Qui sont les Touaregs ? Histoire, culture, revendications...

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  • Rencontre débat avec Abdoulaï Attayoub, responsable de l’association Temoust (de défense de l’identité et des droits des Touaregs)

    Soirée organisée par l’association Amazigh et le CIIP

    Grenoble, Maison du Tourisme
    rue de la République

Les Touaregs : une histoire mouvementée

Avant sa conférence, Abdoulaï Attayoub nous accorde une interview et nous précise le rôle de son association : "il est double. Tout d’abord faire connaître la culture touarègue, son histoire, les éléments de son identité, de ses racines berbères. Démarche de vulgarisation pour qu’ici en France nous nous imprégnions de la richesse de son patrimoine. Le second axe est complémentaire, il s’agit d’une fonction de lobbying auprès des instances politiques internationales - principalement les Nations Unies et l’Union européenne - afin de faire reconnaître les droits de ce peuple. Deux exemples récents illustrent notre action : tout dernièrement nous étions à Bruxelles afin de défendre la cause des Touaregs maliens dans le conflit armé qui se déroule dans ce pays. Par ailleurs, nous avons participé ce mois-ci à la rencontre d’Alta en Norvège, à l’initiative du peuple Sami, à la préparation des premières rencontres mondiales des peuples autochtones qui doit se dérouler l’an prochain".

Quel est le message principal que vous voudriez transmettre ?
Les Touaregs forment "un Peuple" et comme chaque peuple, il a le droit de décider pour ce qui le concerne, de s’autodéterminer, dans la diversité des peuples de la région. Il doit pouvoir s’épanouir, affirmer son identité : il s’agit d’une notion de reconnaissance politique et de respect culturel.

Et en ce qui concerne la situation actuelle au Mali ?
La solution se situe dans une double approche : il s’agit à la fois de trouver une solution dans le cadre d’une vision globale pour la population touarègue (estimée de quatre à six millions faute de recensement plus exhaustif, présente dans cinq pays -Lybie, Algérie, Burkina-Faso, Niger et Mali ; ces deux derniers pays regroupant environ 85 % de la population totale), car il ne peut y avoir de solution spécifique à chaque pays sans une approche globale. Mais par ailleurs, chaque pays à son propre cadre, ses données sociologiques, sociales, politiques, ethniques, chaque pays ayant des réalités différentes doit mettre en œuvre ses propres solutions. Donc une approche à la fois globale et ciblée pays par pays. Concrètement, au Mali, une autonomie de gestion est à définir, dans le cadre national.

Dans la conférence qui suivit, Abdoulaï Attayoub, retrace l’histoire de ce peuple "qui s’est senti trahi par le colonisateur qui a transformé l’organisation politique en place en créant de petites chefferies, a rattaché une partie de ce peuple à un pays en fonction de sa localisation dans le vaste territoire, alors que son souhait était de constituer un territoire touareg. Très peu de Touaregs ont été impliqués dans l’organisation des Etats".
Population discriminée, nomade, "guerrière pour survivre dans ce milieu hostile", Abdoulaï Attayooub, insiste sur les massacres perpétrés dans les années 70 et 90 par les armées maliennes et nigériennes à l’encontre des Touaregs lors de mouvements de reconnaissance de leurs droits (que d’autres appellent "rébellions"). Volonté d’une autonomie régionale dans une cohabitation avec les différentes ethnies, mais "l’Etat a le devoir d’assurer la sécurité de tous ses ressortissants et de les traiter sur un pied d’égalité, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui dans les différents pays, notamment au Mali." Il évoque aussi le lien identitaire touareg autour de leur langue, le tamasheq non reconnue dans les médias publics, la corruption endémique…
De nombreux Maliens participent à cette soirée et leur analyse diverge. Qu’il s’agisse de l’ambigüité des relations entre groupes Touaregs et islamistes dans la situation actuelle au Mali, de massacres également perpétrés par des Touaregs, des concessions faites au fil des ans sans que cela ne débouche sur une stabilité durable…
Un aspect fait unanimité : l’incidence de la colonisation. Le caractère artificiel des frontières nées de la décolonisation, les rapports entretenus par le colonisateur avec les Touaregs, les Maliens et les différents groupes ethniques de la région soutendus par des enjeux toujours actuels de portée économique et géopolitique… Une situation complexe aux intérêts et enjeux multiples.
Cette soirée n’a pas permis de trouver un accord entre les uns et les autres (ce n’était pas l’objectif), mais a offert la possibilité d’un débat -passionné et passionnant - ce qui est déjà un premier pas… Et comme l’indiquait un participant : ne faudrait-il pas envisager "une commission de réconciliation", comme cela fut le cas en Afrique du Sud, par exemple ?

Pour plus d’informations
 :
Site de Temoust : http://temoust.org/
"La France en guerre au Mali : enjeux et zones d’ombre", par l’association Survie, aux éditions Tribord (collection Flibuste)

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