FSM Tunis : cet avis de printemps…

Publié le : , par  Jo Briant

Assurément, le Forum social mondial aura été pour la Tunisie et sa révolution une formidable vitrine internationale. Ce fut surtout une jonction historique entre la cause de l’altermondialisme et celle des pays du Tiers-Monde et des peuples, notamment arabes, en lutte pour leurs droits économiques, sociaux et politiques. Une jonction qui eut pour théâtre la Tunisie révolutionnaire. Un formidable brassage des idées et des cultures. 55 000 badges d’entrée épuisés le 2ème jour ! Une ambiance extraordinaire où l’internationale est chantée en arabe, où des jeunes de toutes origines dansent sur des rythmes qui ont accompagné les révoltes tunisienne et égyptienne, où des grands-mères algériennes brandissent la photo et le prénom de leurs enfants ou maris disparus, où des nationalistes arabes scandent leur soutien à Bachar El Assad, alors que le FSM affiche - par banderoles interposées - son soutien à la révolution syrienne. Sans oublier nombre de Marocains - téléguidés par leur gouvernement ?- qui revendiquent bruyamment l’intégration territoriale du Sahara occidental, s’opposant avec virulence aux militants sahraouis. Mais le service d’ordre parvient à gérer tensions et contradictions… Avant le déroulement de cette édition tunisienne le bruit courait que ce FSM serait peut-être le dernier, que ces rassemblements alternatifs mondiaux s’essoufflaient et qu’il fallait inventer autre chose. Cette crainte a été très vite balayée : la vitalité de ce FSM tunisien a été telle qu’elle ne peut qu’inspirer et revitaliser les futures éditions…

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Marche d’ouverture du FSM
Marche mondiale des femmes


Les femmes et leurs revendications omniprésentes

Plus que tout autre la présence massive et l’engagement des femmes, notamment tunisiennes, mais aussi d’Afrique subsaharienne, d’Amérique latine, et bien sûr européennes a marqué le forum. Le Forum a été lancé au début par l’Assemblée plénière des femmes. Un grand amphi archi bondé, une ambiance électrique, une douzaine de témoignages de femmes du monde arabe, du Sénégal, du Congo, d’Afrique du Sud, de l’Inde, du Brésil, du Mexique, de France… Des juristes, des travailleuses sociales, des animatrices, des syndicalistes… Une affirmation faite de fierté et de ferveur de leur rôle dans les révolutions arabes et dans leurs sociétés respectives. Et de leur lutte pour d’autres législations plus égalitaires, contre les violences, de leur volonté de résister aux islamistes conservateurs. Même si nombre de femmes portaient par ailleurs le voile tout en se revendiquant parfois féministes, récusant une laïcité agressive… Pas si simple… Echange de vécus, d’expériences, de luttes, d’adresses… Incontestablement ce Forum a été marqué par l’omniprésence et l’affirmation revendicative des femmes.

Les migrations et les politiques européennes indignes et criminelles
La Coalition des sans papiers et migrants {JPEG}De nombreux ateliers ont été consacrés aux migrations et aux politiques européennes en matière d’asile et d’immigration. Des politiques qualifiées de criminelles par de nombreux intervenants et militants associatifs, rappelant que selon les chiffres rapportés par l’organisation Migreurop au moins 2 500 hommes et femmes meurent chaque année noyés dans les eaux de l’Atlantique et de la Méditerranée du fait des murs et des barbelés physiques et administratifs érigés par l’Union européenne (délivrance minimale de visas, pression très forte auprès du Maroc, de la Tunisie, de la Libye pour qu’ils interceptent les candidats subsahariens à l’exil, les enferment dans des camps avant de les renvoyer). Ces politiques de contrôle migratoire visant à dissuader par tous les moyens l’arrivée en Europe des candidats à l’immigration sont l’expression d’un nouvel ordre colonial qui construit des murs et sous traite à certains pays (Maroc, Tunisie, Libye, Turquie, Ukraine..) le rôle de gardes barrières pour assurer l’étanchéité des frontières, et condamner ainsi les candidats à l’immigration à des tentatives désespérées et de plus en plus mortelles. Des témoignages poignants ont été apportés par des migrants dans les ateliers. Les militants tunisiens essaient d’agir auprès de leur gouvernement pour qu’il refuse le rôle de gendarme que l’UE essaie de lui imposer, subventions à l’appui. Les principes de liberté de circulation (article 13 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de1948) et d’établissement ont été rappelés. Pour un monde sans frontières.
Par ailleurs, le refoulement en Italie - à la demande expresse des autorités italiennes - des 50 membres de la Caravane des Sans Papiers qui avaient traversé la France et avaient embarqué à Gênes (Italie) pour Tunis, a été vivement dénoncé. Ainsi que la politique française vis-à-vis des étrangers et des Roms….

Ces centaines de Tunisiens candidats djihadistes qui quittent leur pays…
Une réalité pour le moins inquiétante, effrayante, révélatrice d’une crise sociale, économique, idéologique que j’ai découverte en discutant avec des Tunisiens et en parcourant divers articles de presse : des centaines de jeunes Tunisiens, souvent chômeurs et en plein désarroi psycho-affectif, disparaissent soudain de leur pays, enrôlés par filières interposées pour aller faire la guerre en Afghanistan, au Mali, surtout en Syrie. La plupart mourant au bout de quelques semaines dans des attentats suicides ou des affrontements auxquels ils sont mal préparés. Avec la promesse du martyre… Endoctrinement, lavage de cerveau en Tunisie par des imams, des salafistes qui font voir des vidéo où l’on découvre des camps d’entraînement, des "frères" tunisiens qui arborent fièrement une mitraillette, et où l’on peut entendre des prières exhortant de participer à la guerre sainte… Ceux qui organisent ces campagnes terrifiantes mais persuasives sont pires que les Ligues de protection de la révolution instaurées par le gouvernement et le parti Ennahada : ils organisent sciemment la destruction de l’âme de la jeunesse tunisienne. Lors du Forum, cette réalité a été évoquée dans certains ateliers, même si elle ne doit pas occulter l’essentiel : l’immense majorité des jeunes Tunisiens ne sont pas prêts à se laisser endoctriner et enrôler… Mais ils ont bien conscience que c’est le chômage et la désespérance sociale qui font le lit de ce phénomène, et pas seulement l’idéologie salafiste…

Toutes ces forces civiles et citoyennes qui se sont affirmées
Oui, l’essentiel est là, à savoir toutes ces forces civiles et citoyennes des quatre coins du monde qui se sont déclarées favorables à une alternative viable à la mondialisation des riches et des puissants. Et ceci dans un contexte et une ambiance révolutionnaires qui ont fait de ce forum un événement unique, véritablement exceptionnel. Une alternative à laquelle travaillent des jeunes et des moins jeunes de toutes les régions du monde qui se proclament favorables à une véritable alternative sociale, économique, politique. Oui, à l’issue d’un tel forum, on peut affirmer qu’un autre monde est en marche…

Jo Briant

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