La condition carcérale en 2013 Honte de la République française, honte pour l’humanité

Publié le : , par  CIIP

édito mai 2013

Il y a 20 ans déjà que le comité européen pour la prévention de la torture dénonçait dans son rapport annuel de 1993 les conditions prévalant dans les lieux de détention européens et particulièrement en France. En septembre 1999 lors d’une visite à la maison d’arrêt de Saint-Denis de la Réunion c’est toute une délégation parlementaire conduite par Mme Catherine Tasca qui déclara devant l’état catastrophique de cette prison qu’il y avait là "une honte POUR la République"... Beaucoup de rapports s’ensuivirent : la commission d’enquête présidée par Louis Mermaz fit une visite (inspection avec avertissement préalable de sa venue...) des 197 établissements répartis sur tout le territoire en 2000/2001 ; beaucoup de documents accablants (livre de Véronique Vasseur sur son expérience de médecin-chef à la prison dite de "la Santé" ; films, reportages TV toujours difficiles à tourner et plus encore à diffuser...)
Devant l’accumulation des témoignages, on se mit à parler de "la honte DE la République. Beaucoup d’annonces d’une grande Loi Pénitentiaire devant enfin réformer cette situation furent faites... pour aboutir à une LOI de en 2009, suite aux promesses faites par le candidat Sarkozy en 2007 ("la prison doit changer !" avait-il dit). Mais cette loi ne fit que valider pour l’essentiel l’archaïsme du système carcéral français, selon l’avis autorisé de Gabriel Mouesca, ancien détenu politique d’Iparretarrak (17 ans de détention !) et ancien Président de L’Observatoire International des Prisons. Pire : l’aggravation des peines non seulement pour les accusés récidivistes mais aussi pour les jeunes mineurs, l’incitation médiatique et politique à plus de "sévérité", avec pression par voie de circulaire pénale, gestion opaque des carrières des magistrats et "compréhension" des manifestations de mécontentement de certains policiers devant les tribunaux, aurait conduit lentement mais sûrement à la programmation de + 30% voire + 50% de "places" en prisons, pour atteindre des capacités de 70 000 à 85 000, à la satisfaction des constructeurs privés... Actuellement on en reste à une capacité de 56 000 places pour 65 000 détenus sous écrou, d’où le surpeuplement constant et le recours à plusieurs centaines de matelas à même le sol (principalement dans les maisons d’arrêt dans des cellules de 9 ou 12 m2).
Peut-on espérer des évolutions différentes aujourd’hui ? Dés son entrée en fonction Mme Christiane Taubira, Ministre de la Justice, a donné des instructions pour que la réinsertion des personnes détenues soit l’axe central d’une nouvelle politique pénale ; on sait pertinemment et depuis longtemps que les risques de récidive sont en proportion inverse des moyens données à la politique dite de probation et d’alternatives à la détention. Mais quels moyens réels seront dégagés en personnels sociaux et éducatifs, vu les immenses retards déjà pris ? et il faudrait aussi corriger les carences dramatiques dans les domaines des soins médicaux et médico-psychologiques, sans parler du respect du droit du travail et du droit au travail... Il faut exiger que des moyens suffisants soient mis en place pour que cette nouvelle politique pénale se concrétise...
Enfin, au nom des valeurs que nous voulons défendre au CIIP, comment ne pas rappeler "la honte pour l’Humanité" que constitue depuis 2001 le camp-prison de Guantanamo, en violation de toute légalité internationale : des crimes civilisationnels (sévices et humiliations) y sont commis en toute impunité. Une grève de la faim de la majorité des 166 prisonniers restants, après 12 ans d’enfermement, s’y poursuit depuis plusieurs semaines : Mr Barak Obama, vous devez tenir votre promesse, répondre à l’appel du Haut-commissariat des Nations-unies aux droits de l’homme, et fermer au plus tôt le camp de la honte !

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