Ouverture de la Conférence sur l’interdiction des armes nucléaires

Publié le : , par  Marc Ollivier

La première séance de la Conférence de l’ONU sur l’interdiction des armes nucléaires a eu lieu le 27 mars 2017 (http://www.mvtpaix.org/wordpress/en-direct-de-lonu-et-de-new-york/). Nous avons reçu de Jean-Claude Bauduret des échos de cette séance retransmis par IDN (International Designers Network Magazine) sous la forme d’un éditorial de Ray Acheson (http://www.reachingcriticalwill.org/about-us/staff )..
Signalons que le Mouvement de la Paix a déclaré à ce sujet : "... la France, malheureusement, s’associe à la démarche des USA. Nous aurions préféré que la France dise son accord avec le Président Chinois qui, à Genève le mercredi 18 janvier 2017, a fait une déclaration extrêmement importante par laquelle il a déclaré que la Chine était favorable à une élimination totale des armes nucléaires..."

Le CIIP tient à informer ses lecteurs de cet événement, qui marque le début d’un tournant historique à l’ONU, comme le dit notre ami Jean-Claude Bauduret [1], en écrivant : Les 5 puissances nucléaires "officielles" n’y font plus la loi. Malgré l’opposition de 4 d’entre elles, dont celle du gouvernement français, la Conférence sur l’interdiction des armes nucléaires a été décidée par une forte majorité des états membres de l’ONU en décembre 2016 et s’est ouverte à New-York, le 27 mars.

Notons aussi que le pape François a envoyé un message de soutien à la présidente de cette session d’ouverture.

Vous chercherez en vain dans la plupart de vos médias préférés des échos de cette première journée : le nucléaire militaire est tabou, les "nouveaux chiens de garde" veillent...

Voici donc ci-dessous les principaux extraits de l’éditorial de Ray Acheson.

Le courage est le nœud du Traité d’interdiction

Ce sont des applaudissements qui ont salué l’ambassadrice du Costa Rica Elayne Whyte lors de l’ouverture de la conférence. Clairement il y avait une grande excitation chez les diplomates et les associatifs.

L’ambassadrice Patricia O’Brien d’Irlande en a pointé l’originalité : « ce n’est pas seulement un nouveau traité que nous allons écrire, mais une nouvelle Histoire et ainsi un monde plus stable, plus sûr et plus égal pour tous ».

Car c’est le nœud du Traité d’interdiction. Il va être négocié sur la base de courage et d’espoir et non pas de peur et d’inégalité. Nous nous élevons contre la puissance et la violence et allons créer un monde différent, que vous le vouliez ou non !
Le premier jour des négociations ne pouvait pas se passer mieux. De nombreuses délégations sont intervenues (…). Une grande majorité de pays veut un traité de totale interdiction qui couvre un très large spectre d’activités reliées aux armes nucléaires. Et qui ouvre la voie à de futures négociations sur le désarmement nucléaire et des mesures de vérification connexes.

C’est un signe aux pays nucléaires. Nous y croyons. (...)
La plupart d’entre nous avons toujours vécu dans le monde organisé par les pays nucléaires qui disent avoir autorité et pouvoir pour décider quand et où ils élimineront leurs armes nucléaires. Et leurs engagements n’ont mené à rien. Et maintenant l’un des pays avec le plus gros arsenal nucléaire vient même annoncer que le désarmement nucléaire n’est pas forcément un « objectif réaliste » (…). De fait, ces pays ont contrôlé toute évolution depuis si longtemps que quasiment le monde entier pense qu’ils en ont légitimité et droit. C’est faux.

Lundi matin l’ambassadrice de Trump, juste devant la salle de l’Assemblée générale a voulu déconsidérer les participants à cette négociation. (…) En les accusant de ne pas se soucier de la sécurité de leurs citoyens.
Mais c’est le contraire qui est vrai. Avec le désarmement nucléaire, il s’agit justement de rechercher la sécurité. (…). Comme l’a bien dit l’ambassadeur du Chili Alfredo Labbe, « il s’agit d’une initiative de libération » car les pays nucléaires sont « prisonniers du piège Faustien de la dissuasion nucléaire ».
Car mieux vaut les aider avant qu’une arme nucléaire n’explose quelque part, par accident ou volontairement. L’ambassadeur d’Autriche, Alexander Marschik, l’a dit : « attendre la catastrophe n’est pas une stratégie ».

Ces années passées, les défenseurs du Traité d’interdiction ont été traités d’irréalistes « qui ne comprenaient pas les dimensions de sécurité ». Lundi matin, les pays nucléaires qui faisaient un sit-in devant la salle de conférence le répétaient encore. Mais nous ne sommes ni irréalistes ni ignorant les problèmes de sécurité. Nous n’avons pas les mêmes perspectives. Comme l’a dit Amr Aboulatta, l’ambassadeur d’Égypte, il s’agit pour nous « de sécurité collective et non pas de sécurité sélective ».

Et nous comprenons aussi comment les choses changent. Cela se passe « quand la gêne de faire du nouveau est moindre que de ne rien faire », comme l’a dit l’ambassadeur O’Brien. L’idée d’un traité d’interdiction crée déjà une gêne dans les pays nucléaires et leurs alliés. Son élaboration et son entrée en vigueur provoqueront une transformation des politiques nucléaires et de leurs pratiques. C’est seulement une question de temps.

Ray Acheson
(Nuclear Age Peace Foundation)
 

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Campagne "Nuclear Ban" ONU 2017
CC Le Mouvement de la Paix

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