Franc CFA : un outil d’asservissement de l’Afrique

Publié le : , par  Jo Briant

Oui, comme les 20 bases militaires françaises en Afrique, comme le système mafieux de la Françafrique, comme l’échange inégal entre les pays "francophones" et la France, le franc CFA est une survivance de la domination coloniale.

D’abord un bref rappel historique. Créé le 23 décembre 1945 - un an après la Conférence de Bretton Woods qui avait instauré le système monétaire international (20 juillet 1944) - le franc CFA désigna d’abord la monnaie des "colonies françaises d’Afrique" ; une appellation qui sonnait fâcheusement lorsque l’ère des indépendances, plus formelles que réelles, (années 1960) fut venue. Dans un premier temps la dénomination fut : "franc de la communauté financière d’Afrique". Aujourd’hui le franc français a disparu, mais le CFA perdure, outil et symbole d’économies maintenues sous la coupe d’une double tutelle à la fois française et européenne (1 € = 655 CFA).. Ce franc CFA a cours aujourd’hui dans quatorze pays africains : Bénin, Burkina Faso, Centrafrique, Cameroun, Côte d’Ivoire, Congo, Gabon, Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Togo.

Monnaie coloniale, le franc CFA visait déjà à l’origine le développement économique de la France métropolitaine, non celui de ses colonies, conçues comme des marchés captifs pour la métropole et des réservoirs de produits primaires pour cette dernière, étant entendu que les secteurs tournés vers l’exportation sont contrôlés par le capital métropolitain et que les entreprises concernées (Bolloré, Total, Lafarge, Bouygues, Eiffage, France Telecom…) peuvent transférer sans limites leurs profits vers la métropole… ou les paradis fiscaux.

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Franc CFA, monnaie coloniale
Photo CC : James Willing

Opération "Persil" et la dévaluation de 1994

Que la politique monétaire décidée et imposée par l’État français constitue un rouage essentiel de la domination coloniale, puis néocoloniale, c’est illustré et démontré par les réactions françaises à la rupture de la Guinée de Sékou Touré en 1958 qui refusa l’Union avec la France et l’indépendance contrôlée et confisquée prévue en 1960. Il déclare unilatéralement l’indépendance de la Guinée dès 1958 et la création d’une monnaie nationale. Aussitôt l’État français du général De Gaulle mobilise des barbouzes pour mener des actions de déstabilisation de la Guinée. Parmi ces actions, l’opération "Persil" qui consista à introduire dans le pays une grande quantité de faux billets de banque guinéens dans le but de déséquilibrer l’économie…

Mais l’opération la plus radicale et la plus "mortifère" pour les sociétés africaines soumises au franc CFA ce fut assurément le coup de force de Paris imposant début 1994 une dévaluation extrêmement brutale : parité avec le franc divisée par deux ! Une véritable tornade monétaire qui s’abat sur les conditions de vie des peuples concernés. Très vite les médicaments auront vu leurs prix multipliés par deux, et les quantités importées de biens – payables en francs français et plus tard en euros - divisées par deux. Dans nombre de pays de la zone franc l’espérance de vie ira en diminuant au cours des années suivantes. Exemple du riz : au Sénégal, avant la dévaluation, le prix était d’environ 130 francs CFA, en dix mois il bondit en moyenne à 185 FCFA pour le riz importé… et 220 pour le riz local. Cette dévaluation : tout simplement une décision - sous Balladur - littéralement criminelle.

A l’avènement, en février 2002, de l’euro comme monnaie unique pour onze pays de l’UE, la France et l’Europe décident - sans consulter les États africains concernés - d’arrimer désormais les franc CFA à l’euro. Ce qui aviva encore davantage les tendances au renchérissement (donc à la baisse de la compétitivité des produits africains) des exportations des pays de la zone CFA et à une compression de leurs capacités d’exportation. Un franc CFA africain calqué sur le niveau de vie européen - alors que le PNB des pays de l’UE est en moyenne 20 fois plus élevé que celui des pays africains de la zone CFA ! - est une aberration. Ajoutons enfin que ce système du franc CFA qui arrime les économies africaines à la France et à l’Union européenne, s’il appauvrit l’immense majorité des Africains, corrompt et enrichit littéralement les élites de la Françafrique : il n’y a qu’à observer le train de vie incroyablement luxueux de nombre de chefs d’État africains…

Quelles perspectives ? Comment sortir d’une telle dépendance monétaire et financière ?

L’objectif de cet article n’est pas de s’aventurer vers une analyse oh ! combien complexe des processus de dépendance des économies africaines vis-à-vis de l’ex-métropole et de l’Union Européenne. Au niveau monétaire il faut à l’évidence conférer aux deux grandes banques africaines - Banque des Etats de l’Afrique centrale et Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest - littéralement dépendantes dans leur fonctionnement et leur politique de financement des économies africaines, une réelle autonomie. Il faut rompre enfin avec une terrible tutelle française et européenne. Il faut savoir par exemple que ces deux banques centrales africaines sont contraintes de déposer 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor français, sous prétexte de garantie de convertibilité de leur monnaie. Et leurs objectifs en matière de politique monétaire sont fixés non par elles-mêmes, en fonction des intérêts de leurs peuples, mais par Paris et en fonction des exigences de l’ancienne puissance coloniale. Il s’agit bien de penser à une nouvelle organisation monétaire au service des intérêts et des besoins (en matière d’alimentation, de santé, d’éducation…) des populations africaines. Rompre enfin avec un système bancaire et monétaire encore aujourd’hui très dépendant et s’engager vers un autre système au service d’une stratégie de développement répondant aux aspirations et aux besoins des peuples d’Afrique. A nous, citoyen-ne-s français-e-s, de faire pression sur l’Etat français pour exiger la fin d’une telle tutelle néocoloniale….

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