Non, Israël n’est pas un "modèle" sécuritaire à suivre !

Publié le : , par  Jo Briant

Depuis la vague d’attentats perpétrés en France, notamment l’abject attentat de Nice, on peut observer une propension des médias et des politiciens français à vanter le "modèle sécuritaire israélien", suggérant que les méthodes israéliennes de sécurité devraient être introduites en France. Cela ne semble pas poser de problème que l’Etat d’Israël soit un régime colonialiste, emprisonnant à ciel ouvert plus d’un million de personnes - toute la population de Gaza - et soumettant constamment le peuple palestinien, que ce soit à Jérusalem-Est ou en Cisjordanie, à une occupation de fait, à des confiscations de terre, des expulsions, des démolitions de maisons, des expéditions nocturnes terrorisantes, à des arrestations et des emprisonnements arbitraires, y compris d’enfants.

Mais venons-en à la politique sécuritaire israélienne au quotidien. Des reportages nous montrent des Israéliens se pliant volontiers aux contrôles des sacs à l’entrée des supermarchés et habitués à la présence de vigiles dans les transports publics. Tout événement public - festif, publicitaire… - est interdit dans les rues et sur les places pour éviter toute attaque à la voiture bélier. Fouilles et détecteurs de métaux à l’entrée des magasins et des gares. Agents de sécurité dans les transports qui patrouillent armes à la main sans que cela ne perturbe les voyageurs. Et sur la voie publique des unités antiterroristes à moto, prêtes à réagir : "Je me mets toujours en retrait de la route, c’est quelque chose que vous gardez à l’esprit" [1] Un certain Julien Dray déclarait récemment sur RCJ le 3 décembre 2015 : "Inspirons-nous pour une fois de l’Etat d’Israël en la matière", un Etat qui face au terrorisme "n’a jamais dérapé". Des hommes politiques comme Eric Ciotti ou encore Georges Fenech, sans oublier Manuel Valls, ont vanté les mérites des techniques et des dispositifs sécuritaires adoptés par les autorités israéliennes. En préconisant notamment la détention administrative, effectivement pratiquée désormais en France, généralisée en Israël. Et en invitant les autorités françaises à s’inspirer de ces détentions "préventives" - qui peuvent durer jusqu’à 6 mois, voire un an, sans jugement ! - mesures héritées du mandat britannique et alors appliquées contre le "terrorisme juif". Plusieurs candidats à l’élection présidentielle s’inspirent de ces pratiques liberticides pour préconiser une "loi des suspects" contraire à toutes les valeurs sur lesquelles se fonde le droit.

JPEG - 79.5 ko
Stop aux détentions administratives
Addameer (Association palestinienne de défense des droits de l’Homme) a documenté1586 personnes en internement administratif dans les prisons israéliennes entre le1er janvier 2016 et 30 novembre 2016

On ne soulignera jamais assez que sous le prétexte de "contrôler", des gens sont humiliés et tués. Le régime israélien se maintient par la terreur, en l’absence de toute perspective pacifique. Une pratique et une théorie sécuritaires qui servent également d’argument marketing à l’Etat israélien pour développer et exporter l’une des industries sécuritaires les plus tristement performantes et lucratives au monde.

Une impasse sécuritaire… Poser en fin les vraies questions

Qu’avons-nous à apprendre d’Israël ? Que son arsenal sécuritaire est une impasse absolue et un outil d’oppression et de domination qui engendre des cycles permanents de violence. Existe-t-il un lien de causalité entre l’instauration et le renforcement des mesures sécuritaires et la motivation des passages à l’acte des "terroristes" ? L’Etat français n’alimente t-il pas la violence contre laquelle il prétend lutter lorsque sa réponse après chaque attentat est de réactiver les frappes en Syrie et en Irak ? L’instauration d’un état d’urgence de fait permanent ne masque-t-elle pas un évitement de la réflexion collective et critique. Autrement dit, l’argument de "raisons de sécurité" n’est-il pas un écran de fumée et un moyen de dépolitiser des enjeux sociaux.

Appliqué à la situation française, le discours d’un "modèle israélien" est très dangereux. A moins de vouloir maintenir notre société dans un Etat de guerre permanent. Il faut à l’opposé repenser fondamentalement de nombreux choix sociaux, économiques et politiques. En France comme en Israël il n’y a pas de paix possible sans reconnaissance des droits fondamentaux et sans remise en question des logiques de domination guerrière et sociopolitique…

Article publié dans Inter-Peuples n°252, janvier 2017

Point de vue sur...

AgendaTous les événements