À la découverte des Balkans…

Publié le : , par  Françoise Raynaud, Pierre Raynaud

Un bien beau voyage dans les Balkans que nous restituent Pierre et Françoise Raynaud. Une région magnifique, chargée d’histoire et de drames, qui essaie de panser les nombreuses plaies héritées notamment des guerres inter-ethniques qui ont déchiré cette région après l’éclatement de l’ex-Yougoslavie…

Pourquoi être allés aux Balkans ?
D’abord, nous continuons notre tournée à travers tous les pays d’Europe, actuelle et en devenir… Il nous restait cette partie que nous connaissions tous deux il y a des années par ce qui était alors la Yougoslavie ; Et Françoise avait connu l’Albanie il y a 40 ans ! mais depuis, que d’évènements ont bouleversé le paysage !!!
Et puis les Balkans, ce n’est pas n’importe quelle région ! Ce n’est pas banal que le déclencheur des hostilités pour les deux guerres mondiales s’est situé dans ce coin ! Pour la première guerre, le prince héritier austro-hongrois François Ferdinand a été assassiné à Sarajevo par un nationaliste serbe, ce qui a fait réagir très fortement l’Autriche, soutenue par l’Allemagne, et la France est entrée dans le jeu contre cette alliance… Pour la deuxième guerre, ce fut l’assassinat à Marseille du roi des Serbes, Croates et Slovènes, Alexandre 1er, qui a provoqué le successeur royal à faire alliance avec Hitler qui a envahi la Yougoslavie.
Hélas ces guerres fratricides dans les années 90 ont réveillé ces rivalités, oppositions, entre toutes ces identités si différentes, arrachées entre l’Orient et l’Occident… Car ici se sont depuis longtemps développées toutes les convoitises de la part des uns et des autres. Dès le début de notre millénaire, les Empires d’Orient et d’Occident se sont arrachés des territoires. Puis les Slaves, les Serbes aujourd’hui, sont arrivés dès le sixième siècle… Les Byzantins ont dominé en leur temps, puis les Ottomans qui ont eu le pouvoir pendant 400 ans, convertissant la population par le porte-monnaie : les "non-croyants" payaient plus d’impôts que les musulmans ! Le fait d’être arraché entre ces religions, chrétienne et musulmane, et à l’intérieur de celles-ci des luttes sans merci (orthodoxes et catholiques) a même favorisé la création d’une religion particulière, les "bogomiles", qui refusaient toute Église… Au début du vingtième siècle, ce sont les Austro-hongrois qui ont imposé leur tutelle…
Aujourd’hui, les tendances sont nationalistes un peu partout. Nous avons été sidérés en Macédoine de découvrir la capitale, Skopje, hélas marquée par le terrible tremblement de terre de 1963, qui se reconstruit en son centre-ville par des gigantesques monuments à la gloire d’Alexandre le Grand et du grand libérateur des Ottomans au XVe siècle, Skanderberg ! Les drapeaux jouxtent les croix, notamment en Serbie ou Croatie !
Alors, en ce qui concerne les Balkans, ce n’est pas rien de s’y retrouver dans tout ce maillage de cultures, de luttes d’influence, de guerres, voire de haines féroces et barbares, entre communautés ! Nous avons essayé au mieux en circulant, visitant, lisant, discutant, allant dans les musées comme dans les églises, mosquées, dans les diverses contrées et quartiers… Serbie, Bosnie, Kosovo, Macédoine, Monténégro, Albanie, Croatie… Tant de réalités différentes sur un relativement petit territoire qui, avec la Slovénie mais à part l’Albanie, composait l’ancienne Yougoslavie formée par Tito dans son organisation des "partisans" contre les nazis. Passant d’un pays à l’autre, nous avons pu saisir les différents mondes, sans tout comprendre…
Disons tout de suite que nous avons bien "accroché" avec les Bosniaques, avec les Albanais aussi : des gens qui nous sont apparus très gentils, ouverts, accueillants, simples. Musulmans pour une très grande partie de ces deux pays, ils nous ont tellement contredit l’image qui est souvent colportée chez nous du monde de l’Islam ! Là, nous est apparu l’absence de sectarisme, de violence, de contrainte sociale dans la pratique de chacun, l’ouverture aux autres cultures. Nous nous sommes dits que ce n’est pas l’Islam qui est porteur de haine, de violence, de sectarisme, mais ceux qui instrumentalisent les religions. Les plus violents dans les conflits ont été les chrétiens (ou ceux qui se disent tels), et même entre catholiques et orthodoxes ! Les massacres perpétrés par les Serbes orthodoxes sur les Bosniaques musulmans ont été absolument ignobles ; nous nous sommes pénétrés de cette réalité à Srebrenica (le jour de l’Aïd) sur les tombes alignées par milliers des civils sauvagement éliminés. Comment oublier ??? Aujourd’hui en Bosnie, on ne peut circuler comme on veut ; partout c’est écrit "Danger de mort : mines !". Comment déminer tout un territoire, les milices et l’armée serbes ont semé partout… Les familles sont marquées à jamais, la reconstruction du pays paraît presque impossible ; Que dire du Kosovo qui ne peut vivre que sous la protection internationale ?
Les Croates catholiques n’ont pas de leçon à donner : leur indépendance, leur pouvoir, ont été acquis grâce à une alliance avec les nazis, en éliminant de leur population ceux qui étaient "différents" : juifs, Roms, Serbes… C’est le mouvement communiste, dirigé par Tito, aidé par les alliés, qui a permis de ramener l’ordre ; mais à la fin de ce régime, les dirigeants croates ont imposé l’indépendance et ont organisé une purification ethnique avec la terreur, des pillages, incendies, agressions, ce qui fit partir bien des "non-croates". Aujourd’hui, les musulmans doivent subir cette pression : d’énormes croix latines sont plantées bien en vue, surtout devant les mosquées…
Ici, la religion est un énorme facteur d’identité : on est Croate, donc catholique ; Serbe, donc orthodoxe… A Mostar en Bosnie, la ville est, d’un côté orientale, de l’autre occidentale. La ville a supporté l’outrage et en porte une marque terrible. Cette ville si belle (avec son fameux pont, heureusement reconstruit à l’identique !) donne un aspect de ville détruite, avec des images de guerre vingt après ! Les deux communautés vivaient jadis ensemble. Après tout ce qui s’est passé, elles ne se fréquentent plus.
Se reconstruire, chacun sait qu’il le faut. L’économie nous a semblé difficile, et la crise n’y aide certainement pas… Même si la Serbie et la Croatie semblent mieux s’en sortir, on a senti que les gens ne sont pas très optimistes. Pour la Croatie, c’est le tourisme qui est très porteur ; mais c’est quand même fragile…

Nous avons beaucoup aimé ce voyage, même si nous n’avons pas tout compris de cette complexité. Il faut dire que chaque État possède sa ou ses minorité(s), issue(s) des autres États voisins, voire ennemis… Les Serbes sont présents un peu partout, et en Bosnie il y a 2 entités qui se partagent le territoire (la République Sparska serbe et la Fédération de Bosnie Bosnie-Herzégovine musulmane et croate ) , ceci pour permettre que l’état bosniaque soit viable ; Les albanais sont majoritaires au Kosovo, alors que les serbes considèrent que c’est intégralement leur territoire… Mais l’Albanie et le Kosovo n’étaient qu’un seul pays dont le cœur était justement le Kosovo ! L’Albanie a fait son chemin "à part" des autres États balkans après la deuxième guerre mondiale, ayant vécu pendant quarante ans un régime communiste dur. Elle a donc échappé aux conflits d’il y a vingt ans, sauf qu’elle est particulièrement concernée par le Kosovo, où nous avons vu partout (et plus qu’en Albanie !) le drapeau albanais brandi sur les maisons, et même dans les cortèges des mariages !
Bien sûr, notre voyage a été aussi de merveilleuses rencontres, notamment en Bosnie et Albanie : Nous garderons en bon souvenir la visite d’une petite mosquée à Travnik en Bosnie, où le responsable nous a expliqué le sens de leur pratique religieuse qui est d’abord une affaire de conviction personnelle, qui fait que c’est l’affaire de chacun de boire de l’alcool, de faire le jeûne, l’essentiel étant ailleurs. De même, ces rencontres avec des Albanais vivant aujourd’hui en France venant spontanément vers nous pour échanger sur ce que nous découvrons de leur pays… Et puis, à Pristina, au Kosovo, nous avons eu la rencontre fortuite mais émouvante dans une librairie avec une femme vivant en Belgique : son mari était militant des droits de l’Homme et s’était réfugié à Bruxelles, où il a été assassiné ; aujourd’hui elle peut enfin revenir dans son pays… A Skopje, c’est avec un Somalien que nous avons pris un repas : vivant à Stockholm, il venait au mariage d’un camarade macédonien …
Nous avons aussi découvert des sites fantastiques. Le Monténégro offre des paysages superbes : dans le Nord, au Durmitor avec ces grands plateaux avec des lacs au milieu des montagnes autour desquels nous avons pu marcher. Et puis des endroits préservés comme la forêt primaire de Biogradka Gora. Dans le Sud, les fjords de Kotor sont impressionnants et d’une grande beauté… La Bosnie connaît aussi des contrées ravissantes, notamment en suivant la belle rivière Nevetna, aux couleurs étonnantes, ou le canyon de la Tara. En Macédoine, le Lac d’Ohrid est enchanteur, et nous avons pu écouter un concert de belle musique classique dans l’église Ste Sophie d’Ohrid, si belle avec ses fresques du XIIIème siècle…
Nous avons adoré l’ambiance dans les rues de Sarajevo, surtout le soir. Nous avons aimé l’ambiance aussi de Tirana, capitale de l’Albanie. Nous avons découvert des villes qui se reconstruisent une identité, comme Pristina au Kosovo, avec sa grande avenue piétonnière ; le vieux bazar de Skopje en Macédoine, avec sa forteresse, ses mosquées, a racheté l’image détestable de cette "ville nouvelle" réveillant les nationalismes qui se construit de l’autre côté de la rivière… Nous avons apprécié les maisons ottomanes de Girokastra en Albanie, toutes en pierre, en montant vers la Citadelle.. ; nous avons visité des sites anciens, notamment à Butrint, très près de la Grèce, où bien des civilisations se sont succédées…
Nous avons été très intéressés par le Musée historique national de Tirana, en Albanie, très complet sur toute l’histoire du pays depuis les origines jusqu’à la période communiste et les mouvements qui ont mis fin à ce régime, en passant par tout un endroit consacré à Mère Teresa : Celle-ci était albanaise, et en Albanie (mais aussi au Kosovo !) , il y a des "places Mère Teresa", des statues la représentant, une maison mémorial en pleine avenue centrale à Tirana, et même l’aéroport porte son nom !
Nous avons aimé aussi d’adorables mosquées comme celle de Tirana, magnifiquement décorée. Dans tous ces pays, on visite les mosquées, on vous y invite même, on vous prie de prendre des photos (pas dans les églises orthodoxes) ! Nous avons escaladé bien des citadelles restées souvent en bon état et nous offrant de magnifiques points de vue ; de jolis monastères orthodoxes nous ont ravis, toujours placés dans de très beaux endroits au milieu d’une belle nature.
Au retour, c’est la Croatie, plus connue pour les Européens, qui nous a offert ses côtes fantastiques, ses villes, particulièrement bien sûr la si belle Dubrovnik complètement et si bien reconstruite, mais aussi ses lacs de Plivitce, aux couleurs extraordinaires… Il faut dire que la Croatie s’est octroyée quasiment toute la côte adriatique des Balkans, avec 5790 km (y compris avec ses îles). La Bosnie a… 15 km de côte !!! (la Slovénie 50 km…).
Il faudra compter sur ces réalités dans la construction de l’Europe. Nous avons croisé, maintes et maintes fois, des "locaux" travaillant et vivant dans les pays européens mais revenant vers un retour aux sources. Ces peuples sont une composante de notre diversité !
Par contre, nous avons pu remarquer partout les derniers des derniers que sont les Roms, dans une situation vraiment pitoyable : ils sont rejetés ici comme là-bas, ce que nous avions déjà constaté en Roumanie, Bulgarie, et ailleurs… C’est un problème européen, auquel l’Europe dans son ensemble doit s’attaquer en appliquant la Convention Européenne des Droits de l’Homme…

En plein cœur de Sarajevo, une statue représente une personne en train de fermer le cercle (qui représente la terre) avec les colombes de la paix. Dessous, il est écrit : "L’homme multiculturel construit le monde".

Françoise et Pierre Raynaud,
3 septembre 2013

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