La France reste bloquée dans une dangereuse impasse nucléaire

Publié le : , par  Marc Ollivier

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Il est temps de fermer les centrales nucléaires civiles, trop dangereuses, techniquement obsolètes et ruineuses pour les contribuables.

L’industrie mondiale du nucléaire a clairement entamé son déclin, constate le rapport World nuclear industry status report 2017, publié mardi 12 septembre 2017. Faillite des géants historiques, retard dans la construction des futures centrales, vieillissement des infrastructures... sans parler des réactions de l’opinion après Tchernobyl et Fukushima. L’atome se fait progressivement distancer par les énergies renouvelables [1]. Depuis son maximum historique en 1997 de 17,5%, la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité s’est stabilisée depuis cinq ans aux alentours de 10,5 %.

Dans ce contexte mondial en récession, la France est obligée de fermer rapidement son parc de centrales vieillissantes ou de les rénover profondément. Elles ont été construites au cours d’une brève période à partir des années 1950 et 60 pour une durée de vie de 30 ans et leur état actuel inspire de fortes inquiétudes, sans parler des retards et des surcoûts considérables des chantiers EPR à Flamanville et en Finlande... En outre l’Autorité de sécurité nucléaire a déclaré que la France n’était pas à l’abri d’une catastrophe du type Fukushima, qu’une trentaine de réacteurs pourraient rencontrer des problèmes de refroidissement en cas de séismes et Greenpeace a dénoncé la faible sécurité des stockages de matières fissiles à l’égard des risques d’attentats…

Il serait donc avisé de fermer immédiatement les centrales les plus dangereuses, de préparer systématiquement la fermeture progressive des autres et d’abandonner définitivement les projets de nouvelles centrales qui se heurtent à des obstacles technologiques et financiers énormes.

En 2013, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) publiait une étude intitulée : "Un mix électrique 100 % renouvelable ? Analyses et optimisations". Évidemment contestée par la direction d’EDF, elle concluait que la France pourrait, effectivement, s’alimenter uniquement en électricité renouvelable à l’horizon 2050… si elle en avait la réelle volonté. 

Ces perspectives d’abandon du nucléaire civil sont raisonnables pour plusieurs raisons :

  • Le programme de remise en état des centrales pour allonger leur durée de vie d’une dizaine d’années représente des dépenses qui atteignent 50 milliards d’euros selon EDF, mais 100 milliards pour la Cour des comptes. La France peut-elle consacrer de telles sommes à maintenir des équipements dépassés au lieu de les investir dans les investissements des énergies renouvelables indispensables pour garantir notre avenir ?
  • En décidant d’en finit assez rapidement avec son parc nucléaire (rappelons ici que Mr. Hulot a annoncé la fermeture de 17 réacteurs sans préciser lesquels ni à quelle date) la France se donnerait l’opportunité d’occuper une place de champion mondial du démantèlement de ces centrales. Notre pays pourrait ainsi s’inscrire parmi les acteurs les plus actifs de la transition énergétique…
  • Enfin pourquoi rester à la traîne dans ce secteur alors que treize pays européens n’ont pas (ou n’ont plus) de centrales nucléaires en activité (Italie, Autriche, Pologne, Irlande, Danemark, Grèce, etc.) et que quatre ont programmé une sortie du nucléaire civil à brève échéance (Allemagne, Espagne, Belgique, Suède) ? Si bien que 289 millions d’Européens ont abandonné totalement cette énergie et que seuls neuf pays dont la France (le plus nucléarisé de tous) n’ont pas pris cette décision raisonnable, bien que leur population y soit majoritairement favorable (en France à plus de 75 % selon les sondages).

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Dans le secteur militaire, il faut interdire les armes nucléaires comme les armes biologiques et chimiques et imposer le désarmement.

Le monde est dans une situation inacceptable : neuf pays disposent d’armes nucléaires (officiellement USA et Russie avec plus de 90 % des arsenaux actuels, Royaume Uni, France, Chine, mais aussi en fait Inde, Pakistan, Israël et Corée du nord). Tout en déclarant qu’elles sont indispensables à la défense de leurs intérêts, ces pays imposent à tous les autres de ne pas en disposer depuis la signature en 1968 du "Traité de non-prolifération des armes nucléaires" qui impose simultanément dans son article six de "négocier de bonne foi" un désarmement nucléaire général, ce que refusent toujours les pays détenteurs. Comment justifier le maintien d’une telle discrimination ? Les pays qui en sont victimes ont heureusement décidé de réagir : le 7 juillet 2017, 122 États de l’ONU (sur 192) ont adopté un "Traité sur l’interdiction des armes nucléaires". Il s’agit d’une avancée historique et le "début de la fin des armes nucléaires" comme l’a souligné Setsuko Thurlow (survivante du bombardement atomique d’Hiroshima) dans son discours de clôture de la cérémonie.

C’est pourquoi le prix Nobel de la paix 2017 a été attribué à la campagne mondiale qui a porté les négociations de ce traité historique [2]. Il a été ouvert à la signature le 20 septembre dernier aux Nations unies et cinquante États doivent l’avoir ratifié pour qu’il entre en vigueur, ce qui se produira bientôt.

Évidemment il ne supprimera pas les arsenaux nucléaires actuels. Mais il établit que la majorité du monde n’accepte plus les armes nucléaires et ne les considère plus comme des armes légitimes. Il amènera ainsi à des changements concrets dans les politiques et les comportements, même dans les États non partie au traité. Enfin il complète le travail débuté dans les années 1970, quand les armes chimiques ont été interdites, et dans les années 1990 pour l’interdiction des armes biologiques.

En matière nucléaire, les Français, comme l’ensemble de l’humanité, sont donc à la croisée des chemins. Resteront-ils cramponnés à leur dangereux héritage nucléaire, tant civil que militaire, ou rejoindront-ils l’immense majorité des humains qui veulent s’en débarrasser pour construire en coopération un monde respectueux des équilibres écologiques et garant de relations humaines pacifiées et d’intérêt mutuel ?

Face à ce défi existentiel, Emmanuel Macron, pourtant féru de modernité et de réformes radicales, refuse malheureusement de programmer comme l’Allemagne une fermeture rapide des centrales nucléaires civiles (qui peuvent exploser comme Tchernobyl ou Fukushima) et de lancer un programme ambitieux de développement des énergies renouvelables. Sur la même ligne, il s’oppose obstinément à toute perspective de désarmement nucléaire des pays disposant de cette arme monstrueuse, alors qu’elle menace l’humanité toute entière, tant par la possibilité d’explosions accidentelles que par le risque de la voir utilisée par des individus irresponsables. Cette obstination à ne rien changer dans ce secteur, où un changement radical est pourtant le plus nécessaire, inquiète de très nombreux citoyens : il est temps, avant qu’il ne soit trop tard, qu’ils manifestent leur volonté. Une bonne raison pour aller s’informer et se mobiliser au FSMA (Forum Social Mondial Antinucléaire) qui se déroule à Paris du 2 au 4 novembre 2017 [3].

Article publié dans Inter-Peuples n°260, novembre 2017

Références bibliographiques

  • En finir avec le nucléaire Benjamin Dessus, Bernard Laponche, Seuil 2011
  • Le livre noir du nucléaire militaire Jacques Villain, Fayard 2014
  • Le désarmement nucléaire unilatéral de la France est-il possible ? Alternatives non-violentes, décembre 2010

Références sitographiques

[2L’ICAN (Campagne Internationale pour l’Abolition des Armes Nucléaires) a été constituée officiellement en 2007, à Vienne. C’est une coalition internationale réunissant dans une centaine de pays des centaines d’organisations humanitaires, environnementales, de protection des droits de l’Homme, pacifistes, et pour le développement. Depuis plus de dix ans elle prépare et soutient les négociations qui viennent d’aboutir au traité.

[3Toutes les infos sur le FSM antinucléaire : www.sortirdunucleaire.org/Forum-Social-Mondial-Antinucleaire

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