Voix Solidaires : une passerelle chantante entre Grenoble et l’Afrique du sud

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En Afrique du Sud beaucoup d’enfants ont perdu leurs parents à cause de l’épidémie de sida. Leurs grands parents se retrouvent à la fois privés du soutien économique de leurs enfants décédés (il n’y a pas de système de retraite) et chargés de l’éducation de leurs petits enfants.

Pour aider ces familles, des associations, le plus souvent liées à une paroisse et aidées par des subventions de l’état, ont créé des "Drops In", structures légères où les enfants sont accueillis dans la journée, en dehors des heures d’école. Ils bénéficient ainsi d’un soutien scolaire (aide aux devoirs, apprentissage de l’anglais), d’activités culturelles autour du chant, d’un terrain où jouer en sécurité et d’un repas complet. En même temps, ils ne sont pas coupés de leur famille (comme le sont les enfants des orphelinats classiques) car ils y retournent tous les soirs et les week-end. Les "Drops In" s’occupent de la scolarité des enfants et apportent leur soutien à ces grands-parents fort démunis, les personnes âgées étant habituellement prises en charge par leurs descendants. L’État verse une subvention à ces "Drops In" pour la nourriture, tout le reste est pris en charge par des associations, le plus souvent paroissiales et sans moyens.

Création de "Voix solidaires"

En avril 2014 lors d’une tournée de notre chorale "Grenoble Gospels Singers", nous avons eu la chance de partager une journée avec les enfants et les bénévoles de "Botshabelo", le "drop in" de Seshego, une grande banlieue très modeste de la ville de Polokwane, au nord-est du pays. Nous avions un répertoire commun avec les enfants dans leurs langues locales et avons pu chanter ensemble.

De retour en France une dizaine de choristes on fondé l’association "Voix Solidaires" autour de l’idée d’un soutien à Botshabelo par le biais de concerts (chant choral, musique) dont les recettes lui sont réservées. En trois ans, nous avons ainsi pu participer à la construction d’un bâtiment et d’un préau, et à l’équipement d’une cuisine (gazinière, réfrigérateur, tables, étagères). Le moindre don a été immédiatement investi au mieux grâce à l’énergie de l’équipe locale avec laquelle nous sommes en lien et qui nous a envoyé régulièrement des photos de toutes ces réalisations.

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La rencontre à Seshego
photo Voix solidaires

Voyage de solidarité à Seshego

Marjolaine, la présidente de Voix Solidaire et moi-même revenons en ce début d’année 2017 d’un autre voyage à Seshego pour retrouver son "drop in" Botshabelo. Le temps était venu pour nous de les revoir pour les soutenir au mieux dans leur projets. et nous avons été émerveillées de découvrir tout ce qui a été fait en trois ans.
Nous avons aussi fait la connaissance de l’association qui vient d’être créée sur place : "Voix Solidaires South Africa" et des cinq membres de son bureau qui sont de tous âges, professions, couleurs, milieux, à l’image de leur “Nation arc-en ciel”. Ils nous ont présenté leurs projets pour continuer d’améliorer l’accueil des enfants. L’existence des deux association “sœurs” va permettre de communiquer plus facilement (notamment par internet) et de resserrer nos liens de solidarité.
Bien sûr, après seulement 15 jours dans cet étonnant pays, nous ne pouvons en rapporter une belle analyse économique, sociologique et politique, par contre nous restons imprégnées par des impressions fortes et très contrastées, de grands écarts entre optimisme et inquiétude, chaleur humaine et peurs, riches et pauvres, blancs et noirs... (même si l’apartheid est aboli depuis 23 ans).
 

Impressions d’Afrique du sud

Dès la descente de l’avion, l’Afrique du Sud m’apparaît comme très différente des autres pays de l’Afrique subsaharienne, car j’ai l’habitude d’aller au Cameroun et dans d’autres pays voisins. Ce qui explique mes étonnements, alors que ma compagne de voyage a vécu toute sa jeunesse ici.

Arrivée à Johannesburg,
Nous sommes accueillies chez des Sud-africains blancs et je me suis d’abord crue aux USA. Laissant de côté les grattes-ciel du centre ville, nous avons traversé des banlieues pavillonnaires dont les jardins sont cachés par de hauts murs surmontés de barbelés et de clôtures électrifiées. Le long des avenues quasi vides de piétons, on ne retrouve pas les petits commerces habituels à l’Afrique, mais de grands centres commerciaux entourés d’immenses parkings pour garer les grosses voitures et autres 4x4.
Une fois dans un ces centres, on découvre une population "arc-en-ciel", comme le disaient Desmond Tutu et Nelson Mandela, et les relations semblent cordiales. Mais, en y regardant de plus près, on voit qu’aucune table n’est mixte dans les nombreux fast-food, qui proposent une nourriture très américaine. Les boutiques et les grands magasin sont plus ou moins chics selon les quartiers, mais on voit bien qu’une nouvelle bourgeoisie noire a un bon pouvoir d’achat. En effet, nous découvrirons qu’en ville, les jeunes qui ont fait des études ont les mêmes chances sur le marché du travail, quelle que soit leur origine, car la loi impose une embauche mixte, voire préférentielle, pour les noirs.
Dans ces quartiers aisés, qu’ils soient habités par des noirs ou par des blancs, les rares piétons sont des employés de maison, qui viennent pour la journée en bus ou en taxis collectifs de leurs lointains "touwn ships" (autrefois bidonvilles où devaient rentrer les noirs une fois terminé leur travail dans les mines ou chez les blancs). Le plus connu en Europe est Soweto, car c’est dans cette grande ville qu’ont vécu Nelson Mandela et Desmond Tutu, les "pères" de la nouvelle nation sud-africaine et c’est là aussi qu’ont eu lieu les plus barbares répressions…

Invitation à Soweto
Étant restées en contact avec la chorale "Soweto Choir" (dans la banlieue de Johannesburg), nous avons eu la chance d’être invitées à Soweto, dans la famille de Mlu, l’un des choristes, plus précisément chez sa grand mère et ses deux tantes, qui l’ont élevé. En effet, les parents de Mlu, employés de maison, étaient logés, eux, dans une cabane au fond du jardin de leur patron, dans la ville blanche, et ils n’avaient pas le droit de partager ce très modeste logement avec leurs enfants... Bien sûr, selon la tradition africaine, nous avons été très chaleureusement accueillies par la famille, les plus jeunes nous ont laissé leur chambre et les tantes nous ont fait découvrir une cuisine métisse, mi sud-africaine, mi anglaise.

Nous nous sommes promenées toutes les deux dans ce quartier de Soweto en attendant le début d’une répétition : malgré toutes les mises en garde (des riches blancs de Johannesburg), nous avons trouvé l’ambiance calme et détendue ; les gens bavardent d’autant plus volontiers avec nous que Marjolaine parle un peu le Sesotho (les noirs parlent au moins 5 langues africaines en plus de l’anglais et de l’afrikaner). Les jardinets qui entourent les maisons plus ou moins modestes ne sont pas clos de grands murs et souvent les portails sont grand-ouverts. Quel contraste avec les quartiers riches ! Et même si le décor est assez "british" avec les petites maisons en brique, on se sent nettement plus en Afrique.

La répétition du "Soweto choir" nous plonge dans la beauté des chants locaux et je retrouve les particularités de l’éducation africaine : tout "apprenant" observe, écoute avec une forte concentration, sans poser de question, et, dans le cas de l’apprentissage d’un chant, restitue à l’oreille, avec la plus grande justesse, la phrase proposée par le chef de chœur, chaque pupitre trouvant sa voix en écoutant les autres ! (Quel contraste avec nos chorales françaises, habituées pour la plupart à utiliser des partitions…).

Dans un bidonville déshérité
Nous sommes ensuite invitées chez les parents de Mlu, qui habitent maintenant un lointain et immense bidonville, et là nous découvrons une extrême pauvreté. Dans la petite cabane en tôle il n’y a pas l’électricité, et la maman nous prépare un bon repas traditionnel sur un réchaud à paraffine pendant que le papa est parti faire griller la viande sur le barbecue du boucher. Le seul élément de confort assuré par l’Etat est l’eau potable (qui est distribuée dans tout le pays). Ils nous expliquent qu’ici il y a beaucoup de vols et de violence. Par ailleurs, ils ont des difficultés pour payer les médicaments (pas de système de sécurité sociale).

Retour à Seshego

En quittant Johannesburg pour revenir à Seshego et à son "drop in", nous traversons de belles savanes, des régions agricoles consacrées aux monocultures de rendement, des villes, mais pas de villages comme ailleurs en Afrique. En effet, les populations traditionnelles villageoises d’avant la colonisation ont quasiment disparu, leurs terres ayant été confisquées : elles ont été contraintes à vivre dans les villes créées autour des mines. Actuellement encore leur situation économique est très dure : chômage, salaires de misère dans les grandes exploitations agricoles ou dans les mines. Et la différence de niveau de vie entre noirs et blancs est ici criante, contrairement aux grandes villes (où nous avons croisé des mendiants blancs encore plus misérables que les noirs, car ne bénéficiant pas de solidarités familiales).
Autre expérience : grâce au pasteur fondateur du "Drop In" de Seshego, nous avons découvert, dans une région préservée au milieu de beaux chaos granitiques, un royaume traditionnel où sont encore vivantes les valeurs traditionnelles, et où règne un profond syncrétisme entre animisme et christianisme.

À ce propos, venant d’un pays laïc, nous avons été très frappées par l’importance de la religion dans la vie quotidienne de toutes les communautés. Les plus nombreux sont les protestants, en particulier les églises évangéliques qui se créent sans cesse, et dans des versions plus ou moins américanisées (certains sermons sont carrément pro capitalistes !). Il y a aussi une communauté indienne musulmane avec une nouvelle branche intégriste qui inquiète... Mais, comme dans d’autres pays anglo-saxons, ce sont ces églises qui portent à bout de bras l’action sociale… Et nous nous sommes habituées aux joyeux "amen" et "halleluya" qui ponctuent les conversations de nos hôtes à Seshego. Il faut dire que les différentes chorales que nous avons rencontrées sont toutes liées à une paroisse, et que les chants religieux apportent une grande force aux paroissiens pour affronter leurs multiples difficultés et mener des actions collectives.

Grâce à ce voyage à Seshego, nous avons eu la joie de revoir les enfants et les bénévoles du "drop in" et de découvrir tout ce qu’ils ont accompli depuis 2014 (nouveaux bâtiments pour une boulangerie et un bureau, préau pour les enfants, jardin potager, installation d’une petite cuisine…) ainsi que leurs projets (chambre pour un gardien, ce qui donne un logement à quelqu’un, nouvelle cuisine plus grande...) pour lesquels nous allons continuer à coopérer avec eux.

Fin du voyage
À la fin de cette tournée de solidarité, nous avons quitté à regret l’Afrique du Sud, tellement complexe, passionnante et aussi, malgré une histoire si pesante, porteuse d’espoirs.
Bien sûr, "Voix Solidaires France" n’est pas réservée aux choristes : n’hésitez pas à consulter notre site si vous voulez participer à nos activités !

contact "Voix solidaires" : lesvoixsolidaires38 chez gmail.com

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