Echange Batuca’Saïda : au Rythme du Dabkeh Liban – Août 2017

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Identification et Préparation

Trois structures associatives, en lien avec d’autres partenaires, ont porté l’“Echange Batuca’Saïda : au Rythme du Dabkeh” qui s’est déroulé au Liban la première quinzaine d’août 2017 : Nuwat - Social Solidarity Center (intervenant sur différents secteurs d’activités à destination des réfugiés palestiniens au Liban mais aussi des Libanais en situation défavorisée) ; les Amis d’Aïn El Helwe (sensibilisant en Isère aux réalités du camp d’Aïn El Helwe et à la question du Droit au Retour) ; et l’association Afric’Impact (portant la Troupe BatukaVI et usant de la Batucada pour créer du lien social et revaloriser l’image des quartiers populaires).

L’idée de ce projet a émergé dès 2015 à la suite de l’accueil en France de représentants de camp de réfugiés palestiniens situé à Saïda au Liban par l’association grenobloise des Amis d’Aïn El Helwe (A.E.H.). Des membres de la Troupe BatukaVI ont participé à des exposés et des débats sur l’histoire de la Nakba, la vie dans le camp… qui ont motivé l’envie de mettre en place cet échange de jeunes.
Peu à peu, une petite dizaine (pour privilégier la rencontre) de jeunes a été regroupée. Cette équipe s’est constituée, rencontrée, informée, préparée et investie dans la collecte des fonds nécessaires au départ au Liban. Ceci par deux principales voies : la réalisation de prestations musicales souvent les week-ends en compagnie des autres membres de la BatukaVI (5000€) et la constitution puis la présentation devant un jury d’un dossier de financement V.V.V.S.I. (Ville, Vie, Vacances Solidarité Internationale) parrainé par le Centre d’Information Inter-Peuples (7500€). Un week-end final de préparation en mai 2017 a été conjointement assuré par A.E.H., Afric’Impact et l’association Joga qui mettait aussi en place un tel échange avec Saïda. Pour ce temps de formation, une exposition interactive et un jeu de rôle ont notamment été conçus.

En amont, en février 2017, une visite préparatoire (avec A.E.H. et Joga) a été effectuée sur Saïda afin de mieux se connaître entre partenaires français et palestiniens, de travailler sur l’hébergement, le déplacement… des jeunes franco-palestiniens mais aussi de rencontrer physiquement le groupe d’enfants percussionnistes que les batucadistes grenoblois allaient rencontrer. C’est par email, skype et Whatsapp que la préparation de l’échange s’est poursuivie, principalement entre animateurs.

Actions et Réalisations

Cet échange s’est pour partie déroulé dans l’agglomération de Saïda mais aussi sur Beyrouth, Tyr, Byblos et Jounieh… entre les mercredis 2 et 16 août 2017. Il devait impliquer 16 ados âgés de 15 à 18 ans, toutefois, suite à un souci familial, une française a dû être remplacée quelques semaines avant le départ par un plus jeune garçon, âgé de 12 ans, seul membre de la BatukaVI disponible et au passeport valide. Le groupe de 8 filles et 8 garçons (8 de Nuwat et 8 de BatukaVI) était accompagné par quatre animateurs principaux : Sara, Youssef, Jérôme et Willy auxquels se sont régulièrement joints plusieurs autres animateurs palestiniens. Deux membres A.E.H. étaient aussi présents, Flora et Mathieu.

Deux semaines assez distinctes ont constitué l’échange : la première sur Saïda et son agglomération durant laquelle le spectacle Batuca’Saïda a été monté ; la seconde a consisté à présenter ce show dans plusieurs villes du Liban, en déambulatoire ou en fixe.
En effet, les répétitions ont rapidement débuté après un premier jour consacré à la rencontre interculturelle, à l’appropriation du lieu d’hébergement (une petite école maternelle financée par l’Ambassade de France située au rez-de-chaussée d’un immeuble d’un quartier populaire de la commune de Wadi El Zeini) et à une pause ludique à la plage de Saïda sourire. C’est donc bien sans se rendre dans le camp de réfugiés, classé en zone rouge par le Ministère des Affaires Français, que l’échange a eu lieu. Ce qui a tout de même était dommageable à une connaissance plus réelle par les Français des conditions de vie trop souvent compliquées de leurs jeunes homologues

Pour palier au lieu de répétition qui n’a pu finalement être proposé par l’UNWRA (l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), les enfants se sont entraînés en divers endroits : jardins et parcs communaux, terrains de sport couverts… mais aussi dans le splendide Caravansérail, le Khan El Franj, grâce à l’Institut Français et à la Fondation Hariri. Le niveau musical entre les deux groupes était plus inégal qu’attendu, la faute aux combats qui ont empêché des mois durant la tenue des répétitions dans le camp. Les Français ont ainsi été en position de "formateurs" auprès des Palestiniens, pratique du Dabkeh exceptée, cette danse traditionnelle du Proche-Orient qui clôturait le show.
Dans le même temps, ce sont aussi deux marionnettes géantes, nommées Houmous et Falafel, qui ont été confectionnées par les enfants avec Jérôme, l’animateur-plasticien.

Bien évidemment, la création de ce spectacle n’a été qu’un prétexte à un très riche échange interculturel qu’ont vécu les jeunes durant cette première semaines passée "H24" ensemble. Ce qui n’a pas été sans mal car à la structuration assez poussée des règles de vie au sein de la BatukaVI se confrontaient des habitudes de vie très différentes des jeunes de Nuwat. Mais, sur la durée, chacun à trouver sa place dans une compréhension mutuelle. Néanmoins, ces petites choses de la vie ont permis aux Grenoblois de toucher du doigt la réalité subie par les enfants dans les camps : les filles palestiniennes ne pouvaient dormir que la lumière allumée, les garçons palestiniens dormaient sur deux matelas les uns sur les autres, leurs repas étaient expédiés en quelques minutes voire secondes et fractionnés en dix sur la journée, …
Fin prêts, le groupe Batuca’Saïda a proposé son spectacle du même nom la seconde semaine dans les rues de Saïda et de communes avoisinantes en alternant tous les deux jours avec des représentations dans d’autres grandes villes du Liban : Beyrouth, Tyr, Byblos et Jounieh. Et là, outre les plages et les souks, c’est aussi de l’Histoire du Liban, qui s’étend sur plus de 7000 ans, dont les enfants ont profité notamment en parcourant les sites antiques ou médiévaux de Tyr et Byblos (Jbeil). Le succès a été au rendez-vous, percussions (fournies gracieusement par notre partenaire Bahia Steel et laissées aux Palestiniens) et marionnettes surprenant positivement tous les publics rencontrés. De nombreux articles de presse et passages radiophoniques ou télévisés en attestent.

Restitution et Valorisation

Comme à l’accoutumée, de nombreuses images ont été prises durant l’échange. Elles seront montées et diffusées non plus lors d’une habituelle soirée de restitution BatukaVI, mais lors de la Journée du Droit au Retour organisée chaque année par les Amis d’Aïn El Helwe, le samedi 7 octobre 2017. Ce film sera ensuite bien entendu mis en ligne.

Et comme tout véritable échange implique réciprocité, les jeunes palestiniens seront invités entre le 10 et le 18 février 2018, en compagnie de jeunes burkinabés, brésiliens et portugais avec lesquels BatukaVI a monté des projets similaires … à l’occasion du Grand Carnaval du Cinquantenaire des Jeux Olympiques de Grenoble.


Article publié dans Inter-Peuples n°259 (septembre-octobre 2017)

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