CAARC - Comité d’Action d’Aide aux Réfugiés Cabindais

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Le CAARC lutte contre la situation inadmissible du Cabinda, un territoire situé entre la RDC et l’Angola. Il lutte pour que le peuple cabindais retrouve sa liberté et contre l’occupation de l’armée angolaise. Il aide les réfugiés qui ont fui le Cabinda et le génocide en cours. Il cherche à sensibiliser l’opinion et faire découvrir aux Isérois le potentiel culturel du Cabinda, ses traditions, ses rites et son peuple.

Contact :
c/o Batila Joel
32 rue Henri Duhamel
38000 Grenoble
Tél : 06 79 01 67 04
Courriel : mbandu-refugies at wanadoo.fr
http://associationpourlecabinda.e-monsite.com/

Cabinda : Un génocide et un peuple oubliés  [1]

Connaissez-vous le Cabinda, ce petit pays situé entre l’Angola et la République démocratique du Congo, ex-colonie du Portugal et annexé arbitrairement par l’Angola en 1975 ? Savez-vous que le tiers de la population cabindaise a été jusqu’à aujourd’hui exterminé par l’armée angolaise, avec le silence et la complicité de la communauté internationale ? Ce sort inique et tragique rappelle étrangement celui du peuple timorais dont on se souvient que, ex-colonie portugaise, il a été occupé et « massacré » par l’armée indonésienne (également à partir de 1975). Il nous a paru urgent de faire connaître à nos lecteurs une situation totalement occultée par les médias.

Situation géographique et population

Le Cabinda est un territoire situé en Afrique centrale, d’une superficie de 10.000 km2 et d’une population de 600000 habitants, comparable numériquement à celle des Seychelles (671000 hab.), du Luxembourg (300000 hab.), de la Guinée équatoriale (343000 hab.). Le Cabinda est limité au nord par la République du Congo/Brazzaville, au sud et à l’est par la République démocratique du Congo/Kinshasa et à l’ouest par l’Océan atlantique (200 km de côte).
Capital : Tchiowa
Langues : Fiote ou Ibinda et Portugais

Les ressources
Le Cabinda est un territoire à vocation agricole. Le café, le cacao, le coton, le sisal, le maïs, la banane, le manioc, la noix de palme, cultures vivrières… sont les principales richesses agricole du Cabinda. L’élevage et la pêche y sont peu développés. Outre les productions agricole, le sous-sol du Cabinda regorge d’or, de diamant, de manganèse, de bauxite, de phosphate, d’uranium mais surtout de pétrole, dont la production journalière approche plus d’un million de barils par jour, ce qui lui vaut l’appellation de Koweït d’Afrique et qui fait son malheur. Dieu a béni le Cabinda mais le Pétrole l’a maudit.

Le Cabinda, des origines à nos jours
Le Cabinda est un pays issu des royaumes de Kakongo, de Ngoio et de Lango qui furent à l’origine des royaumes autonomes de l’ancien royaume du Kongo dia Ngunga ou Kongo ou Kongo dia Ntolila.
En 1500, ces trois petits royaumes s’émancipèrent et formèrent le Cabinda.
Après l’arrivée des Européens sur les rivages du royaume du Kongo au XVe siècle, le Cabinda, suite à sa position stratégique, était devenu un enjeu de convoitise pour les différentes puissances coloniales. Le Portugal, craignant de perdre le Cabinda a fait signer des traités aux chefs cabindais en 1883, 1884 et 1885, avant la Conférence de Berlin, réunion des puissances européennes pour le partage des colonies et des zones d’influence en Afrique.
Le 1er février 1885 fut donc signé le Traité de Simulambuco entre les princes cabindais et la couronne portugaise, conférant au Cabinda le statut de protectorat portugais ; cependant l’Angola était déjà une colonie portugaise depuis 1482.
En 1910, un coup d’État militaire met fin au règne du roi Manuel II et, en 1911, il y a proclamation de la République du Portugal qui se dote d’une nouvelle constitution.
En 1933, la nouvelle loi fondamentale portugaise maintient parmi ses provinces d’outre-mer la distinction entre Angola (une colonie) et le Cabinda (un protectorat).
1956 : pour des raisons de simple commodité administrative et de facilité de gestion, le Portugal rattache administrativement le Cabinda à sa colonie angolaise, sans consultation du peuple concerné, alors qu’il n’a aucune frontière commune avec l’Angola.
1963 : naissance du FLEC - Front de Libération de l’Enclave Cabinda. Avant l’annexion du Cabinda par l’Angola, le peuple cabindais ne s’était jamais soumis à la domination portugaise. Dans une perspective de libération de leurs populations sous la domination portugaise, les Cabindais s’étaient organisés au sein du Mouvement de libération de l’enclave du Cabinda (MLEC), du Comité d’action d’union nationale cabindais (CAUNC) et de l’Alliance du Mayombe (ALLIAMA). Pour mieux intensifier leurs actions, les trois mouvements fusionnèrent lors du Congrès de Pointe-Noire (Congo/Brazzaville) du 2, 3 et 4 août 1963 pour donner naissance au FLEC.
1964 : lors du 2e Sommet du Caire de l’Organisation de l’Unité africaine, la question du Cabinda est de nouveau posée, conformément au programme de décolonisation de l’Afrique qui reconnaissait le Cabinda comme le 39e État africain à décoloniser tandis que l’Angola est le 35e.
10 janvier 1975 : signature des accords d’Alvor entre le Portugal et les mouvements de libération de l’Angola (UNITA ; MPLA et FLNA) ; Le Cabinda est annexé à l’Angola, violant ainsi le droit international qui reconnaît au peuple cabindais sa souveraineté et son droit à l’autodétermination. Les Cabindais manifestèrent leur indignation totale contre ces accords et déclarèrent nul et non avenue une telle annexion.
Novembre 1975 : le Cabinda est occupé militairement par l’armée du MPLA à partir de Pointe-Noire au Congo/Brazzaville avec l’aide soviéto-cubaine. Le Cabinda devient donc 18e province d’Angola. Avec cette invasion, le peuple cabindais va connaître un drame sans précédent.

"Pour un peuple, le pire des dénis de justice n’est pas seulement d’être écrasé, mais quasi effacé de la mémoire universelle par une propagande hégémonique qui le voue aux poubelles de l’histoire" François-Xavier Verschave

La situation de la guerre au Cabinda n’est pas un secret malgré l’absence totale d’information et de réaction de la part de la presse et de la Communauté internationale. L’armée angolaise mène une guerre sanglante contre les populations cabindaises. Celles-ci vivent dans la terreur constante. Les droits de l’Homme sont constamment bafoués, les exécutions sommaires, les actes de barbarie tels que viols, mariages forcés d’enfants de 8, 9, 10 ans…, etc. sans oublier les pillages et les villages détruits (plus de 150 villages disparus de la carte du Cabinda). En somme, l’armée du MPLA mène une politique de la terre brûlée. Cette situation s’est aggravée depuis 2002, après l’assassinat du leader historique de l’UNITA, le Dr. Johnas Savimbi par le MPLA ; cette mort était suivie d’un accord de cessation des hostilités entre le MPLA et l’UNITA. Conséquence de ses accords de paix, au Cabinda, le MPLA a multiplié l’effectif militaire jusqu’à atteindre un nombre sans précédent, dépassant 50.000 soldats munis d’armes modernes très sophistiquées pour mieux massacrer leurs victimes. En septembre 2002, une opération de grande envergure - baptisée Vassora (Nettoyage) - était lancée pour exterminer le maximum de populations. Cette opération est confirmée par le gouverneur actuel du Cabinda Monsieur Anibal Rocha au cours d’un entretien avec la presse angolaise. En décembre 2002, le MPALABANDA (Association civile du Cabinda qui travaille pour le respect des droits de l’Homme) sort pour la première fois un rapport intitulé « Terreur au Cabinda », puis en 2003 « 2003, année de douleur » et ainsi de suite. Tous ces rapports révèlent la plupart des crimes commis par l’armée du MPLA au Cabinda, sans oublier les victimes des mines anti-personnelles. Suite à ces dénonciations qui embarrassent le gouvernement angolais de José Ediaro dos Santos, le MPALANANDA est aujourd’hui banni au Cabinda et la plupart des responsables et membres de cette association sont poursuivis par la justice angolaise. En somme, suite à ce qui précède, le Front de Libération de l’Enclave de Cabinda (FLEC) mène une lutte de libération contre l’occupation militaire de l’armée angolaise (FAA) qui avait annexé ce pays en 1975. Depuis 31 ans, la population est victime d’une épuration ethnique, on déplore plus de 200.000 morts. Plus de la moitié de la population vit en exil dans les deux Congo et le Gabon. Actuellement, le pouvoir de Luanda, pour manipuler l’opinion publique internationale, a organisé un emblant d’accord de cessation des hostilités avec un petit groupe d’opportunistes cabindais, manipulé et façonné selon les appétits du pouvoir de Luanda tout en leur promettant un statut spécial pour Cabinda et des postes de responsabilité. Le FLEC, la société civile et l’Église, qui sont les représentants légitimes du peuple cabindais, ont tous été exclus de ce processus. Leurs réactions à toutes ces manœuvres ? Ils rejettent en bloc toutes négociations basées sur l’exclusion de tous les responsables politiques et civils. Ces accords sont donc nuls et non avenus. Par ailleurs, ils restent ouverts pour des négociations sincères et franches en présence des observateurs internationaux. Cependant, la lutte du peuple cabindais continuera jusqu’à ce que le pouvoir de Luanda reconnaisse son droit inaliénable à la liberté et à l’autodétermination reconnu par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948.

Conclusion  :

  • Le Cabinda est victime du néo-colonialisme de l’Angola. Ce conflit relève du Droit international de tout peuple à l’autodétermination.
  • Le Cabinda est victime d’une conspiration internationale avec la complicité des sociétés pétrolières oeuvrant au Cabinda : Chevron, TotalFina, Texaco, Agip…
  • Le FLEC lance un appel à la Communauté International, l’organisation des Nations Unies (ONU), l’Union africaine (UA), l’Union européenne (UE), la Ligue des Pays Islamiques, la Ligue œcuménique des Églises chrétiennes, aux ONGs et amis du Cabinda, défenseurs des Droits de l’Homme, pour venir en aide à une population en voie d’extermination par le pouvoir congolais.
  • Il faut que personne ne puisse dire demain : on ne connaissait pas, on ne voyait pas et on n’entendait pas.

Joël Batila, responsable du CAARC (Comité d’action et d’aide aux réfugiés cabindais) et président du FCDP (Forum cabindais pour le Dialogue et la Paix)

[1Article paru dans Inter-Peuples, février 2007

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