Pauvreté, emplois aidés… et évasion fiscale massive !

Publié le : , par  Jo Briant

Le Secours catholique vient de publier son Rapport annuel sur l’"État de la pauvreté en France". Il en ressort d’une part que la France compte entre 5 et 8,9 millions de pauvres selon les critères de calcul (en rapport avec le revenu médian qui est de 1 772 euros par personne). Ce qui veut dire qu’un.e citoyen.ne pauvre est une personne dont les ressources sont en deçà de 850 euros. En réalité il y aurait au moins 9 millions de pauvres, dont beaucoup ont un revenu inférieur à 500 euros.
L’autre chiffre-clé, c’est l’augmentation très inquiétante des demandes d’aide alimentaire : 50% des personnes qui s’adressent au Secours catholique viennent pour une demande de cet ordre ; même constat au Secours populaire ou encore à la Croix Rouge…

La pauvreté a fortement augmenté à partir de 2008 avec l’accentuation des difficultés économiques liées à la crise financière. Entre 2008 et 2012, le nombre de pauvres a augmenté de 8% ! A Paris, on observe de plus en plus de femmes seules - avec ou sans enfant - survivant dans la rue, ne pouvant plus s’acquitter de leur loyer. A Grenoble, le Secours catholique essaie difficilement de répondre à une demande croissante le matin pour le petit déjeuner (100, 120 voire 150 personnes…).
Cette paupérisation risque fort de s’accentuer avec la suppression de 140 000 contrats aidés en 2017 et de 110 000 en 2018. Suppressions qui touchent aussi bien le secteur associatif (qui compte 200 000 emplois aidés environ) que le secteur public (collectivités territoriales, hôpitaux, écoles…). Suppression qui s’ajoute aux coupes budgétaires et aux baisses de subventions.

Le 10 novembre de nombreuses manifestations ont été organisées sur l’ensemble du territoire pour dénoncer ce plan massif de licenciement. A Grenoble 150 personnes - surtout des jeunes - ont manifesté avec pancartes, banderoles, slogans divers pour dénoncer "un président qui se veut plus libéral que les libéraux" qui n’hésite pas à supprimer des dizaines de milliers d’emplois solidaires. Un exemple parmi tant d’autres : le Barathym, ce bar qui anime depuis cinq ans le patio de la Galerie de l’Arlequin (rencontres, accueil et animations notamment en direction des enfants, bar, repas à petit prix), est menacé, car ce lieu fonctionne avec notamment deux emplois aidés (animateur et cuisinière) qui sont supprimés. Des suppressions qui s’inscrivent dans toute une politique néolibérale brutale : recours massifs aux contrats aidés particulièrement précaires, CDD à bas salaires, temps partiels imposés, heures supplémentaires souvent impayées, ubérisation de l’emploi…

Et pendant ce temps là…

Oui, pendant ce temps là… les riches s’enrichissent de plus en plus. Le PDG de l’Oréal, Paul Agon, a touché 3 millions 982 000 euros en 2015, un peu plus en 2016. Au 1er semestre 2017, les 40 entreprises cotées en Bourse ont dégagé 52,2 milliards d’euros de bénéfices. Et - cerise sur le gâteau : Emmanuel Macron - ce Président des riches - supprime l’Impôt sur la fortune ! Et ce n’est pas fini. Grâce au travail méthodique et acharné réalisé depuis plusieurs années par tout un consortium de journalistes ("Paradise Papers"), nous apprenons - on s’en doutait à vrai dire - que ces plus riches, auxquels il faut ajouter 13 ministres, conseillers et donateurs de Donald Trump, un proche de Justin Trudeau, Premier ministre canadien, deux ministres brésiliens, la reine d’Angleterre, et bien d’autres personnes dont des sportifs et autres artistes pratiquent allègrement l’évasion fiscale. Évasion et fuite organisées par des cabinets d’avocats experts en "optimisation fiscale" et qui sont en lien avec des paradis fiscaux.

Le plus incroyable est que ces transferts massifs de capitaux (350 milliards au niveau mondial, au moins vingt milliards pour la France, sans doute plus) dans ces lieux "off shore" sont paraît-il légaux ! Il s’agit de processus et de techniques sophistiquées d’"optimisation fiscale"… Tout simplement.

Mais dans quel monde sommes-nous ? Les gouvernements des grandes puissances ont évidemment une part importante de responsabilité : ils n’ont jamais déployé une réelle volonté pour s’attaquer à ces pratiques qu’on a le droit de qualifier de "mafieuses" toutes légales qu’elles soient. Mais c’est bien tout un système qui est ici en cause qui dépasse le niveau des pouvoirs politiques. Un système d’enrichissement extrême entretenu par les fonds de pension, ces milliers de gros actionnaires qui réclament, exigent des grosses entreprises une part sans cesse plus grande des bénéfices. C’est à nous citoyen.ne.s de nous appuyer sur le travail formidable d’enquête et de mise à nu de ce système mafieux d’extorcation de sommes énormes échappant au fisc pour exiger de nos gouvernements, de l’Union Européenne, de la Banque Mondiale, du FMI… des mesures énergiques pour rendre désormais impossibles ces détournements. "C’est insupportable !", a réagi le commissaire européen à la Fiscalité, Pierre Moscovici. On veut croire qu’effectivement les gouvernements des grandes puissances et l’Union Européenne ne supporteront plus ces vols monstrueux… A nous d’exercer une pression de plus en plus forte…Mais plus globalement c’est tout un système capitaliste auquel il faut s’attaquer, un système de concentration accélérée des richesse entre les mains d’une minorité, que ce soit en France, en Europe, dans le monde, pendant que des milliards de personnes sont victimes de la malnutrition, de la pauvreté, du chômage…

Article publié dans Inter-Peuples n°261, décembre 2017

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