre 2016

Publié le : , par  CIIP

Et leur nombre ne cesse d’augmenter de manière exponentielle : 5 millions de plus en 2015, c’est autant qu’entre 2010 et 2015, d’après le HCR [1]. Les conditions de leurs déplacements, de leurs installations, de leur survie, sont de plus en plus précaires, dangereuses, inhumaines, scandaleuses et révoltantes. Régulièrement des drames terribles font la "Une" des journaux mais l’émotion passée rien ne change. Pour que ça bouge il est pourtant impératif de s’attaquer aux causes qui produisent ces exodes de millions de personnes. La première est liée directement aux conflits armés, ceux qui s’intensifient en Syrie, en Irak ou au Yémen et ceux qui s’enlisent depuis des années en Afghanistan, en Somalie, au Soudan, en Érythrée... Des guerres dans lesquelles les gouvernements des États occidentaux portent une très large responsabilité. Quand ils ne sont pas engagés directement dans les conflits avec leurs armées, ils le sont par les profits qu’ils tirent du commerce particulièrement juteux de leurs armes et techniques guerrières. Autre cause fondamentale : l’exploitation des richesses minières et agricoles des pays du Sud qui génèrent pauvreté extrême et famine. Pour le CIIP, il faut plus que jamais informer sur la responsabilité des gouvernements des pays riches, dont le nôtre, et développer les mobilisations. S’ajoutent aux migrations massives les "réfugiés climatiques" qui rejoignent le cortège des personnes qui fuient guerre et misère. Et ce n’est sans doute que le commencement.

En matière d’accueil, ce sont les pays proches, souvent les plus pauvres qui assument l’essentiel de la gestion des réfugiés. Sur 5 millions de déplacés syriens par exemple, 86% sont en Turquie, au Liban et en Jordanie. Le nombre des migrants, quel que soit leur pays d’origine et les raisons de leur exil, qui parviennent dans l’espace Schengen, de manière non légale serait d’1 million. Et là, après avoir survécu à mille dangers, ils sont cueillis par les organismes de répression dont Frontex et Europol, chargés d’appliquer la politique migratoire européenne dont les objectifs sont de tarir le flux de migrants en en renvoyant un maximum, par la mise en place des "hotspots [2]" en Italie et en Grèce. Ou encore en passant des accords scandaleux avec la Turquie ou l’Afghanistan pour que ces pays "relocalisent" (comme ils disent !) les migrants. Puis gérer et dispatcher dans les différents pays membres de l’UE ceux qui pourraient éventuellement rester. Le signal criminel qui est ainsi lancé par les dirigeants européens c’est que les migrants sont d’abord une invasion dangereuse, qu’il faut donc s’en protéger, se fermer, trier entre les uns et les autres. Comment alors imaginer que les 160 000 personnes que l’UE a décidé d’accueillir, dont 27000 en France, puissent être reçus dignement ? Et en effet, de nombreux pays européens commencent d’abord par renforcer leur sécurité : rétablissement de certaines frontières, élévation de murs, création de camps, multiplication des rafles et harcèlement des personnes étrangères… Ce qui envahit peu à peu toute l’UE ce ne sont pas les migrants mais la peur, la défiance, la xénophobie, le racisme et les extrêmes droites qui s’épanouissent sur ce terrain nauséabond… Les manifestations violentes contre la création de petits centres d’accueil dispersés sur le territoire français en sont hélas une terrifiante illustration.

Dans notre région Auvergne-Rhône Alpes, le Président Laurent Wauquiez s’est illustré sur ce terrain en déclarant qu’il refuserait les 1784 réfugiés de Calais qui lui étaient destinés, ce qui lui a valu l’envoi d’une lettre ouverte de la part de la Cimade, de Médecins du Monde et de la FNARS (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion ) qui dénonce cette attitude ...

Face à cette tragédie, des citoyens et de nombreuses organisations s’engagent, rappelant par leur solidarité et leurs analyses, que ce ne sont pas les migrants qui sont coupables mais bien un système économique, injuste, inégalitaire, destructeur de l’Homme et de la planète dont l’objectif central est la recherche absolue du profit. Et il a notamment pour complice l’UE et les gouvernements des États qui la composent.

Il est temps d’agir. Pour sa part, le CIIP est bien déterminé à continuer d’œuvrer à la construction d’un front commun, avec l’ensemble de ces hommes et de ces femmes qui savent qu’il n’y a pas d’issue heureuse à la guerre, au tout sécuritaire, ou au repli sur des identités meurtrières. Des hommes et des femmes prêts à faire cause commune pour que ce monde change vraiment, et dans le bon sens ! Des ponts, pas des murs !

[1Haut-Commissariat aux Réfugiés - Le chiffre de 250 millions de migrants est une estimation de la Banque mondiale datant du 18/12/2015.

[2"centres d’accueil européens"

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