Et si votre fourchette décidait du sort de la planète ?

Publié le : , par  Jo Briant

Savez vous qu’aujourd’hui 75% des terres agricoles dans le monde servent à élever du bétail ? Autrement dit, au lieu de nous bénéficier directement, ces cultures nourrissent des bêtes qui serviront ensuite à nous nourrir sur fond de surconsommation de viande. La consommation de viande de boucherie (bœuf, porc, veau, agneau et viande chevaline) s’élève, en France, à environ 230 grammes par jour par personne adulte. Il suffirait de réduire notre consommation de protéines animales par deux pour nourrir deux milliards de personnes supplémentaires sur Terre. Mais surtout, la consommation de viande et l’élevage destiné à l’alimenter représentent la principale source d’émissions de CO2 sur la planète, devant les transports. La surconsommation de viande entraîne la mise en place de cheptels de bêtes un peu partout sur Terre. Selon les calculs de AsapSCIENCE, 25 milliards de poulets, 1,5 milliard de vaches, et un milliard de moutons et de cochons foulent le sol terrien.
Une telle surconsommation – surtout en Occident- implique premièrement de raser des forêts entières pour les transformer en zones de pâturage. Or, l’impact de cette déforestation a des conséquences catastrophiques sur la biodiversité et sur le climat. Le bétail nécessite également des quantités excessives d’eau tout en polluant les milieux aquatiques (cf. les rivières bretonnes sur-nitratées suite à l’élevage porcin intensif).

Dans de nombreux pays, l’élevage contribue à la déforestation - voir la forêt amazonienne dont la superficie diminue constamment et dramatiquement pour faire place à l’élevage bovin… pour répondre à notre surconsommation de viande. Ce qui entraîne par ailleurs l’expulsion souvent violente des petits paysans et des populations autochtones. Ou, ce qui revient au même, pour produire des cultures - très souvent du soja - qui sont ensuite utilisées pour nourrir les animaux. En Amazonie, près de 65% de la déforestation est due à l’élevage. Le soja est utilisé sous forme de tourteaux ou de farine qui servent à nourrir nos vaches laitières, cochons et volailles. Le Brésil est ainsi le premier exportateur mondial de bœuf. La France est un importateur important de soja (plus de 2 milliards de tourteaux de soja brésilien !). C’est aussi le produit de tout un modèle libéral productiviste à la fois national (brésilien) et mondial que veulent imposer les multinationales de l’agro-business mais aussi les États-Unis, le Canada et l’Union Européenne notamment à travers les Accords de libre échange TAFTA et CETA.

Cette déforestation à grande échelle nuit à la biodiversité, mais aussi au climat : elle entraîne d’importantes émissions de gaz à effet de serre (en relâchant le CO2 emprisonné dans les sols et la végétation et en empêchant de capter du CO2 à l’avenir)… émissions qui contribuent à exacerber le changement climatique. Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, l’élevage représente 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre, soit autant que le secteur du transport. Décidément, oui, notre fourchette décide bel et bien du sort de la planète, dans un sens négatif. A chacun.e d’entre nous, à nous tous et toutes de rompre avec la surconsommation de viande, personnellement, mais aussi au niveau des écoles, des cantines, des cuisines collectives. Et de faire pression auprès de l’agrobusiness et de notre gouvernement. Quand le réchauffement climatique est directement lié à notre mode de consommation… et au modèle agricole dominant.

Article publié dans Inter-Peuples n°262, janvier 2018

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