La Marche pour l’Egalité et contre le Racisme de 1983… et Maintenant ?

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Article paru dans Inter-Peuples n°222, décembre 2013

1983-2013 : "Nous marchons encore pour l’égalité et contre le racisme"

Eté 1983 : rudes affrontements opposant policiers et jeunes dans le quartier des Minguettes à Vénissieux (banlieue lyonnaise). Toumi Djaidja, président de l’Association "Avenir des Minguettes", est blessé grièvement par un policier et emmené d’urgence à l’hôpital. Rodéos, incendies de véhicules, dégradations urbaines, courses poursuite avec la police…
Le curé Christian Delorme et le pasteur Costil prennent la défense de Toumi et informent largement autour d’eux sur les causes sociales de cette explosion. Ils lancent l’idée d’une marche qui s’inspirerait des Marches initiées par Gandhi et Martin Luther King. Idée aussitôt reprise avec enthousiasme par les jeunes des Minguettes qui contactent très vite des jeunes d’autres quartiers et d’autres villes. Et ils décident dès fin août d’une grande Marche Marseille-Paris qui partira effectivement début octobre pour arriver "triomphalement" (100 000 personnes !) à Paris le 3 décembre 1983. Avec 2 revendications centrales :

  • Carte de séjour de 10 ans pour les étrangers régularisés
  • Droit de vote pour les résidents étrangers (droit faisant partie des "promesses" de François Mitterrand élu 2 ans plus tôt… et toujours en attente…)

Faut-il rappeler que les agressions racistes, notamment à l’encontre des Maghrébins, étaient fréquentes à cette époque, que le Front National était en pleine croissance (avec notamment l’élection de Dreux, le candidat du FN obtenant 16,72 % au 1er tour des Municipales toujours en 1983…)

Voici un extrait de leur déclaration définissant l’objectif de cette Marche :
« Habitants de France d’origines diverses, nous traverserons ce pays qui est le nôtre pour dire à tous ceux que nous rencontrerons que nous voulons former une nation solidaire liée par la fraternité. Nous le traverserons pour retrouver toutes celles et tous ceux qui veulent avec nous que l’égalité des droits et des chances l’emporte sur la ségrégation, que l’amitié ait raison du racisme, et que la paix sociale fasse taire les 22 long rifle.
Le but de notre marche, ce sera d’abord celui-ci : manifester qu’il y a en France un peuple nombreux qui veut que la vie ensemble des communautés soit possible dans la paix et la justice (….) .Ce sera aussi de demander à François Mitterrand un grand discours historique, clamant haut et fort que ce pays est vraiment celui de tous ceux qui l’habitent, et qu’aucune ségrégation (à l’école, dans le logement, dans le travail, au plan culturel ou religieux…) n’est acceptable à l’encontre de qui que ce soit. Jeunes et moins jeunes, Européens ou Maghrébins, Antillais ou Asiatiques, Chrétiens ou Musulmans… nous ferons ensemble 1 500 kilomètres…
 ».

Le Collectif grenoblois pour l’Egalité – auquel a participé très activement le CIIP - a accueilli cette Marche le 31 octobre dans une ambiance extraordinaire de liesse mais aussi de gravité. Un moment assurément exceptionnel… Quant à l’arrivée à Paris le 3 décembre 1983, elle dépassa toutes les espérances.

En commémoration de cette Marche de nombreuses organisations appellent à une Marche à Paris ce samedi 7 décembre. Un car partira de Grenoble. Le moins qu’on puisse dire est que les objectifs de la Marche de 1983 sont pleinement d’actualité et qu’il faut se mobiliser massivement contre le Racisme et pour l’Egalité des droits, et pour une toute autre politique d’asile et d’immigration. Quant aux discriminations à l’encontre des populations des quartiers populaires, elles sont dramatiquement plus réelles que jamais… Nous continuons à marcher…

Jo Briant

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