Fonds vautours : ces ailes de la dévastation financière

Publié le : , par  Jo Briant

Elles s’appellent Intrum, Cabot, ou encore Arrow… Si vous avez déjà eu une facture impayée, auprès d’un opérateur de téléphonie ou d’une société de crédit, peut-être avez-vous eu affaire à l’une de ces sociétés de recouvrement et à leurs méthodes agressives. Nées en Scandinavie, puis implantées en Grande-Bretagne et aux États-Unis dès les années 1975-1980, elles montent en puissance depuis la crise financière des années 2007-2008, qui a plongé des populations entières dans la pauvreté. Au point que leurs profits se chiffrent désormais en centaines de millions d’euros. Grâce à la campagne internationale lancée par le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM), on connaît l’action néfaste des fonds vautours à l’égard des dettes souveraines contractées par les États : ils achètent des titres de cette dette souveraine à prix bradés (5 à 20% de la valeur initiale des titres), avant de recourir à des tribunaux pour récupérer un maximum d’argent. Le même type d’activité est en plein développement dans le domaine des dettes contractées par les particuliers. Il faut dire que les possibilités d’expansion sont énormes, car en Europe le volume des crédits privés en suspension de paiement s’élève à 1000 milliards d’euros. Avec l’appauvrissement des classes populaires, le volume des défauts de paiement des dettes des ménages et des micro-entreprises va inéluctablement augmenter.

Jean Ziegler, sociologue et écrivain militant suisse bien connu, cite l’exemple dramatique d’un pays africain, le Malawi, montrant ainsi que les fonds vautours tuent. En 2002, suite à une sécheresse effroyable, la famine provoqua la mort de dizaines de milliers de personnes au Malawi. Sur les 11 millions d’habitants de ce pays du sud-est africain, 7 se sont retrouvés gravement sous alimentés. Le gouvernement était dans l’incapacité de venir en aide aux victimes, puisque quelques mois auparavant, il avait dû vendre sur le marché ses stocks de réserve de maïs (40 000 tonnes !) pour payer un fonds vautour, qui avait obtenu, devant un tribunal britannique, la condamnation du Malawi au versement de plusieurs dizaines de millions de dollars…

Ils ciblent en priorité les pays en situation de grande faiblesse

On aura compris que les "fonds vautour" prospèrent systématiquement sur la misère des particuliers et l’endettement des pays du Sud et même du Nord à l’exemple de la Grèce. Leur plan de bataille : Cibler des États en grave difficulté financière, notamment les pays du Sud, déjà surendettés suite à des rapports de domination et d’exploitation entre eux et les pays du Nord, en rachetant ces dettes sur des marchés secondaires… sans avertir les États débiteurs ! Ceux-ci sont alors incapables d’entamer des procès longs et coûteux contre ces fonds vautours qui attendent patiemment que la situation financière de ces pays pauvres s’améliore un peu… pour les poursuivre en justice afin d’obtenir le remboursement de la valeur totale de la dette, majorée des intérêts et des pénalités de retard. Selon Jean Ziegler, vice-président d’un Conseil ad hoc des Nations Unies, le taux de rendement obtenu par les fonds vautour est entre 300% et 2000%, frais de justice mis à part.

Mais face à ce processus de vol et de dépossession massif, des mouvements sociaux, dont le CADTM, remettent en question le paiement des dettes illégitimes et la pratique monstrueuse des fonds vautours. Une pratique attaquée par un gouvernement – le gouvernement belge, en juillet 2015- qui interdit désormais aux banques "vautours" de percevoir un remboursement supérieur au prix déboursé pour racheter le titre de créance. Un volontarisme législatif dont on aimerait qu’il se généralise, qu’il soit adopté notamment par le gouvernement français. Le CADTM a lancé en 2017 tout une campagne pour sensibiliser le grand public à ces prédateurs et faire pression sue les gouvernements, l’Union Européenne, les États du Nord pour l’adoption de textes et de lois barrant la route à ces fonds vautours. Une urgence et un impératif absolus…

Fonds vautours : les ailes de la dévastation - AVP N°73 - 4° trimestre 2017 {JPEG}A lire, le numéro des "Autres Voix de la Planète", la revue du CADTM :
Fonds vautours : les ailes de la dévastation - AVP N°73 - 4° trimestre 2017, 96 p.
Dossier comportant une introduction et 3 chapitres :

  • Introduction : les riches contre les peuples par Jean Ziegler ;
  • Les fonds vautours et leur monde ;
  • Le festin des fonds vautours - Études de cas ;
  • Quels remèdes contre les fonds vautours et leurs complices.
    Illustrations ; encarts.
    Les fonds vautours sont des fonds d’investissement spéculatifs, enregistrés dans les paradis fiscaux et qui sont spécialisés dans le rachat de dettes largement en dessous de leur valeur nominale, avec pour objectif d’engranger des profits maximaux. Ces fonds spéculatifs sont la propriété d’individus extrêmement riches, qui comptent parmi les pires prédateurs du système capitaliste. Ils possèdent des milliards de dollars. Ils disposent de bataillons d’avocats capables d’engager des procédures de recouvrement sur les cinq continents, pendant dix ou quinze ans s’il le faut. Ces spéculateurs sont en mesure de ruiner un État comme on l’a vu pour l’Argentine. Ce dossier démonte les mécanismes de ce système dangereux et inique, quelques moyens de lutte sont évoqués dans le dernier chapitre.

Article publié dans Inter-Peuples n°265, avril 2018

Point de vue sur...

AgendaTous les événements

juillet 2018 :

juin 2018 | août 2018