Collomb - Macron, une politique anti-migrants extrêmement inquiétante

Publié le : , par  Jo Briant

Dimanche 15 octobre, Emmanuel Macron a déclaré que les étrangers en situation irrégulière – ce qui concerne plusieurs centaines de milliers de personnes si l’on compte toutes les personnes déboutées chaque jour de leur demande d’asile ou de séjour -, auteurs d’un délit, seront systématiquement expulsés. Une déclaration et une politique répressive tout simplement inouïes : il faudrait multiplier les charters pour procéder à ces expulsions. "Ce serait la plus importante régression depuis la loi Besson de 2011", dénonce à juste titre la Cimade. Et une telle politique d’expulsion constituerait une atteinte gravissime au droit à la défense devant les juridictions prévues, et une pratique discriminatoire confiant au racisme.

Quant à Gérard Colomb, Ministre de l’Intérieur, il a osé annoncer dans Le Monde du 7 octobre que désormais la France n’accorderait plus aux exilés sa protection en fonction des menaces pesant sur lui ou de ses "craintes légitimes" à retourner dans son pays, mais – nouveau et incroyable ! - en fonction du trajet qu’il a parcouru avant d’arriver. Ce texte concocté par les services de Gérard Collomb invite l’OFPRA [Office français de protection des réfugiés et apatrides] qui gère les demandes d’asile à voir si le demandeur d’asile n’est pas passé, avant d’arriver en France, par un pays tiers classé comme "sûr" (c’est-à-dire sans trouble grave, respectant globalement les droits humains…) . En quel cas l’intéressé pourra être renvoyé dans ce pays "sûr" pour que sa demande d’asile y soit examinée. Ce projet de loi ouvre une brèche très grave dans le droit d’asile et signifie clairement que la France ne sera plus la terre d’asile qu’elle a toujours été, qu’elle tourne le dos à cette vocation pourtant incontournable. Avec cette politique, il deviendra possible qu’un ressortissant du Darfour – où les massacres sont quotidiens -, arrivant en France, terre d’asile enfin atteinte après tant de souffrances, soit réexpédié vers la Tunisie qu’il reconnaîtrait avoir traversée… où la situation des migrants est extrêmement difficile et où le racisme anti-noirs est hélas très prégnant selon de multiples témoignages. Ou ce peut être un Syrien qui serait passé via un réseau par le Brésil - le temps d’une simple escale - qui serait renvoyé au Brésil. Qu’ils aient été emprisonnées voire torturés dans ces pays de transit n’y changera rien. Hallucinant, gravissime…

Dernier élément d’une politique anti-migrants qui constitue une régression inouïe : Emmanuel Macron et Gérard Collomb ont tous deux déclaré qu’une distinction sera faite désormais entre "réfugiés" et "économiques" - et que seuls les réfugiés pourront rester en France le temps que leur demande d’asile soit examinée, tous les autres – les "économiques" ayant "vocation" à être réexpédiés dans leur pays ! Comme si un "économique", qui fuit la famine et la misère- provoqués largement par la politique de pillage de nos pays riches-, n’était pas aussi un réfugié…
Autant de signaux terrifiants - le mot n’est pas trop fort - d’une nouvelle politique d’asile et d’immigration à la fois inhumaine, discriminatoire, d’une brutalité extrême qu’il va nous falloir combattre… Il faut que d’extrême urgence les associations et collectifs qui agissent en solidarité avec les migrants se concertent au plus vite et définissent ensemble une riposte face à une telle atteinte aux droits humains les plus fondamentaux.

Article publié dans Inter-Peuples n°260, novembre 2017

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