Ahed Tamimi, une icône très menacée

Publié le : , par  Gilles Vinçon

Emblème de la fierté et du courage du peuple palestinien qui résiste au joug d’un état colonial, Ahed Tamimi représente les centaines d’enfants et d’adolescents qui croupissent dans les prisons israéliennes. Elle risque plusieurs années de prison à cause de ses séquences filmées où elle gifle des soldats lourdement armés, mais aussi pour des paroles tenues et publiées sur le net, et que ses accusateurs voudraient faire passer pour des appels au meurtre, en assimilant injustement l’adolescente à une terroriste.

Après la déclaration de Trump concernant la reconnaissance américaine unilatérale de Jérusalem comme future capitale d’Israël, et sans reconnaissance des droits des Palestiniens sur cette même capitale (paroles incendiaires condamnées par toutes les instances internationales), Ahed a tenu les propos suivants que certains utilisent pour ternir son image de résistante pacifique : "Parce que Trump doit être tenu responsable à cause de la décision qu’il a prise pour toute réaction palestinienne, que ce soient des attaques au couteau, des opérations de martyrs, des jets de pierres, tout le monde doit agir pour que nous puissions ainsi nous unir et permettre de faire passer notre message comme il convient, et atteindre l’objectif qui est la libération de la Palestine, si Allah le veut".

Ahed explique ainsi que toutes les réactions palestiniennes (violentes ou non violentes) qui ont suivi la déclaration scandaleuse de Trump sont des conséquences de cette déclaration et que Trump doit donc en être tenu responsable. Elle conclut son message en disant que tout le monde doit agir et s’unir pour permettre la libération de la Palestine. Mais le site pro israélien Info Equitable détourne cet appel de la façon suivante : "Sous les boucles blondes se trouve une activiste qui appelle à commettre des assassinats, à faire couler le sang par tous les moyens possibles." [1]

En septembre dernier, à Bruxelles, au Parlement européen Ahed Tamimi a déclaré : "Le monde doit reconnaître la cause palestinienne. L’occupation n’est pas seulement le vol de terres. Nous nous opposons au racisme, au sionisme, à tout le système d’occupation et pas seulement aux colonies." Le même site Info Equitable renchérit de la façon suivante : "Quand Ahed Tamimi parle de libérer la Palestine, elle proclame sa volonté d’éradiquer Israël. Et elle promeut pour ce faire les attentats contre les civils juifs, qui sont tous à ses yeux des colons". Et ce même site conclut ainsi son article : "Les journalistes qui présentent Ahed Tamimi comme une icône de la résistance palestinienne ne peuvent ignorer que cette "résistance" est une guerre totale contre l’existence d’Israël en tant qu’Etat du peuple juif. Ils savent qu’Israël ne poursuit pas seulement l’activiste pour ses mises en scène, mais aussi pour son incitation à la violence qui touche des centaines des milliers de personnes sur les réseaux sociaux et peut susciter des vocations. Des vies sont en jeu." [2]

Suivant la même rhétorique, le porte-parole de l’ambassade d’Israël en France, Shimon Mercer Wood, va encore plus loin dans la calomnie. Dans un article du journal "L’Actu" destiné aux jeunes français, le 6 février 2018, il dit : "Ahed Tamimi a appelé "tout le monde" à "faire quelque chose" pour la Palestine, que ce soit "avec des couteaux, des attentats suicides ou des pierres". Elle a incité à commettre des actes terroristes dans un message vu par des dizaines de milliers de Palestiniens. C’est l’arme la plus dangereuse !."

Le poids de ces paroles incendiaires est fait pour influencer l’opinion publique israélienne et internationale pour qu’elle accepte une punition exemplaire au procès d’Ahed.

Mais en fait, l’arme tant redoutée par le gouvernement israélien d’extrême droite n’est pas la violence supposée d’Ahed, mais son extraordinaire popularité qui en fait l’icône de la résistance palestinienne non violente ! Ces dirigeants, oppresseurs du peuple palestinien, voudraient faire passer Ahed pour une terroriste et ainsi la discréditer.

Heureusement, tout le monde n’est pas dupe de cette supercherie et même une grande partie de la jeunesse juive américaine (IfNotNow) se solidarise avec Ahed, héroïne de la résistance palestinienne à l’occupation de la Cisjordanie. La jeune Ariela, porte-parole de ce mouvement dans Teen Vogue, lui fait ainsi un éloge vibrant : "Il y a un changement qui s’opère dans notre communauté, et notre génération est à l’avant-garde, prête à faire entendre sa voix sur l’injustice de l’occupation israélienne", "Les jeunes juifs américains appliquent les valeurs juives que nous avons apprises à l’école hébraïque et aux dîners de Shabbat : nous devons respecter, protéger et honorer non seulement les Juifs, mais aussi les Palestiniens. Nous voulons envoyer un message à Ahed pour lui dire que nous sommes avec elle, que nous sommes inspirés par elle et que nous luttons pour sa liberté [3].
A l’appel de IfNotNow, des manifestations en soutien à Ahed ont eu lieu à Washington, New-York, Boston, San Francisco, et l’organisation lui a envoyé près de 1000 messages d’anniversaire pour soulager sa détention. N’est-ce pas cette solidarité lucide et généreuse qui fait le plus peur aux dirigeants israéliens qui nient au peuple palestinien le droit d’avoir un pays à eux, reconnu de tous, et le droit d’être libre ?

Le célèbre artiste irlandais Jim Fitzpatrick considère Ahed comme l’icône féminine de la résistance à toute forme d’occupation. Il la compare même au Che Guevara, icône masculine. "Pour ma part, en choisissant la lutte non violente, elle suit les traces de l’illustre Gandhi".

A cette fresque magnifique, il joint cette dédicace : JPEG "Pour moi, Ahed Tamimi est synonyme de noblesse face à l’oppression", "d’où qu’elle tienne son courage, celui-ci résonne dans le monde entier". "Des voix puissantes demandent son exécution, un ministre a suggéré qu’elle soit incarcérée à perpétuité", "J’ai peur qu’elle ne soit tuée et c’est pour cela que j’ai fait ce dessin" (Jim Fitzpatrick)

Enfin l’immense popularité d’Ahed se mesure aussi à la taille et au dynamisme de la pétition toujours ouverte en son soutien (presque deux millions de signatures sur Avaaz) ou Liberté pour Ahed Tamimi - Amnesty International France. Ces deux pétitions peuvent influer en sa faveur, veuillez donc les signer et les faire suivre avant que le procès n’ait lieu.

Pour en savoir plus sur Ahed, lire l’article paru dans Le Monde : "Ahed Tamimi, figure familière de la résistance palestinienne"

Nous qui militons pour un monde juste et meilleur, nous pouvons tous dire d’elle : Ahed c’est moi !

Le 3 mars 2018

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