De retour du Forum social de Tunis… et maintenant, agir au niveau local

Publié le : , par  David Delhommeau

Méditerranée, printemps arabes, islam, droits humains, société civile... De retour du Forum Social Mondial (FSM) de Tunis, les mots et les images se mélangent dans un joyeux désordre.
Chiliens, Norvégiens, Sénégalais, Népalais,... les nationalités ont dansé et chanté ensemble pendant 4 jours l’hymne de la liberté et du progrès social dans un pays qui vit lui-même sa propre révolution au son des mêmes slogans.
Syndicats, associations, mouvements paysans, collectifs de femmes… les organisations présentes ont joué la même partition : celle des luttes sociales et citoyennes pour la défense des droits fondamentaux.

Festif et coloré, le FSM a fait une fois de plus la démonstration de sa capacité à attirer des organisations du monde entier, portées par l’envie d’échanger et d’imaginer des alternatives au modèle néolibéral dont le souffle se fait de plus en plus court. Pour autant, bien que le FSM ait fait la preuve de son succès et de sa pertinence dans le contexte mondial actuel, il n’en demeure pas moins que des interrogations se posent sur son élargissement d’une part, et sur le prolongement de sa dynamique aux niveaux locaux d’autre part.

Comment ouvrir le FSM à toutes les organisations de la société civile ?
Telle que posée, la question de l’élargissement est en réalité un paradoxe. Le FSM est en effet un événement qui se revendique comme un espace ouvert à tous, sous réserve du respect des principes posés dans sa charte. Pour autant, beaucoup d’organisations n’y participent pas, souvent par méconnaissance de la nature de l’événement et de la place que l’on peut y trouver et y prendre. A la question que je posais au responsable d’une organisation grenobloise active dans le champ de l’éducation populaire de sa non participation au FSM de Tunis, je m’entendis répondre : "Le FSM ? Disons que l’on ne se sent pas spécialement concerné... et puis, c’est plutôt pour les ONG et les altermondialistes !". Quelques minutes plus tard, et après une brève explication sur ce qu’est un FSM, la même personne me demandait où aurait lieu la prochaine édition, et ceci en vue d’y participer. La simple mention que le FSM est un espace de rencontres de mouvements progressistes, actifs pour la plupart d’entre eux à l’échelle locale, et qui se réunissent pour échanger sur des alternatives, le tout dans une organisation se revendiquant de l’autogestion, avait suffit à rendre l’événement "accessible".

Comment prolonger la dynamique FSM sur les territoires ?
Un FSM ne peut être réduit aux quelques jours durant lesquels il se déroule. Il s’agit plus largement d’un processus de mobilisations pour un autre monde, démarré il y a 12 ans à Porto Alegre au Brésil et dont la dynamique doit dépasser ses ancrages territoriaux. Porto Alegre, Caracas, Bamako, Bélem, Dakar, Tunis… La question de la résonance et du lien du processus des FSM avec les mobilisations locales se pose. Naturellement, cette relation existe car les FSM sont une émanation d’initiatives locales qui se développent partout dans le monde. Mais leurs prolongements en termes de dynamiques, d’alliances d’organisations, de convergences thématiques sur les territoires locaux est moins évident. La période 2004-2008 était de ce point de vue intéressante car de nombreux Forums sociaux locaux (FSL) ont été organisés un peu partout en France, dont une édition en 2004 à Grenoble. Depuis, bien que quelques FSL continuent à être organisés ici et là, la dynamique FSL s’est éteinte.

À nous, organisations et individus qui avons participé au FSM de Tunis, de porter la dynamique de cet événement au niveau local, à Grenoble et en Isère, dans une stratégie de développement des alliances entre associations, syndicats et autres mouvements actifs dans le champ du progrès social.
À nous de reproduire l’organisation d’un espace d’échanges et de convergences pour le développement d’alternatives à l’échelle locale, en résonance avec des luttes menées ailleurs dans le monde.
Pour cela, l’organisation d’un FSL à l’échelle grenobloise/iséroise pourrait être une piste à explorer, dans un contexte politique national et européen qui invite aux alliances et convergences des mouvements proposant d’autres visions pour un monde solidaire. Un FSL dont l’ouverture au public serait un moyen de convaincre celles et ceux qui ne se sentent pas concernés par le processus qu’ils peuvent y participer ! Ici et là-bas…

David Delhommeau

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