La famine de retour en Afrique : Pourquoi ? Que faire ?

Publié le : , par  Jo Briant

Triste constat et sombres souvenirs : la famine est bel et bien de retour en Afrique de l’Est. La sécheresse frappe depuis fin 2016 plusieurs pays de la région (Somalie, Kenya, Nigéria, Ethiopie, Erythrée, Djibouti, Ouganda, Soudan du Sud…) où 20 millions de personnes ont aujourd’hui un besoin urgent d’une assistance humanitaire, notamment alimentaire d’urgence. Urgence d’autant plus dramatique qu’elle est exacerbée par un état de guerre dans bon nombre de ces pays auquel il faut rajouter, au Moyen-Orient, le Yémen et même certaines régions de l’Irak et de la Syrie..

Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) et l’UNICEF une véritable catastrophe humanitaire est déjà en marche et seule une forte mobilisation financière et humanitaire notamment des grandes puissances peut arrêter cette hécatombe… Les principaux facteurs à l’origine de ce désastre : les conflits, les violations des droits humains (notamment les déplacements de population forcés), les sécheresses successives, l’augmentation des prix des denrées alimentaires… et l’acheminement criminel d’armes, notamment par les grandes puissances dont la France (commerce de plus en plus juteux…). L’enchaînement de tous ces facteurs est implacable : les violences obligent les familles à fuir et à abandonner leurs moyens de subsistance (ce qui les rend plus vulnérables à l’insécurité alimentaire et, faute d’accès à l’eau potable et aux soins, plus vulnérables également aux maladies et épidémies). Enfin, les stratégies militaires utilisées par les parties en conflits exacerbent la menace de famine. En bloquant l’accès à l’aide humanitaire, en bombardant les infrastructures indispensables pour les denrées alimentaires et la santé (silos, cases, centres de santé, hôpitaux), en détruisant volontairement les cultures et les champs : c’est le cas notamment au Soudan du Sud et au Yémen…

Au Soudan du Sud : l’état de famine a été déclaré par le gouvernement dès fin février 2017 : 42% de la population impactée, et un million d’enfants souffrent de malnutrition (dont 280 000 dans sa forme la plus sévère).
Au Nigeria quelques 450 000 enfants souffrent de malnutrition aigüe dans les régions affectées par le conflit (notamment avec la secte Boko-Haram). Il est probable que la famine y soit déjà installée…
Au Yémen, où un conflit terriblement meurtrier est alimenté notamment par l’Arabie Saoudite (auquel l’Etat français vend massivement avions, hélicoptères de combat…), est le pays où l’on dénombre le plus d’enfants souffrant de malnutrition aigüe : 2,2 millions, dont 465 000 sous une forme très sévère.
En Somalie : plus de la moitié de la population est en état d’insécurité alimentaire grave…

Mais le risque de famine ne se limite pas à ces quatre pays. Les crises se propagent à de nombreuses sous régions dans toute la Corne de l’Afrique : Ethiopie, Kenya, et le bassin du Tchad, en Ouganda…

Une Aide humanitaire et alimentaire urgentissimes… mais surtout d’autres politiques…

Dans l’immédiat, une aide alimentaire et humanitaire massive et immédiate s’impose : les Nations Unies ont lancé un Appel urgentissime à la communauté internationale, notamment aux pays riches, dont le montant s’élève à environ 8 milliards de dollars… Quand on sait que le montant annuel des dépenses militaires mondiales est de 1 650 milliards de dollars, on peut estimer que l’effort demandé est très modeste… et pourtant à ce jour le montant des aides récoltées atteint à peine 1 milliard de dollars ! Le risque est gravissime que la somme demandée ne soit pas rassemblée et que les grandes puissances - qui disposent seules de moyens substantiels - laissent mourir ces millions de femmes, d’hommes et d’enfants…

Mais au-delà des aides humanitaires, alimentaires, médicales, il est plus qu’impératif et urgent qu’on s’attaque aux causes structurelles : échanges Nord-Sud terriblement inégaux, pillage des richesses agricoles et minières des pays bien mal nommés "en développement", commerce et ventes massives d’armes, soutien apporté à des gouvernements qui exploitent leurs populations. C’est bien à tout un désordre du monde qu’il faut s’attaquer. Mais dans l’immédiat nous devons exiger des grandes puissances qu’elles dégagent immédiatement des fonds substantiels permettant de juguler l’irréparable, la catastrophe humanitaire et alimentaire déjà en marche…

Article publié dans Inter-Peuples n°256, mai 2017

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