FSM à Tunis : un autre monde est possible

Publié le : , par  Khaled Ben Saïdane

Juste quelques jours avant l’ouverture du FSM 2013, les Tunisiens pansaient leurs blessures suite à l’assassinat du militant politique Chokri Belaïd, un des grands acteurs de la révolution de la dignité du 17 décembre 2010-14 janvier 2011, pour se libérer du joug de la dictature et de l’exploitation. Le FSM en Tunisie, c’est un deuxième air de liberté qui a envahi les jeunes et les habitants de la ville de Tunis durant toute la semaine du 12e Forum Social Mondial 2013 à Tunis.

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Bienvenue au FSM…

En Tunisie, là où a commencé la "révolution de la jeunesse et de la dignité" qui a touché plusieurs pays de la région méditerranéenne, le FSM lui a rendu hommage en choisissant la "Dignité" comme le thème de cette session 2013. C’est la première fois que le FSM se tient dans l’espace arabe. C’est un feu d’artifice d’idées et d’échanges d’expériences entre Tunisiens et tous les participants du monde, une rencontre solidaire contre le capitalisme sauvage, contre le diktat des financiers et contre la dette.
C’est un grand symbole que le FSM 2013 inaugure sa première journée par une assemblée des femmes à laquelle assistaient des femmes du monde entier. Cette solidarité des femmes avec les femmes tunisiennes et les femmes de la région arabe, en lutte pour leurs droits universels, leur dignité, leurs droits sexuels et contre le patriarcat, en lutte pour leur citoyenneté, leurs libertés, pour un monde juste et égalitaire, c’est un modèle des luttes futures et l’exemple de convergences des luttes pour qu’un autre monde soit possible.
La grande marche de l’après-midi du jour de l’ouverture du FSM (26 mars), qui a investi l’avenue Mohamed V en direction de Menzeh, a rassemblé quelques 50 000 citoyennes et citoyens venus du monde entier qui pensent et le disent : "Un autre monde est possible".
Le FSM a réussi dans l’organisation de ce rassemblement du 26 au 30 mars avec plus de 1500 ateliers et tables rondes, des rassemblements et diverses manifestations autour des questions comme : "comment réinventer la démocratie dans la région Maghreb Machrek", "les mouvements des chômeurs et diplômés chômeurs", "la solidarité contre la saisie de l’eau", "la séparation des religions et de l’Etat, "la Chine et l’Afrique", "le commerce et l’aide au développement", "les luttes contre l’accaparement des terres", "la souveraineté alimentaire et énergétique", "l’annulation de la dette", le forum des économiste atterrés, "l’expérience brésilienne de participation populaire dans l’élaboration législative de l’assemblée constituante", etc. Sans oublier le 3ème Forum Mondial des Médias Libres qui s’est ouvert en parallèle juste avant le FSM 2013 : c’est une fenêtre ouverte en particulier aux populations "sans voix" d’un grand nombre de pays du monde arabe, du Maghreb et du Machrek.
La question palestinienne a pris une grande place dans les ateliers et les débats. La manifestation clôturant le FSM le 30 mars 2013 fut la grandiose marche solidaire avec le peuple palestinien dans le cadre de la journée de la terre.
Le FSM a réussi comme alternative au Forum de Davos. Les citoyennes et les citoyens du monde sont de plus en plus conscients que le monde et aussi chaque société peuvent être organisées par une logique contemporaine non soumise au marché des finances.
Cependant une question sur la participation des islamistes et leurs multiples ateliers se pose : selon les organisateurs du FSM, c’est pour asseoir la transition démocratique qu’ils ont élargi la participation aux mouvements prônant l’islamisme. Il faut penser sans doute que le FSM a accepté la participation de l’islamisme qui ne régit le social qu’à partir du principe du "zakat" (la charité). Est-ce que ce sont les autorités tunisiennes qui ont "suggéré" la participation des islamistes comme préalable ?
Le FSM 2013 à Tunis s’est déroulé dans un climat post-révolution démocratique sous un gouvernement provisoire et islamique, Il n’est pas facile à un mouvement social orienté dans une lutte contre le capitalisme sauvage de pouvoir se mouvoir dans un milieu où domine l’islamisme, idéologie religieuse qui pratique et prône le capitalisme sauvage et le marché financier prédateur par excellence. Cette 12ème session du FSM à Tunis sera assurément riche de leçons à tirer et d’approches innovantes pour poursuivre le chemin tracé depuis 2001 à Porto Alegre (Brésil).

Khaled Bensaïdane

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