Décembre 2017, frontière italienne, toute la barbarie et toute l’humanité du monde !

Publié le : , par  Roseline Vachetta

Un paysage de rêve, une vraie carte postale de Côte d’azur : ciel d’hiver d’un bleu parfait, mer juste assez agitée pour donner une forte impression de vie, et pour couronner le tout, très jolie petite gare paisible, traditionnelle comme un conte de Provence. Impression qu’ici rien de vraiment grave ne peut arriver, que c’est comme cela depuis et pour toujours.

Mais c’est la gare de Menton Garavan. Mais ces temps-ci, c’est le pire qui arrive. En effet, c’est ici, que pour les indésirables, les clandestins, les "sans titre d’entrée sur le territoire valide", le voyage s’achève, que l’espoir de commencer enfin une autre vie s’évanouit. C’est ici que, par connivence entre un préfet de France et des autorités italiennes, dans un lieu de rétention et selon une procédure qui n’existe pas, des centaines de personnes sont retenues quelques heures ou une nuit, jusqu’à l’heure du prochain train qui les ramènera en Italie. C’est totalement illégal puisque le droit de pouvoir déposer une demande d’asile leur est refusé. Plus loin, vers la vallée de la Roya ou encore plus loin vers Briançon, des migrants, parfois mineurs, ont été renvoyés à pied à travers les montagnes particulièrement abruptes et déjà très enneigées. le comble de l’inhumanité !

Menton, le 16/12/2017
Plaque "En mémoire de tous les migrant.e.s tué.e.s par cette frontière à la recherche d’un refuge sur le chemin de l’exil".

Nous étions 1000 à Menton. ce 16 décembre à écouter des témoignages terribles. Comme celui de ces cheminots syndicalistes qui ont écrit au président de la SNCF leur colère devant ce qu’ils voient et leur refus d’être utilisés comme auxiliaires des forces de police. Pour dire qu’ils n’acceptent pas le sale boulot qu’un Etat indigne veut leur faire jouer, que leur métier c’est de permettre aux voyageurs de circuler pas de les bloquer. Ou le témoignage de ces migrants qui ont risqué mille fois la mort pour parvenir en France plutôt que d’être tués dans leur pays et qui affirment, et on les croit, qu’aucune police, qu’aucune armée du monde ne les fera revenir en arrière. On écoute aussi avec attention toutes celles et tous ceux qui font reculer la barbarie de cette frontière par leur accueil, leurs accompagnements, les risques qu’ils prennent en allant chercher des personnes dans la montagne, et ceux qu’ils courent avec la répression policière et judiciaire. Il s’agissait pour nous d’aller sur la frontière pour dénoncer ce qui s’y passe en terme d’inhumanité, de contester fermement les politiques, dont celle de Macron, qui organisent ce rejet, et d’apporter notre solidarité aux migrants, ces "aventuriers" comme les nomme René de l’association Roya citoyenne, ainsi qu’à leurs soutiens locaux, poursuivis pour cause de solidarité. Une minute de silence a été respectée à la mémoire de tous ceux, toutes celles qui sont morts dans cette mer.

La Coordination des Sans-Papiers 75
A Menton, le 16 décembre 2017

Le maire de droite, Jean Claude Guibal, qui tient la mairie d’une main de fer depuis un quart de siècle avec son clan familial et à coups de clientélisme parfaitement assumé, avait pour l’occasion mobilisé massivement ses policiers municipaux, accompagnant un grand nombre de CRS et policiers en civil. La veille, il s’était également fendu d’une lettre aux citoyens au sujet de tous les inconvénients, notamment en terme de circulation, qu’ils allaient devoir subir tout au long de la journée. Le tout dans un climat politique nauséabond : l’opposition municipale la plus forte est celle de l’extrême droite (plus de 27% des suffrages aux dernières élections). Des affiches de guerre civile particulièrement haineuses, non signées, placardées sur les murs de la ville, dénonçaient "un rassemblement de casseurs d’extrême gauche en soutien aux clandestins" et affirmaient que "Menton ne serait pas un deuxième Calais". Eh oui, nous sommes des casseurs, des casseurs de murs, de frontières, de lois injustes et nationalistes, d’idéologies racistes. Car comme le criaient nos slogans "pierre par pierre et mur par mur nous détruirons leurs frontières".

A bas toutes les frontières
Menton, le 16/12/2017

A Menton nous étions nombreux, venus de plusieurs villes et régions, des collectifs unitaires de solidarité de Paris, Strasbourg, Montpellier, Valence, Avignon, Grenoble, Romans, Annecy, Chambéry... des associations comme l’UJFP, des militants des syndicats FSU/CGT/Solidaires, quelques partis aussi, EELV, PC, Ensemble, FI, NPA...
Nous savons que cette journée du 16 décembre sur la frontière italienne, à Menton, Briançon et au col de l’échelle, ne suffira pas à ouvrir les frontières, à obtenir la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous, alors nous allons continuer, parce que l’humanité doit l’emporter sur la barbarie !

Article publié dans Inter-Peuples n°262, janvier 2018

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