Comment évoquer, 50 ans après, la fin de la guerre d’Algérie ? Garder en mémoire des évènements historiques pour les peuples algérien et français.

Publié le : , par  Marc Ollivier

L’indépendance de l’Algérie a été proclamée le 5 juillet 1962. En 2012 sera donc commémorée le cinquantième anniversaire de cette date historique. Historique car elle rappelle la victoire du mouvement national algérien qui avait déclenché en novembre 1954 une lutte armée de libération contre la domination coloniale de la France. Historique également car cette guerre coloniale, que la majorité du peuple français voulait éviter lorsqu’il a été consulté en décembre 1955, a provoqué la chute de la IVème République et l’avènement de la Vème, a marqué durablement plusieurs générations de jeunes dans les deux pays, et entraîné de lourdes pertes humaines, surtout en Algérie où les victimes civiles ont été très nombreuses, mais aussi parmi les combattants des deux pays. Sans oublier que cette guerre, avant même d’être terminée, a directement entraîné l’indépendance de la Tunisie, du Maroc, et finalement de toutes les colonies françaises.

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Commémorer cette date historique n’est pas seulement pour nous un devoir de mémoire. Ce devoir s’impose, certes, mais il doit surtout être un point d’appui essentiel pour comprendre l’histoire des Algériens et des Français depuis un demi siècle, l’évolution des relations entre nos deux peuples et le rôle qu’ils pourraient jouer dans l’avenir. Car nous continuons à partager de nombreux territoires communs, économiques, sociaux et culturels. Cette histoire récente a été marquée de part et d’autre par des contradictions sociales et politiques qui ont été un terrain d’échanges et de solidarités croisées entre les deux peuples. Le contexte actuel des mouvements populaires dans les pays arabes donne un relief particulier à ces solidarités croisées, qui se sont déjà manifestées lors des débats en France sur « les aspects positifs de la colonisation », sur les luttes, le rôle et le statut des femmes, sur « l’identité nationale », l’Islam etc..., et pour combattre les politiques sécuritaires et répressives contre les migrants, les réfugiés, et les travailleurs sans papiers. Ou même lors de crises sociales comme la révolte des banlieues en France et la quasi guerre civile des années 90 en Algérie.

Au cours de ces événements économiques, sociaux et politiques en France et en Algérie, Algériens et Français se retrouvent donc souvent pour participer aux débats et pour agir ensemble. C’est en particulier le cas de ces millions de Français dont les familles ont été ou sont actuellement dispersées en France et en Algérie. En fait les peuples français et algérien (mais cette remarque vaut aussi pour les peuples marocain, tunisien et les autres peuples colonisés) n’ont pas seulement une mémoire commune de l’époque coloniale. Depuis la fin de cette époque, ils ont tissé des liens au niveau des relations humaines et des organisations de la société civile. Ces liens ont un rôle moins visible que les relations entre états, mais ils sont importants. C’est notre volonté de contribuer à les renforcer, dans le contexte de la mondialisation du capitalisme et des soulèvements pour la démocratie et la justice sociale qui se produisent au sud de la Méditerranée.

Les événements que nous organiserons pour commémorer cet anniversaire seront autant de moments privilégiés pour exprimer cette volonté. Y prendront place en particulier :

  • Un rappel historique de la colonisation et de la guerre de libération, qui mettra notamment en lumière les clivages et les affrontements qui en ont résulté en France et en Algérie. Les multiples tendances favorables ou opposées à l’indépendance avaient en effet des partisans dans les deux pays : on oublie trop souvent qu’il y a eu des supplétifs algériens dans l’armée française et même des ministres algériens dans les gouvernements de la IVème République, ainsi que des opposants à la guerre, des réfractaires et des réseaux clandestins français pour l’aide au FLN pendant le conflit.
  • Une analyse des rapports franco algériens dans le contexte contrasté, parfois marqué par des violences meurtrières, de la politique intérieure et extérieure des deux pays après 1962. Seront en particulier abordés les questions économiques, la situation des femmes, de leurs luttes et de leur statut, ainsi que les problèmes de la diaspora algérienne en France, notamment des réfugiés, clandestins ou non.
  • Des témoignages de la coopération culturelle franco-algérienne à travers des concerts de musique, des films, des expositions, des incursions dans la littérature, la poésie et le plurilinguisme.
  • Les perspectives d’avenir pour les relations entre Français et Algériens, dans le contexte des enjeux posés à l’échelle internationale, particulièrement en Europe ainsi que dans la grande région méditerranéenne, du Moyen Orient et de l’Afrique.

De nombreux partenaires du monde associatif et des collectivités locales nous accompagneront pour commémorer cette date historique de l’indépendance algérienne.

Texte adopté par le Conseil d’Administration du Centre d’Information Inter-Peuples le 22 mars 2011.

Algérie : 50e anniversaire de l’indépendance

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