Évolution politique, sociale et économique de l’Algérie depuis 1962 Les déboires d’un développement contrarié

Publié le : , par  Marc Ollivier

Au cours de cette soirée-débat du 6 décembre 2012, Marc Ollivier a d’abord accueilli les participants et le public en insistant sur le sens que nous avions voulu donner au programme d’évènements culturels organisé par le CIIP tout au long de cette année du 50ème anniversaire : « quelles mémoires et quels espoirs partager entre démocrates algériens et français ? ».
Il a ensuite rappelé ce qu’avait été en 1962 le "choc de la fin du colonialisme", très spectaculaire en Algérie, où la colonisation avait été particulièrement prégnante pendant plus d’un siècle et la guerre de libération particulièrement meurtrière, notamment lors des attentats criminels de l’OAS en Algérie et en France.
Le choc de l’indépendance en a été d’autant plus fort : impact de l’abandon des "biens vacants" par les possédants dans tous les secteurs (domaines agricoles, industries, logements, écoles etc...), départ des 4/5 des Européens, niveau très faible de la scolarisation et des formations techniques dans la population algérienne, militarisation du pouvoir politique dès les premières semaines de l’indépendance etc...
Les deux intervenants invités, Rolande Borrelly et Ahmed Dahmani, ont ensuite présenté l’évolution politique et économique de l’Algérie depuis 1962.

Cette soirée s’est tenue devant un public dont plus de la moitié étaient Algériens. Et ce qui est plutôt rare, ils ont activement participé aux débats.

Ahmed Dahmani,premier intervenant, a rapidement retracé l’évolution spécifiquement politique du pays, mettant en lumière le rôle prépondérant assumé par l’ANP (armée nationale populaire) et le caractère autocratique du régime de parti unique mis en place par Ahmed Ben Bella et continué par son successeur Haouari Boumedienne, qui ont pu, en s’appuyant sur une volonté d’indépendance nationale soutenue par la population, lancer et poursuivre pendant quinze à vingt ans un processus de développement économique et social autocentré dans le cadre d’un secteur public et de « sociétés nationales » encadrées par des objectifs planifiés.
Il a ensuite retracé les conditions de l’accession au pouvoir du président Chadli Benjedid, choisi par les chefs militaires, qui s’est appuyé sur les forces naissantes d’un secteur privé créé sur les marges d’un secteur public jusque là seul moteur efficace du développement. Une inflexion politique qui, dans le contexte de l’endettement et des pressions du FMI, a conduit aux révoltes de la jeunesse en 1988 et à la fin du parti unique.
C’est dans ce nouveau contexte politique que les dirigeants de l’armée, appuyés sur les cercles enrichis par la corruption dans le secteur commercial, par les privatisations et la dilapidation des biens publics, ont cru possible de contrer les aspirations démocratiques populaires en favorisant l’émergence de l’islam politique. Une stratégie qui a entraîné l’Algérie dans une décennie de guerre civile et dans un chaos politique, économique et social dont elle n’est pas sortie jusqu’à aujourd’hui.

Rolande Borrelly a ensuite décrit les étapes parcourues par les politiques économiques successives qui ont débouché, après la période de l’ « ouverture » aux importations de biens de consommation et du contre choc pétrolier des années 80, sur la soumission aux pressions du FMI et la domination des théories et des stratégies néo-libérales dans l’Algérie d’aujourd’hui.

Les débats ont porté, de la part des Algériens présents, sur le rappel de la culture des assassinats au sein du FLN pour régler les problèmes politiques, sur l’importance du mouvement kabyle pour initialiser les contestations sociales des années 80, et sur l’impact du contexte international sur l’histoire de l’Algérie indépendante : les mouvements de libération nationale, les stratégies d’acteurs dans les échanges pétroliers, le renforcement de l’Islam politique après la révolution iranienne de 1979, et l’implosion de l’URSS.

Malheureusement l’économiste d’Alger qui était invité à participer à cette soirée, Abdeltif Rebah, n’a pas obtenu de visa de la part des autorités consulaires françaises, malgré un message adressé par notre présidente Françoise Raynaud à l’ambassadeur. Il nous a fait parvenir ses deux articles les plus récents, que nous avons dupliqués pour les mettre à disposition des participants à cette soirée. Ils sont disponibles au CIIP.
Nous recommandons particulièrement à nos lecteurs son ouvrage « Économie algérienne : le développement national contrarié », INAS éditions, Alger 2011 (avec une préface de Rolande Borrelly).

Ce débat ouvert et passionné, tout en restant respectueux de tous les intervenants, a permis de clore notre programme de l’année consacré au 50ème anniversaire de l’indépendance algérienne en mettant en lumière les multiples problèmes qui entravent les aspirations de la population algérienne à de meilleures conditions de travail et à une vie pleinement démocratique. Ce programme a montré la force des liens humains qui se perpétuent entre Français et Algériens ainsi que la place prise par les Franco-Algériens de toutes origines, européennes ou maghrébines, dans le renforcement de ces liens. Ils seront évidemment un terrain favorable pour que le CIIP poursuive ses actions de solidarité avec l’Algérie.

Compte-rendu de Marc Ollivier

Algérie : 50e anniversaire de l’indépendance

AgendaTous les événements

août 2017 :

Rien pour ce mois

juillet 2017 | septembre 2017