Législatives algériennes : une défaite générale

Publié le : , par  Jo Briant

Le 4 mai dernier se sont tenues des élections législatives en Algérie. Comme on pouvait le prévoir les deux partis qui se partagent immuablement le pouvoir – le Front de Libération nationale (FLN) du président Bouteflika et de son premier ministre Abdelmalek Sellal, et le Rassemblement national démocratique (RND) du directeur du cabinet du président, son jumeau-concurrent - conservent une majorité écrasante, ayant obtenu respectivement 221 et 164 sièges de députés. Si l’on y ajoute les sièges des petits partis proches du pouvoir, comme les islamistes du Rassemblement de l’espoir de l’Algérie (TAJ, 19 élus) et le mouvement populaire algérien (droite, 13 élus), le bloc majoritaire qui soutient le gouvernement constitue une majorité absolue. Une "stabilité" qui frise la caricature. Le résultat du scrutin avait d’ailleurs été anticipé par toute la presse algérienne. Quant aux deux partis d’opposition, peu offensifs par ailleurs, le FFS (Front des forces socialistes), fondé en 1962 par Hocine Ait Ahmed, et le RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie), fondé en 1989 par Saïd Saidi, surtout implantés en Kabylie, ils ont renoncé à se présenter, convaincus depuis longtemps que tout était joué d’avance, qu’aucune opposition ne sera tolérée. Et que les urnes sont "bourrées" quasiment à chaque élection. Il reste que le pouvoir a des raisons d’être déçu : il a clairement perdu son pari d’une mobilisation massive, le taux officiel de participation n’étant que de 38,25 % (à peine 12% en Kabylie !). Et au-delà de l’abstention passive, par désintérêt, le nombre élevé de votes blancs et nuls relevé par les observateurs montre à l’évidence le discrédit total de ce pouvoir militaro-financier, profondément corrompu. Une véritable "République des voleurs" pour reprendre cette expression reprise par de nombreux jeunes. Au point que le jour même du vote plusieurs bureaux de vote ont été saccagés, notamment à Raffour, dans la commune de Mchedellah, à l’est de la willaya de Bouira : des jeunes ont emporté les unes et jeté les bulletins à même la chaussée ! Autre manifestation significative : le 21 mai, les forces de sécurité ont violemment réprimé une Marche des retraités de l’Armée nationale populaire (ANP), demandant une revalorisation de leurs retraites, faisant plusieurs blessés parmi les protestataires.

Faut-il ajouter qu’en Kabylie - dont la population s’est encore une fois massivement abstenue- un nouveau mouvement, le "Rassemblement pour la Kabylie" (RPK) - s’est constitué en 2016. Un Mouvement qui demande une "refondation de l’Etat algérien qui devrait permettre à la Kabylie, et à toutes les régions qui le souhaitent, une large autonomie politique, comme c’est le cas dans les pays qui ont opté pour un système régionalisé ou de type fédéral. L’Algérie est une société plurielle qui demande à revisiter sa diversité et à adapter l’Etat à la nation multiculturelle". Un nouveau Mouvement qui ne se définit pas comme exclusivement kabyle et qui rejoint à sa façon un autre mouvement qui était apparu en 2014 intitulé "Barakat !" (Ça suffit !), ponctué alors par des rassemblements, manifestations, chansons…
Face à un pouvoir militaro-financier profondément corrompu, peut-on encore espérer que le peuple algérien trouve les forces pour renverser un tel pouvoir ? Et invente une nouvelle Algérie assumant sa triple identité linguistique et culturelle : l’arabité certes, mais aussi sa "berbérité" et sa "francité" (la langue française, ce "butin de guerre" pour reprendre l’expression de l’écrivain algérien Kateb Yacine). 

Comment pourrait-on désespérer d’un peuple qui a su secréter un humoriste tel que Fellag capable de proposer une thérapie par le rire et la dérision.

Article publié dans Inter-Peuples n°258, été 2017

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