Madagascar : la marche du crabe ?

Publié le : , par  Philippe Savoye

"Tu es déjà venu en 2013, en 2015, quelle évolution de la situation perçois-tu ?", me demande Haingo, responsable d’une structure de l’économie sociale."Je ne vois guère de changement…"
Et toi ? "Rien de mieux. On ne peut pas vraiment dire que la situation empire vu là où l’en était, mais le mandat de ce président, pour une fois démocratiquement élu, n’a rien apporté de positif…".
Dès mon arrivée, le cadre est posé et durant mon séjour je n’ai pas rencontré d’interlocuteur qui atteste d’une amélioration de la situation : l’environnement socio-politique est toujours basé sur l’intérêt personnel, la corruption et l’insécurité règnent, les pesanteurs omniprésentes. Triste constat dans ce pays où 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté alors qu’une petite frange se pavane dans l’opulence…

Un état de non-droit

La presse quotidienne est en nombre (j’ai compté jusqu’à 31 titres), mais d’une faible diversité. Depuis peu le trimestriel "politika" [1], qui demeure très confidentiel, est un joli "poil à gratter", une mine d’interpellations. L’article "État de non-droit : l’anémie publique numéro un", sous-titré : quand les citoyens ne sont pas égaux devant la loi, les conséquences sont désastreuses pour le pays. Le rétablissement de l’État de droit est une urgence, cadre parfaitement le contexte :

  • Les syndicalistes des plateformes Conférence des travailleurs de Madagascar et Solidarité syndicale de Madagascar déplorent "L’abus de pouvoir et le non respect des lois en vigueur par certains responsables étatiques ou dirigeants d’entreprises, ainsi que par certaines catégories de personnes qui se targuent de l’impunité et se croient au-dessus des lois"…
  • Non contredit par Paul Rabary, ministre de l’Éducation qui reconnaît que "l’impunité de dirigeants politiques et des détenteurs de l’autorité ne date pas d’aujourd’hui".
  • Une enquête de l’Afrobaromètre indique que 57 % des Malgaches sondés estiment que les juges et les magistrats sont corrompus…
    et ce n’est pas les exemples concrets qui le contredisent :
    La dépêche du 9 octobre, "Ravalomanana se prend pour un "Tsimatimanota" : Depuis son retour en catimini au pays, Marc Ravalomanana profite de la volonté de l’État de préserver la solidarité des Malgaches pour se croire au-dessus de la loi. Ouverture forcée de Tiko (l’entreprise qu’il possède), refus de s’acquitter de ses impôts (arriéré de sa société d’une centaine de millions de dollars), non paiement de la facture de la Jirama (société d’électricité) pour 4 milliards d’ariary (environ 1,14 millions d’euros).
    Le lendemain "la ligne de mire", autre quotidien, dans un article intitulé "ingérence américaine..." évoque l’intervention de l’ambassadeur américain auprès du gouvernement pour soutenir l’ancien président.
    En janvier 2015 les députés refusent de recevoir le premier ministre pour son discours de politique générale… tant qu’ils n’auraient pas reçu chacun un 4X4 !
    Hery Rajaonarimampianina, président de la République en exercice, fait dérouter un avion de la Compagnie Air Madagascar pour aller chercher sa femme à Londres…

Ces exemples ne sont pas des exceptions, mais l’illustration d’un pouvoir totalement gangréné, comme le souligne Elia Ravelomanentsoa, membre du Conseil National d’orientation : "la revendication du renouvellement de la classe politique est souvent basée sur les turpitudes, sinon les travers de celles précédentes, jugées trop corrompues, loin de la réalité du peuple, de pratique "infanticide" … Toute élection devenu essentiellement une opération de placement financier… Pour la plupart, faire de la politique c’est rejoindre un star-système, employer le pouvoir politique pour faire des affaires, pour le paraître, et quelquefois, pour pouvoir enfin se venger de quelque chose ou de quelqu’un dont personne n’a encore idée… Quant au simple citoyen, il prend juste exemple. Lui aussi marche désormais, le ventre vide, le cœur désenchanté et la tête à l’envers".

Le père Pedro, personnage emblématique pour son action sans limites auprès des plus pauvres, y va de "son coup de gueule" : "au-delà de l’échec social et économique de ce régime, c’est l’échec moral qu’il faut considérer. Au fur et à mesure que la pauvreté gagnait du terrain, se sont développés les trafics, la corruption et les vols, au point qu’aujourd’hui c’est le système D et l’insécurité qui règnent partout tandis que 80 % de l’activité économique est devenue souterraine !... La légendaire "fihavanana" (sorte de lois coutumière régissant la solidarité familiale et générationnelle) s’effrite sous les assauts répétés de l’individualisme, du chacun pour soi eux-mêmes générés par l’extrême pauvreté… Des forces occultes ont confisqué le pouvoir ou plutôt tiennent celui-ci par la barbichette. Quelques exemples :

  • Les nantis qui ne paient pas leurs impôts.
  • Les députés qui ont exigé avant de siéger, un 4X4 de fonction pour ensuite tenter de démettre le président élu.
  • Une classe politique corrompue dont la seule préoccupation est de profiter de son passage au gouvernement, qu’elle sait bref par nature, pour faire fortune pendant qu’il est temps.
  • Le frein que représente la tradition.
  • Une société désenchantée (et corrompue elle aussi) qui ne croit plus en son avenir.
  • Bref : une société tétanisée et paralysée entre la peur et la jalousie…"

Dans un article intitulé "Nomadisme politique : caméléon et fier de l’être", Alain Iloniaina écrit : dans la mesure où le pouvoir politique amène à obtenir des avantages (pour soi, pour le secteur où l’on réside), le nomadise politique est monnaie courante. Il y a des députés qui ont ainsi été supports des trois derniers présidents de la république. D’autres votent la destitution du président actuel… puis le soutiennent. Cela signifie qu’il n’y a pas de convictions précises, mais que l’intérêt personnel domine. Cela n’offre pas de stabilité politique, que tout peut s’acheter.. .Mais cela véhicule des valeurs pour toute la société. Comme il est dit "lors de la propagande (campagne électorale), tout se conçoit en terme d’ariary, de tee-shirt et de riz". CQFD ?

La corruption

Bien entendu, la corruption est au cœur de cet état de non-droit et de ces arrangements car la meilleure manière de servir, n’est-elle pas de se servir soi-même ? Sous la présidence Ravalomanana un espoir est apparu lors de la création du Bureau Indépendant Anti-Corruption (bianco) suite à l’intervention d’Eva Joly. Résultat ? Classé 123ème pays selon le classement 2010 à l’indice de perception de la corruption de Transparency International, le pays est aujourd’hui… 145ème.
Inféodée à la vie politique et économique, la corruption rejaillit sur le quotidien de toute la population et chacun, là où il est, cherche à trouver "sa solution" pour que son économie de survie finance ses besoins primaires du quotidien.

Toni est guide : "quand je pars avec des clients en 4X4, j’ai mis de côté un stock de 50 billets de 2.000 Ar (0,60 €). En général, comme je suis avec des clients, les gendarmes et les policiers m’arrêtent et cherchent un problème, même si tout et en règle. Les clients n’apprécient pas d’être coincés trop longtemps et les gendarmes le savent. Pour un séjour de trois semaines, le montant varie entre une et deux journées de location du véhicule. Mon nouveau véhicule est au nom de ma femme. En effet si les policiers voient que le véhicule est à mon nom, c’est que je suis "riche" et le montant est plus élevé…

Florette travaille à la direction régionale du tourisme d’Atsinanana. Après 20 ans de service, elle perçoit légèrement plus de 100 €. Elle élève seule ses deux enfants, dont l’un est handicapé. "C’est pas facile" ! "Alors je rends des petits services et ainsi je reçois des pourboires"…

Simonette a tenté par deux fois le concours de greffier "mais on me demandait 6 millions d’ariary (environ 1700 € !) après avoir déposé mon dossier pour que je sois prise. Ayant refusé car je n’avais pas cette somme, par deux fois j’ai échoué".

Diamandia, 25 ans, a brillamment effectué quatre années de droit. Elle s’est inscrite au concours de magistrat : "il y a cinquante places et on est plusieurs milliers à postuler. Il y a trois catégories de candidats : ceux qui ont des relations haut placées, ceux qui paient… et il reste quelques places pour les autres. Comme mes parents se serrent la ceinture pour que je fasse mes études, bien sûr je suis dans cette troisième catégorie". Diamanda est discrète sur la corruption, mais sa sœur se lâche "de toute façon on sait très bien que lors des procès, même si l’on est coupable et que cela se sait, il suffit de payer pour s’en sortir"…

Insécurité et… "vindicte populaire"

La profession la plus rayonnante dans le pays est sans conteste celle de gardien, vigile ou agent de sécurité. Ils sont omniprésents, de jour devant les banques, supermarchés, établissements publics, etc. et plus encore la nuit devant ces mêmes magasins et dans les plantations (les professionnels estiment à 10 % la vanille volée sur pied). "La Vérité" du 24 octobre titre "exactions policières, les auteurs impunis", suit une longue liste de faits divers mortels où des policiers sont accusés, à commencer par celui d’un procureur de la République de Tuléar lynché à mort en 2011… mais "le procès des 39 policiers est pour la énième fois reporté, avec visiblement la protection des plus hautes autorités".

En dépouillant deux quotidiens du 5 octobre (L’express – Les nouvelles), quelques faits divers du jour (!) :

  • Mahanoro : un policier exécuté pour banditisme. Meurtre collectif. Montré du doigt d’avoir commis un cambriolage, un agent de la police communale a été lynché à mort.
  • Mananara nord : un voleur de vanille criblé de balles. Tué sur le coup, un voleur de vanille a reçu deux balles dans la poitrine, hier. Les comparses ont pu s’échapper.
  • Alarobia Bemaha : le directeur du CEG (collège) a été mortellement blessé d’un coup de hache à la tête. Il détenait chez lui une grosse somme d’argent, celle de l’inscription des enfants.
  • Tsiroanomandidy : un couple brûlé vif. Un couple a péri dans l’incendie de sa maison incendiée par des dahalos (voleurs de bétail). Attaqués, les époux ont riposté et se sont enfermés à l’étage. Dépités, les bandits ont mis le feu à la maison.
  • Antsirabé II : 10 bandits ont attaqué un magasin. Les deux gardiens, tabassés à mort, ont rendu leur dernier souffle.
  • Antsohihy : trois bandits armés ont été lynchés. Les bandits ont été surpris par l’arrivée rapide des villageois. Les bandits ont subi une vindicte populaire.

Le kidnapping est monnaie courante, prioritairement visés les Indo-Pakistanais. Les faits divers peuvent être plus sordides les uns que les autres, comme ces trois enfants (l’ainée a 16 ans) qui décapitent un gamin de 12 ans pour le voler… Les habitants d’un village exposent la tête d’un dahalo devant la tribune des autorités "pour démontrer leur mécontentement et l’obligation de se faire justice eux-mêmes puisque la gendarmerie n’assure pas la sécurité". Deux frères sont lynchés à mort pour avoir dérobé cinq sacs de haricots…

Face à l’insécurité et à l’état de non droit, les gens se font justice eux-mêmes. Selon le sociologue Paul Rabary : "Les vindictes populaires ne sont pas devenues une mode du jour au lendemain. Elles résultent d’un processus qui s’est construit progressivement et qui est né, entre autres, de l’impunité dont jouissent certains détenteurs de l’autorité". Le mouvement Wake up Madagascar complète : "ne pouvant pas compter sur ceux en qui ils ont confié le pouvoir, les gens préfèrent se faire justice eux-mêmes".

Une économie de survie

Le gouvernement se glorifie d’une "omniprésence chinoise", fer de lance de son économie, pays avec lequel les transactions sont les plus importantes (2085 milliards d’ariary - 600 millions d’euros- de produits importés en 2016 selon la direction générale des douanes ; les exportations se montant à 552,8 milliards). Un accord bilatéral a été signé, mais comme le souligne Hery Riamarrison "on craint une braderie de nos ressources naturelles, en termes de contrepartie". La réalité de la population est tout autre, malgré l’aide publique au développement (APD) qui représente 18,4 % du PIB.

Aintsoa, mère de famille, aménage progressivement sa maison en fonction de ses rentrées d’argent. Des rideaux sont installés aux fenêtres. Ne sachant pas comment financer la nourriture de la semaine, elle les vend : j’en rachèterai d’autres plus jolis quand j’aurai un peu d’argent, me dit-elle…

Dans toutes les villes, vous ne pouvez pas faire cent mètres sans trouver une petite échoppe vendant du crédit téléphonique. La personnes perçoit 5 %, aussi doit-elle vendre pour 70 000 Ar afin de percevoir un euro… A 100, 200 ou 500 Ar la carte, je vous laisse calculer le nombre de clients journaliers qu’elle doit trouver pur y parvenir… !

Fianarantsoa : Un vendeur de charbon de bois {JPEG} Nirina élève seule sa fillette de 10 ans, depuis le départ de son mari. Elle habite un modeste deux pièces, sans électricité, à la périphérie de Toamasina. A 40 ans, ayant perdu son emploi associatif (c’est-à-dire du jour au lendemain n’ayant plus aucune ressource), pour survivre elle achète des sacs sur le marché "je sens bien ce qui est tendance", et va les revendre dans des porte-à-porte. Je gagne 5 ou 10 000 Ar selon le cas (1,50 ou 3 €). Cette semaine ça n’a pas marché, alors j’ai vendu deux de mes robes pour acheter du riz… Je voudrais que ma fille apprenne à faire du kung-fu pour pouvoir se défendre dans la vie, mais je n’ai pas de quoi l’inscrire.

Le travail informel est une pratique généralisée, qui offre de menues ressources à une majorité de la population (mais crée un énorme manque à gagner pour l’État qui ne perçoit aucune imposition liée à leur activité). "Tout est informel… sauf ce que l’on paie au propriétaire, facilitateur ou fournisseur du produit que l’on (re)vend". Voahangy vend tee-shirt, artisanat et vanille, ainsi que toutes ses sœurs. Elles forment un "groupe social" qui se croise, se recroise, mange ensemble sur le trottoir le midi, etc. Les enfants sont pris en charge tantôt individuellement, tantôt collectivement. Quand un vazaha (Blanc/touriste) passe dans les parages, elles se ruent, chacune proposant et négociant des produits. Ceux-ci proviennent d’un grossiste qui leur confie, sachant qu’il prend 10 000 Ar par tee-shirt, à charge de le vendre le plus cher possible (le fournisseur n’est pas intéressé au prix de vente final). L’argent gagné sert immédiatement aux dépenses du quotidien (à commencer par l’achat de riz 1800 Ar - 0,50 € - le kilo, hors période de soudure) et si possible "épargner" (c’est un bien grand mot) pour les charges mensuelles : l’écolage des enfants, le loyer, l’eau, l’électricité (il va s’en dire qu’il n’y a pas d’assurance). Durant la période creuse, celle où les touristes sont absents ou se font rares, "c’est la galère car il nous arrive de ne pas vendre pendant plusieurs jours". Les réserves s’amenuisent, l’écolage et le loyer non payés. Et puis il y a "le pépin", un décès dans la famille et il faut se rendre sur place, partager les dépenses funéraires ; un accident et l’opération qui s’en suit ne sera effectuée qu’une fois payée : "faute de mieux on emprunte, même si l’on ne sait pas comment l’on remboursera,on n’a pas d’autres solutions"… L’une d’entre elles a emprunté un million d’ariary - 300 € -, pour une opération chirurgicale le taux était de 71 % !

Dans cette économie de survie, les personnes ne savent pas combien elles gagnent, ne tiennent pas de comptes précis. "J’ai gagné plus, j’ai gagné moins…". Mirana avait l’impression de gagner "un peu, mais les billets partaient vites" avec les sacs de charbon de bois qu’elle allait chercher à la campagne pour les revendre à la ville. Quand ensemble nous avons fait le total des dépenses (bien sûr sans compter le temps de travail)… elle dépensait plus que ce qu’elle gagnait ! Après avoir acheté fils, tissus et fermeture éclair, il faut une trentaine d’heures pour broder et confectionner une petite pochette qui sera vendue 12.000 Ar (3,50 €).

A Antananarivo, la misère (je ne parle pas de "pauvreté") nous happe à chaque coin de rues en voyant ces femmes, ces enfants, faire la manche, vêtements en haillons, sales. Si l’on se lève tôt dans toutes les villes on voit des personnes dormir sur les trottoirs, sur/dans des cartons, sous un plastique, près des tas d’ordures…
Survie anthracite de l’instant présent. Pas question de se projeter un tant soit peu dans l’avenir, pas même celui du lendemain… Mais conserver les cartons dans lesquels on dormira, dans la "chaleur du tas d’ordures" où se trouvent quelques pluches, objets ou papiers qui serviront à une éventuelle revente ou troc pour remplir, si légèrement, le ventre. L’enfance se forge dans un milieu de manque total où seul l’amour maternel lui offre une raison d’être… et où pour la mère seul son/ses enfant-s- (l’homme - mari, père, amant… est inexistant ; où est-il ?) lui donne la force de ne pas tout "lâcher", de penser qu’un lendemain pourra (peut-être) exister. A quoi pense cette femme qui tend la main (mécaniquement), souvent même sans un mot (par lassitude ?) ? Comment donner vie au quotidien ?…

J’interpelle Haingo, membre du ROHY (voir ci-dessous) : que faire ? "On s’habitue à voir ces personnes, mais sans un soutien permanent, une main tendue de tous les instants, une acceptation par la personne de rompre avec ce quotidien, il est bien difficile d’agir. Avoir le souci de ce qui se passe autour de nous, dans nos relations, notre voisinage pour apporter un soutien concret et durable à ceux qui sont le plus en difficulté. Au niveau professionnel mener des actions ciblées (mais on ne peut partir dans toutes les directions), afin que dans quelques années nous ne puissions dire "on ne savait pas". Objectivement on ne peut pas faire grand-chose car ce n’est pas en donnant un peu d’argent que le problème sera réglé, alors que ça fait mal de voir ces enfants sans enfance, sans espoirs". Et nous, moi, comment me situer ? "Vous pouvez toujours donner de quoi s’alimenter, - surtout pas d’argent -, faire un geste humanitaire, mais cela ne changera en rien la situation. Les collectivités publiques, à commencer par l’État, ont un rôle à jouer, quelles ne remplissent pas, pris dans des égos de pouvoir. N’agissez pas directement, mais accompagnez des structures malgaches dans lesquelles vous avez confiance, interpellez. Sachez que, seuls, nous les Malgaches pouvons faire évoluer la situation !

Dans la revue Politika Hilda Hasinjo et Henitsoa Rafalia, abordent le problème dans un article intitulé "Pauvreté : péril en la demeure", sous-titré : Classé cinquième pays le plus pauvre du monde Madagascar s’enfonce de plus en plus dans la misère. Faisons-nous les efforts nécessaires pour nous en sortir ?... "Dans la plupart des régions de la Grande île, l’on a l’impression de ne pas être sortis du XIXème siècle… 90 % de la population vit avec moins de 3,10 dollars par jour, ce qui correspond à l’extrême pauvreté… Nul développement de quelque type qu’il soit ne peut se faire sans la participation de l’ensemble des citoyens… Les solutions sont connues : l’investissement dans "l’humain" pour de meilleures conditions de vie et non plus de survie, et une création de richesse surtout dans l’industrie agroalimentaire… Un bal des 4X4 dans un océan de misère. Antananarivo cultive les paradoxes et les contradictions. Les immeubles flambant neuf tutoient les cases en bois. L’opulence côtoie souvent la misère extrême. L’inégalité flagrante est l’une des manifestations les plus évidentes de la pauvreté dans la Grande île". Et de conclure : le véritable drame de la pauvreté est peut-être l’indifférence générale dans laquelle le pays sombre...

L’épidémie de peste

Comme au Pérou et en RD Congo, la peste n’est pas éradiquée à Madagascar. Une épidémie se propage en début d’année, limitée au milieu rural ; peste bubonique, qui se transmet par les puces (ordures, rats, puces), non transmissible par l’Homme. Prise à temps, elle se soigne aisément ; 19 décès sont enregistrés en 2016.

Cette année, les données sont différentes… le 28 août un Malgache décède de la peste pulmonaire, hautement transmissible, mortelle dans les trois jours si elle n’est pas soignée. Tue par les instances officielles "pour ne pas faire naître la panique", le premier internaute qui l’évoque est même arrêté. Peste "urbaine". Le décès le 29 septembre de l’entraineur de basket de l’équipe des Seychelles, contraint le gouvernement à sortir de son mutisme et rend l’épidémie "publique" (les Seychelles stoppent immédiatement leurs liaisons aériennes). Elle se propage dans les deux plus grandes villes (Antananarivo et Toamasina). Gouvernement et maires s’en renvoient la responsabilité : le premier ciblant un mauvais traitement des ordures, les seconds invoquant l’absence de subvention de l’État. L’express du 2 octobre titre "la peste empire".
C’est donc la mort de cet entraîneur, un mois après le premier décès (alors que la transmission naît d’un simple contact dans un taxi-brousse) qui contraint le gouvernement à sortir de son mutisme : un arrêté ministériel interdit toute manifestation publique, les compétitions sportives se déroulent à huis clos et la rentrée scolaire est reportée dans les principales villes (elle n’aura lieu que le 6 novembre)… tout en cherchant à rassurer la population…

Des bruits circulent sur les causes de cette absence d’intervention de l’État : en faire un enjeu politique ? Attendre l’intervention internationale pour réduire le coût de ses dépenses ? … Dans les jours qui suivent son "officialisation" l’intervention de l’OMS est essentielle "5,5 millions de dollars pour maîtriser la peste" titre la dépêche, intervention réalisée en produits pharmaceutiques à commencer par 1 190 000 doses d’antibiotique fournies immédiatement.

Ce n’est que le 10 octobre époque à laquelle "l’OMS classe l’épidémie en grade 2, ce qui signifie un risque de propagation national très élevé" (le grade 3 étant la mise en quarantaine) que le président de la République intervient sur le sujet "pour rassurer la population… déclarer la guerre à la peste" et lance "l’appel à la population à ne pas céder à la panique, car elle crée le désordre". Le fossé entre les réalités perçues par l’OMS et les discours lénifiants des politiques décrédibilisent ceux-ci et engendrent une totale perte de confiance. La moindre rumeur a un effet immédiat sur la population. "A l’évidence l’incompréhension et l’indignation qui ont semé le désarroi n’auraient pas pris une telle ampleur si l’État avait joué la carte de la transparence et si le droit à l’information des citoyens avait été respecté" comme le souligne unanimement les journalistes.

Quotidiennement les journaux titrent "rude bataille sur les cadavres de pestiférés… L’épidémie de peste s’amplifie… Propagation de la peste : des mesures énergiques nécessaires… Lutte contre la peste : la Première Dame s’approprie les dons onusiens…Pestimiste… Les agents de santé pourchassés à Toamasina… Une trentaine d’internes contaminés par la peste…". Et le gouvernement discourt : "tout est mis en œuvre… aucun risque pour les touristes… nous maîtrisons la situation…".

L'Express du 19 octobre 2017 : en Une, "Rude bataille sur les cadavres des pestiférés" {JPEG} La prise en compte d’une telle épidémie, doit se faire en intégrant des données sanitaires strictes et la culture de la population, me précise Miora. C’est dans cet esprit que l’on organise les cérémonies de retournement des morts car ils restent présents à côté de nous. L’OMS et la Croix-Rouge ont rapidement proposés des conditions "dignes et sécurisés" prenant en compte ce lien culturel en optant sur des sacs mortuaires comme ceux utilisés pour Ebola mais sa non application a créé de nombreux heurts. "Comme pour la peste on retire le mort, on le cache, on le met dans une fosse commune (il est arrivé que des personnes aillent déterrer leur mort d’une fosse pour le mettre dans un caveau familial, au risque d’être contaminé), les personnes ne vont plus voir les médecins de crainte qu’on leur prenne la personne malade, qu’elle ait la grippe ou la peste (certains symptômes sont semblables), poursuit Miora. Il y a deux jours à l’hôpital de Tamatave (vers le 15 octobre), une famille amène un enfant qui a de la fièvre. Le médecin demande à la famille d’aller acheter des médicaments. Quand ils reviennent une heure plus tard il leur annonce que leur fils est mort de la peste et refuse de rendre le corps. Il y eut des échauffourées…

Sylvain Ranjalahy, journaliste, conclut son article du 12 octobre "Aujourd’hui on constate qu’on ne peut pas appliquer les sacro-saints principes démocratiques dans un pays infesté de barbares. L’épidémie de peste rappelle, d’ailleurs, qu’on est à deux siècles d’une nation moderne, qu’il reste un long chemin à faire, plusieurs étapes à franchir pour mériter le statut d’une République, la qualification d’une démocratie".

Quelle enfance ?

"Parmi cent naissances enregistrées, soixante n’ont pas d’état civil et sont condamnés à errer dans la rue, à fouiller les bacs à ordures ou à louer un kalachnikov avec un peu plus de chance. La peste en éliminera peut-être quelques-uns alors que ceux qui n’ont pas de bol tomberont sous les balles des forces de l’ordre", s’exprime Sylvain Ranjalahy (l’express du 12 octobre).

Soa, jeune mère de famille, institutrice, précise : "dans de nombreuses familles, notamment en milieu rural, il est très valorisant que la jeune fille ait très tôt un enfant. Aussi il n’est pas rare de voir une jeune accoucher à 14 ou 15 ans. Cela explique que la jeune femme se retrouve seule et demeure dans sa famille. Le jeune garçon ne se considère pas comme un père, mais l’enfant est davantage né d’un flirt, d’une relation passagère que d’un véritable amour. Cela induit l’arrêt de la scolarité, l’absence d’une formation pour la jeune femme qui rapidement se mettra à effectuer des petits boulots. Le jeune homme poursuivra sa vie avec cette notion "d’irresponsabilité", que l’enfant est l’affaire de la mère. Il arrive fréquemment que des jeunes filles soient vendues par des familles très pauvres à des hommes âgés, qui leur font un enfant…" Lalao, sage-femme le confirme : "en brousse j’assiste des fillettes de 12 ou 13 ans qui accouchent de leur premier enfant, dès qu’elles sont en situation de procréer. Les familles sont très fières de cette précocité, preuve de leur fertilité et du "bon sang" de la famille".

Les chiffres demeurent accablants. Selon la revue Politika, 47 % des enfants malgaches sont mal nourris (il en va donc de leur développement physique, intellectuel, mental)… Selon le ministère de l’éducation, sur 100 enfants qui fréquentent l’école primaire (mais, il y a encore peu l’Unicef dénombrait 1,5 million d’enfants non scolarisés) seulement 50 % arrivent au CM2 et seulement 25 % entrent au collège. Le ministère a adopté dernièrement le "Plan Sectoriel de l’Éducation" pour limiter ce nombre d’abandons. Mais quelle réalité lorsque l’on est dans la survie et que les associations de parents d’élèves indiquent que le coût de la rentrée scolaire s’élève entre 150 000 et 300 000 Ar (45 à 90 €)… ?

Nombre d’écoles en milieu rural ne vivent que grâce à l’investissement des parents, alors qu’eux-mêmes sont dans la survie. Près des deux tiers des enfants urbains fréquentent une école privée, même pour des familles très modestes "notre espoir ce sont nos enfants. Il faut qu’ils aient une bonne éducation et seules les écoles privées la fournie. On se saigne et nos priorités sont de payer l’école et le loyer, même si certains jours il n’y a pas grand-chose dans nos assiettes" me dit Arivola, père de trois enfants.

Dans un tel contexte, il est bien "normal" de demander aux enfants de s’associer à l’ensemble des tâches familiales : aller chercher de l’eau, garder le petit frère ou petite sœur, gagner un peu d’argent en rendant "des services". Un matin à 6 h je prends mon petit-déjeuner dans une gargote de la gare routière d’Antsirabe, c’est une élève de troisième qui me sert : "je fais ça tous les matins, mon père viendra me remplacer pour que je sois à 7 h au collège". Naturel ! Ainsi, dès le plus jeune âge, les enfants entrent dans le cycle du travail comme élément du quotidien et, pour les plus chanceux, associent étroitement travail et école. L’institution scolaire l’intègre : dans la région de Bétafo, les écoles sont fermées le lundi car c’est le jour du marché et les enfants aident leurs parents. Normalité.

Monographies

Tiana et Toni se sont mariés depuis peu, elle d’une "famille pauvre d’instituteurs", lui abandonné, a été recueilli "dans une famille très gentille". Tous deux très volontaires veulent créer une agence de voyage, mais malgré des démarches engagées depuis plusieurs années, cela ne s’est toujours pas concrétisé :"il fallait qu’on ait un local qui serve de bureau, alors nous avons loué ce petit appartement, mais il a fallu que je paie 1 million d’ariary (300 €) pour que l’on me donne l’attestation. Maintenant, il faut l’enregistrement officiel, ils ont tous les papiers et en principe c’est gratuit, mais cela traîne depuis deux ans. On me demande 2 millions, mais même si je paie, je ne suis pas sûr de l’avoir, alors j’hésite à emprunter la somme...".

Tsilavo, une petite trentaine, a suivi avec assiduité une formation de technicien agricole. Un groupe de français a parrainé ses études. Depuis, aucun travail dans ses qualifications. Aujourd’hui, après divers petit boulots, il est salarié de Canal + où il s’occupe de la maintenance sur… les Caraïbes : "cela signifie que je travaille en soirée et jusqu’à deux heures du matin pour correspondre aux heures de travail là-bas. Si l’on me pose la question je dois répondre que je suis en métropole sous peine de licenciement. Je gagne 400 000 Ar (110 €), ce qui ne me permet pas de louer une chambre pour ma copine et moi. Je suis donc chez ma mère. Mais je suis sûr qu’un jour ça ira mieux : j’ai décidé de faire un élevage de poules de chair sur un petit terrain propriété de ma famille, car je veux que mes études me servent. J’ai embauché un jeune qui s’occupe de mes 300 poules, car je ne peux aller sur place qu’une fois par mois vu les frais pour s’y rendre. Je le paie 200 000 Ar (55 €). Cela ne m’a rien rapporté jusqu’ici, mais j’ai bon espoir dans l’année qui vient…

Élodie et Marc sont jeunes mariés. Lui, ingénieur, est fils de diplomate. Élodie, fille d’un agent du port, est architecte "une profession nouvelle à Madagascar mais je n’ai jamais pu l’exercer" est fonctionnaire municipale "où j’effectue des tâches administratives". L’un et l’autre ont passé une partie de leurs études en France. Ils habitent dans un modeste deux pièces "mais on a pu s’acheter un 4X4". Leur projet ? "On a fait des démarches et on va émigrer au Canada. C’est notre seul espoir pour que nos enfants aient des perspectives, car ils auront la double nationalité et ne seront plus coincés en permanence par des problèmes de visa".

Héry et Andrianina vivent avec leurs trois enfants dans une pièce de 10 m² (plus un espace dénommé "cuisine" de 2 m²) ; à l’extérieur un cabanon sert de toilettes. Un lit de 140, un lit superposé, des fauteuils. Il reste en espace "non occupé" guère plus d’un mètre carré. Électricité, mais pas d’eau (il faut aller l’acheter à une borne fontaine du quartier). Ils s’excusent de m’inviter pour manger alors qu’il n’y a pas de table : nous nous installons sur les lits et fauteuils… Les enfants vont à l’école privée "ça nous revient cher - 20 € par an par enfant -, mais on veut qu’ils aient de la bonne instruction... Moi j’ai fait tout le primaire, mais ma femme seulement quatre années, car il fallait gagner de l’argent".
Une bonne journée ? "C’est quand on a vendu deux ou trois tee-shirts à des touristes et qu’on a gagné 10 ou 15 000 Ar (3 à 4,50 €), mais c’est rare. C’est difficile durant la période creuse où pendant une semaine on ne vend rien... Le plus dur, c’est quand on a un accident". Andrianina s’est fait renverser il y a quelques mois et précise "heureusement, un vazaha (un étranger) a vu ça et a payé les frais de l’opération, sinon j’aurais été handicapée à vie" (les interventions à l’hôpital ne sont effectuées qu’après achat des médicaments, paiement des frais et… bakchichs au chirurgien)

Société civile

Face à cette situation catastrophique, des actions sont menées : on estime à environ 3000 le nombre d’ONG malgaches, "mais seules quelques unes se préoccupent de faire avancer le processus de démocratisation dans le pays" souligne l’organisation Fanabeazana – Olom – Pirenena (Réseau des jeunes pour la démocratie et la politique), qui précise en outre "on n’attribue qu’une position plutôt faible à la société civile à Madagascar, dans la vie sociale et politique au quotidien. On peut le prouver, à travers le fait que ce sont toujours aux ONGs étrangères (aux experts de différentes institutions européennes, américaines et autres pays occidentaux) que l’on demande des conseils, lorsqu’il s’agit de développer de nouvelles solutions aux problèmes".

Une lente maturation collective existe, freinée par une absence de reconnaissance de l’État, des problèmes financiers, une carence de moyens propres pour mettre à exécution leurs projets, la difficulté d’avoir à gérer à la fois un positionnement dans l’immédiateté et l’élaboration d’une stratégie à moyen et long terme. Cependant, à force d’une volonté affirmée, par exemple, le mouvement ROHY qui regroupe plusieurs dizaines d’organisation de la société civile - OSC - (l’Alliance Voahary Gasy, le SIF, la Confédération Nationale des Plateformes des Droits de l’Homme, le Comité National des Observations des Élections, etc.), s’étoffe, se fait reconnaître. Il souligne quatre secteurs "gravement viciés" : les trafics de ressources naturelles, la sécurité avec la corruption et le racket dont "les auteurs en sont parfois certains officiers et gendarmes", la politique foncière et les élections qui sont aussi un foyer de corruption et d’illégalités à travers l’achat de voix direct ou indirect et les abus d’autorité. Dans une stratégie positive et offensive, le Rohya a adopté une charte des OSC en 2016 qui s’appuie sur "un État de droit et une bonne gouvernance, dans laquelle la population a conscience de ses droits et obligations et participe à la vie publique… Une décentralisation effective, avec un partage équitable des richesses, un pays libéré de la corruption et respectueux des droits de l’Homme, dont la liberté d’information, la liberté d’expression, où les défenseurs des droits de l’homme sont protégés, etc."

L’Arc-en-ciel, une association créée en 2012 offre un exemple concret d’une action de terrain où le développement endogène est de règle. Cela se passe dans le village de Fiadanana, non loin de Betafo. Démarche contée par ses deux initiateurs, guides, Iavantsoa (originaire du village) et Virginie : "traditionnellement les tours opérators ne laissent que peux d’argent localement : le strict minimum pour que l’activité ait lieu et soit acceptée par les gens. Nous avons voulu rompre avec ce schéma et tout faire partir du village", telle est leur philosophie de base.
Jusqu’à présent, l’action s’est déroulée sans aide extérieur "c’est un choix : nous somme Malgaches, ici c’est notre pays, c’est d’abord à nous de nous prendre en charge… Si un jour nous avons besoin d’aide, il faut qu’avant nous ayons fait nos preuves, prouver nos capacités à agir et selon quelle philosophie".
La cuisine de l'association Arc-en-ciel {JPEG} L’association dispose d’une grande bâtisse qui appartient à une famille du village : "Nous sommes passés de la bougie aux panneaux solaires... Le matériel de literie a été acheté dans des friperies… Les ordures sont sélectives. Les denrées alimentaires proviennent essentiellement de la production locale. Une douzaine de jeunes du village sont embauchés pour faire la cuisine, assurer l’entretien, la lessive, etc., des formations sont organisées. Nous avançons progressivement. Sur un village de 600 adultes, nous avons démarré avec 9 adhérents, puis 22 et aujourd’hui, 40 familles".
"Pour nous il est essentiel de maîtriser les choix avec les villageois et ne jamais rien donner s’il n’y a pas de travail en contrepartie. Par exemple, l’école posait problème car il y avait 5 instituteurs dans 4 salles. Nous avons proposé aux habitants de construire une nouvelle classe, mais ils nous ont répondu qu’ils n’avaient pas les moyens. Nous leur avons proposé de financer les matériaux, qu’eux les apportent sur le terrain (4 km à faire en charrette) et soient manœuvres auprès du maçon que nous embauchions. Aujourd’hui, ils sont fiers de leur école.
"Nous avons créé une banque locale d’un million d’ariary (300 €) au sein de l’association. Elle est gérée collectivement par les villageois. Les prêts peuvent aller jusqu’à 100 000 Ar (sauf lors de période de soudure où le montant ne dépasse pas 50 000 Ar). Il n’y a pas d’intérêt, mais il est demandé aux membres que si la personne a gagné une somme conséquente qu’elle attribue un bonus, ce qui est fréquent.
"Nous sommes guides, conclut Iavantsoa, mais demain, un jour nous ne serons plus là. L’avenir ce sont ces enfants de l’école, il faut donc privilégier leur enseignement, leur éducation".

C’est dans ces initiatives de la société civile, bâties pierre après pierre, très progressivement, inscrites dans le local, qui à la fois offrent un mieux être à la population tout en lui donnant un pouvoir d’agir, la responsabilise, et lui fait prendre conscience de la dimension "politique" de la situation que repose l’espoir d’une évolution positive de la société… Mais le chemin sera encore bien long !

[1Lancé à l’initiative de la Fondation Friedrich Ebert et de Becom édition.

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