Massacres de Sétif, Guelma, Kherrata en Algérie : sortir de l’oubli l’autre 8 mai 1945

Publié le :

Pour la seconde fois - après le 8 mai 2017 - le Collectif du 17 octobre 1961 [1] a appelé les Isérois à se rassembler le 8 mai dernier à Fontaine, devant la Mairie, pour ne pas oublier le massacre de milliers d’Algériens (entre 10 000 et 40 000 victimes) perpétré par la police et l’armée françaises à Sétif, Guelma et Kherrata.
Voici la déclaration de ce Collectif prononcée devant plus de 200 personnes.

La chute du régime nazi a été un événement considérable dans le monde entier, soulevant l’espoir d’un monde plus juste, respectueux des droits humains et des peuples. Cent trente mille soldats algériens et des dizaines de milliers d’autres soldats et de civils de pays colonisés ont participé à la lutte contre le nazisme au sein de l’armée française, les fameux "indigènes" de l’armée française.

C’est légitimement que de nombreux peuples pensèrent que le moment était venu d’obtenir l’égalité en matière de droits civiques et politiques. La réalité fut tout autre. Dans les pays colonisés par la France, les manifestations portant ces revendications d’égalité furent immédiatement réprimées (Indochine, Madagascar, Afrique subsaharienne, etc.). L’Algérie est une des figures emblématiques de ce manquement moral et politique.

Alors que l’Algérie est un département français, la célébration de la victoire des Alliés contre le nazisme le 8 mai 1945 est l’occasion pour les Algériennes et les Algériens de faire entendre les revendications d’égalité des droits et d’indépendance. A Sétif, des milliers d’Algériens manifestent et brandissent des pancartes "Libérez Messali" (Messali Hadj, leader nationaliste emprisonné), "Nous voulons être vos égaux", "A bas le colonialisme", "Vive l’Algérie libre et indépendante", et un drapeau qui deviendra le drapeau algérien. Des coups de feu sont tirés, le porteur de drapeau est abattu, provoquant la colère des manifestants. On comptera des dizaines de morts "européens" ce jour-là. La répression contre les Algériens durera des mois jusqu’au mois de septembre et sera féroce : 10 000 à 40 000 victimes selon les historiens, à Sétif, Guelma et Kherrata.

C’est un véritable massacre et un crime d’État : il s’agissait pour le pouvoir français de l’époque de maintenir à tout prix l’Algérie sous domination coloniale. Les auteurs de ce massacre délibéré de populations civiles n’ont d’ailleurs jamais été inquiétées.
Ce massacre marque pour beaucoup d’historiens le début de la guerre d’Algérie. Cet événement tragique a été occulté par tous ceux qui veulent masquer la réalité du colonialisme, faite de violence et d’oppression.

Le refus d’entendre l’aspiration légitime des Algériennes et des Algériennes à être maîtres de leur destin a conduit à une guerre cruelle, dont l’issue a été la destruction de l’ordre colonial et la reconnaissance de l’indépendance algérienne, guerre dont le prix humain et matériel fut considérable pour les populations algériennes et les Européens d’Algérie.

Les enseignements du 8 mai de Sétif, Guelma et Kherrata doivent être tirés

L’actualité est marquée par l’ampleur de la répression, l’horreur des massacres et les destructions que subissent les populations en Syrie, au Yémen ou en Palestine. Il est urgent d’entendre qu’aucune paix durable ne peut se bâtir sans respecter les droits des peuples à maîtriser leur destin. L’occultation ou la négation des crimes coloniaux d’hier expliquent la permanence des discriminations d’aujourd’hui. Alors que la xénophobie et la haine de l’autre sont prônées par les nostalgiques de l’ordre colonial et de la collaboration nazie, il est urgent de comprendre que notre avenir est commun et qu’il est essentiel de construire des ponts plutôt que des murs.
Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata font partie de l’Histoire de la France et de l’Algérie. Cette histoire commune doit être mise à disposition des nouvelles générations en France, en Algérie et en Afrique.

Nous demandons  :

  • La reconnaissance par l’Etat français des crimes commis lors du 8 mai 1945 dans la région de Sétif, Guelma et Kherrata ;
  • L’inscription dans les livres d’Histoire des crimes coloniaux commis contre les peuples : Algérie, Afrique (notamment à Madagascar), Indochine… ;
  • Une écriture partagée entre la France et l’Algérie de leur histoire commune ouvrant sur de nouvelles coopérations citoyennes.

Collectif du 17 octobre 1961

Article publié dans Inter-Peuples n°267, juin 2018

[1Collectif isérois qui se mobilise depuis de nombreuses années pour commémorer et ne pas oublier le massacre d’au moins 200 Algériens le 17 octobre 1961 à Paris (une plaque officielle a été apposée Place Edmond Arnaud le 17 octobre 2016) ainsi que, plus récemment, le massacre de milliers d’Algériens - entre 10 000 et 40 000 selon les sources - le 8 mai 1945 à Sétif, Guelma, Kherrata.
Il est composé de : Algérie au Cœur, Amal, ANPNA (Association nationale des Pieds Noirs Progressistes et leurs amis), ASALI, ATTLAS, CIIP, CTNE (Comité traite négrière esclavage), Coup de Soleil Rhône-Alpes, CSRA, MRAP, Ras L’Front.

Rencontres / débats

AgendaTous les événements

août 2018 :

juillet 2018 | septembre 2018