Syrie : Maintenant on sait !

Publié le : , par  CIIP

édito été 2013

Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, l’a annoncé : "La France a désormais la certitude que le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises de façon localisée". Ce gaz, fabriqué en 1939 par la firme allemande IG Farben, a joué un rôle primordial dans la composition des gaz employés dans les chambres à gaz des camps de concentration. Sa détention et son utilisation sont interdites depuis 1993, il a une toxicité plusieurs centaines de fois supérieure à celle du cyanure. Il provoque le blocage d’une enzyme qui permet d’arrêter la stimulation incessante des muscles et des glandes. Ce qui entraîne des douleurs extrêmement vives et le blocage de la fonction respiratoire pouvant conduire à la mort.

Ce devait être la ligne rouge à ne pas franchir ! Mais l’ONU tergiverse : elle ne peut qu’avoir des "motifs raisonnables" de penser que ce gaz a été utilisé. Pourtant, dans son dernier rapport, elle parle de "crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, de massacres et de tortures qui sont devenus une réalité quotidienne en Syrie". Malgré les gesticulations, le silence des puissances occidentales est assourdissant !

Ces deux années de guerre ont déjà coûté la vie à 100 000 personnes, des milliers d’autres ont été blessées, des millions sont déplacées. Cette guerre est particulièrement inégale : d’un côté, une dictature qui peut compter sur la logistique et l’armement de la Russie et de l’Iran puis maintenant sur le Hezbollah, de l’autre des résistants qui ne reçoivent même pas l’aide humanitaire puisque les pays occidentaux la versent… aux organismes du régime qu’il distribue dans les zones qu’il contrôle !

Dans cette pénurie de tout, les dictateurs intégristes du Qatar et de l’Arabie saoudite monopolisent de fait l’aide concrète dans certaines zones libérées.

Dans ce contexte particulièrement difficile, la solidarité internationale a du mal à se frayer un chemin. Beaucoup pensent qu’entre une dictature construite depuis des dizaines d’années, s’appuyant sur des solidarités familiales et claniques, la corruption et l’enrichissement et une rébellion présentée comme islamiste par les médias dominants, il est bien difficile de s’y retrouver et d’organiser le soutien. Les blocages de l’information et la désinformation contribuent encore à brouiller une réalité complexe.

Et pourtant le peuple syrien se bat ! Il ne veut pas se faire voler sa révolution ! Il appelle à la solidarité.

Car il s’agit vraiment d’une révolution populaire portée par les plus pauvres et ils sont nombreux. En effet, depuis 2000, la politique économique libérale associée à une répression sauvage de toute mobilisation sociale et ouvrière a eu des conséquences terribles : 30 % de la population survit avec moins de 1 dollar par jour et 50 % du reste avec 2 !

Alors des habitudes de solidarité de base se sont prises : s’offrir des services manquants, partager les biens vitaux, s’organiser pour les transports, le logement, le ravitaillement... Aujourd’hui il existe des conseils locaux qui tentent de la manière la plus démocratique possible, pas facile en temps de guerre, de fédérer ces solidarités, d’organiser l’administration locale, selon des principes que nous partageons également : l’émancipation, l’égalité, la dignité et la justice sociale.

C’est cette volonté d’aller jusqu’au bout (le départ d’Al Assad et de sa clique), et d’inventer une société laïque, multiculturelle, démocratique et plus juste que nous devons soutenir. Faire connaître ces expériences, les populariser, lancer une campagne de solidarité d’ampleur pour les aider matériellement, c’est dans cette démarche que le CIIP s’est lancé !

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