La France en guerre au Mali : Enjeux et zones d’ombres

Publié le : , par  Jo Briant

Le 10 janvier 2013, François Hollande engage l’armée française pour enrayer une offensive de groupes armés qualifiés par lui de "terroristes", qui occupaient les deux tiers du pays, provoquant le soulagement compréhensible des Maliens. La propagande déployée par le gouvernement français et l’armée pour défendre le bien-fondé et la légalité de son "Opération serval", préparée en fait de longue date malgré les discours plaidant pour l’intervention d’une "force africaine", est alors relayée par la plupart des médias.
Ce livre synthétique et concis de l’association Survie – rédigé par une demi-douzaine de contributeurs – nous propose d’abord des repères historiques précis et précieux : conquête coloniale dans le sang, imposition d’une culture dominante, le coton, aux dépens des cultures vivrières, travail forcé. 1960 : indépendance, avec Modibo Keïta, socialiste, qui demande en vain le départ des troupes françaises, sort du franc CFA et crée le franc malien. 1968 : Coup d’Etat – suscité en sous-main par la France, par Moussa Traoré, retour du Mali en zone CFA, liens militaires rétablis. 1991 : nouveau coup d’Etat, Alpha Oumar Konaré est élu l’année suivante. 2009 : le Mali refuse de signer les accords de réadmission au Mali des immigrés Mali que la France veut expulser. 2010-2011 : prise d’otages français, dont l’un est tué, tourisme gravement affecté, intervention en Libye, chaos dans ce pays, dispersion d’arsenaux, trafic intense d’armes… Rappel : le Mali est l’un des pays les plus pauvres (dette écrasante, en partie odieuse…), intérêts économiques et miniers de la France, une minorité possédante corrompue incapable de "gérer" le pays et de faire face à l’implantation progressive de groupes armés dont certains sont effectivement "djihadistes".
Mais l’utilisation du paravent de l’ONU par la France, son rôle autoproclamé de "gendarme de l’Afrique", le recours à des forces supplétives de la Cedeao et du Tchad, les liens ambigus avec le groupe armé touareg MNLA, la marginalisation de fait des Maliens dans la conduite des opérations militaires et dans les décisions politiques, et les intérêts économiques français constituent autant de zones d’ombres ou occultées remarquablement analysées par les auteurs.
Des élections, à l’instigation notamment de la France, se sont déroulées à la mi-juillet 2013. Sans chiffres officiels, on loue une "importante participation", mais des centaines de milliers de Maliens étaient dépourvus de carte d’électeur, les réfugiés ont été privés de droit de vote, le taux de participation n’a pas dépassé 15% dans certaines régions, notamment à Kidal, fief des indépendantistes touaregs… Un avenir pour le moins incertain, surtout si on ne laisse pas le peuple malien l’édifier d’une façon autonome… A suivre.

Jo Briant

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