Non à la fabrication de l’État autoritaire édito n°259, septembre-octobre 2017

Publié le : , par  CIIP

Macron candidat disait "la prolongation de l’état d’urgence sans fin pose plus de questions qu’elle ne résout de problèmes. Il faut revenir au droit commun tel qu’il a été renforcé par le législateur et agir avec les bons instruments, je le suspendrai". Macron président décide pourtant la prolongation de l’état d’urgence jusqu’en novembre et fait adopter ses mesures d’exception les plus liberticides dans le droit commun, avec "la loi pour le renforcement de la lutte contre le terrorisme et la sécurité intérieure".
Ainsi les assignations à résidence et les perquisitions continueront à pourrir la vie de jeunes, de migrants, de militants, alors que l’on sait que ces actes violents d’intrusion dans les vies privées, familiales sont extrêmement traumatisants et que les résultats, c’est Macron qui le dit ! sont quasi nuls en terme de prévention des attentats. Ces mesures ne sanctionneront pas obligatoirement un acte délictueux mais pourront être prises sur simple suspicion, à partir d’éléments de comportement. Elles seront décidées par les préfets seuls à partir des notes blanches rédigées anonymement par les services de renseignement, elles-mêmes effectuées sur la base d’observations d’agents de renseignement ou d’actes de délation.

Est aussi intégrée dans le projet de loi la création de périmètres de sécurité lors de manifestations publiques d’ampleur (fêtes, événements sportifs, mobilisations sociales), restriction de la liberté d’aller et venir pouvant durer un mois renouvelable. On imagine sans peine comme il va être difficile d’organiser des mouvements dans la durée ! Certaines personnes seront interdites d’entrer dans ces périmètres de sécurité. A l’intérieur de ceux-ci, les policiers, y compris les policiers municipaux, auront toutes les facilités pour assurer leur maintien d’ordre : palpations, fouilles des sacs et véhicules, blocage de parties de cortège dans les manifestations. Sans parler de l’usage intensif de gaz divers et variés, le ministre de l’intérieur vient d’ailleurs de lancer un marché de 22 millions pour renouveler le stock ! Cette nouvelle loi qui acte l’entrée de l’exception dans le droit commun s’ajoute à la kyrielle de lois, décrets et règlements toujours en vigueur, tels que le surarmement de toutes les polices dans le cadre du maintien de l’ordre et dans les quartiers populaires, la permanence des militaires sur les espaces publics, l’alignement des facilités de l’usage de leurs armes pour les policiers sur celles des militaires, mais aussi le durcissement et l’allongement des peines d’emprisonnement pour des délits mineurs. Pour imposer la casse des protections des salariés, la restriction des services publics, la suppression de nombreuses aides sociales, la fermeture renforcée des frontières, l’État amplifie son pouvoir de coercition. Une forme d’État autoritaire, contre nos droits et libertés, se bâtit. Par la généralisation de la présomption de culpabilité, par les répressions permanentes et multiformes à l’encontre des étrangers et de ceux et celles qui affichent leur solidarité concrète avec eux, des jeunes de quartier, des militants syndicaux, par l’approfondissement d’un racisme d’État, notamment contre les Roms et les personnes issues des pays de la colonisation française.

Cet État autoritaire ne se construira jamais avec notre complicité, par notre indifférence, notre silence, nos peurs. Il ne pourra être détruit que par nos luttes et nos solidarités. Le CIIP prend sa (petite) place dans cet immense chantier !

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