Circulez… y’a tout à voir !

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Discours prononcé pour introduire la SSI 2013 dans le Grésivaudan, lors de l’ouverture à Emmaüs

C’est la 7ème année que le Collectif ASI Grésivaudan organise la SSI sur le territoire.

Le collectif est une association qui regroupe une vingtaine d’associations œuvrant dans le secteur de la solidarité internationale, ainsi que des structures partenaires car, si chacune reste autonome, il est essentiel de travailler en réseau, créer des synergies. En effet, les questions qu’elles se posent sont de même ordre et que la dimension politique doit être portée collectivement : la solidarité internationale est un volet de la Solidarité… Le premier temps de cette SSI 2013 à Emmaüs en est le symbole

Circulez… y’a tout à voir !

Agir là-bas… mais tout d’abord ici ! Pourquoi ?
Il y a un an, la maire de Lampedusa Giusi Nicolini écrivait une lettre pour tenter d’alerter les Européens. (extraits)
"Je suis la nouvelle maire des îles de Lampedusa et Linosa. [...] J’ai déjà reçu 21 cadavres de personnes noyées qui tentaient d’atteindre Lampedusa et pour moi c’est tout simplement insupportable. C’est un énorme fardeau de douleur.
Je ne comprends pas qu’une telle tragédie puisse être considérée comme normale, comme s’il était possible de ne pas être obsédé chaque jour par l’idée, par exemple, que onze personnes dont huit très jeunes femmes et deux garçons de 11 et 13 ans meurent tous ensemble pendant un voyage qui aurait dû être pour eux le début d’une nouvelle vie… Je suis indignée par le sentiment d’habitude qui semble avoir envahi le monde, je suis scandalisée par le silence de l’Europe qui vient de recevoir le prix Nobel de la Paix, et qui est silencieuse face à une tragédie qui fait autant de victimes qu’une guerre.Je suis de plus en plus convaincue que la politique d’immigration européenne considère ce bilan de vies humaines comme un moyen de modérer le flux migratoire, quand ce n’est pas un moyen de dissuasion.
Mais si le voyage en bateau est pour ces personnes la seule façon d’espérer, je crois que leur mort en mer doit être pour l’Europe un sujet de honte et de déshonneur. [...]
"

10 ou 20 ça ne compte pas… 300 ou 400 morts oui, on en parle quelques jours et la page se tourne pour les passer "en pertes et profits".

On ne peut pas accueillir toute la misère du monde disait Michel Rocard, soit.
La France, l’Europe, sont en crise, soit
Enfin pas la crise pour tout le monde…

Reprenant le classement de l’hebdomadaire ’Challenges’ le quotidien ’Le Monde’ du 10 juillet dernier précise : les 500 premières fortunes de France ne connaissent pas la crise et ont même vu leur richesse globale augmenter de près d’un quart en un an. Elle a quadruplé en une décennie.

Et comme chacun sait, les migrants, ici, sont des profiteurs (chiffres 2010, cf. “Petit guide de survie – Répondre aux préjugés sur les migrations” Ritimo, Janvier 2013)

Ils coûtent très chers : Les allocations qu’ils touchent s’élèvent à 48 milliards (retraites 16.3 milliards – prestations de santé 11.5 – allocations familiales 6.7 – allocations chômage 5 – éducation 4.2 – aides au logement 2.5 – RMI 1.7)… Mais par ailleurs Ils participent à l’effort de solidarité nationale en versant plus de 60 milliards par an de cotisations sociales, d’impôts et de TVA. Solde de 12 milliards… des chiffres bien loin des discours stéréotypés entendus à longueur de journée !

Savez-vous que lorsque nos pays riches donnent « 1 » aux pays dits en voie de développement, ils récupèrent « 10 », via les ressources naturelles, les minerais. Il s’agit d’un véritable pillage, Quand on fait un compte économique, on s’aperçoit que c’est le Sud qui finance le Nord

Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation : la production mondiale permet en l’état actuel de nourrir 12 milliards d’individus. Nous sommes 7 milliard, et un milliard ne mange pas à sa faim : aux trois quarts se sont des paysans ? Où est le problème ?

L’exemple courageux de la Norvège

Dans les années 80, la Norvège exporte des bateaux, notamment vers 5 pays (Équateur, Égypte, Jamaïque, Pérou, Sierra Leone). Une enquête parlementaire en 2006 prouve que ces ventes avaient pour seul objectif d’éviter des troubles sociaux par suite de l’absence de commandes dans les chantiers navals. Elle reconnaît sa responsabilité dans l’endettement illégitime de ces pays et annule le montant de ces créances.

Affirmer des choix,
Témoigner d’initiatives (et les associations du collectif atteste de populations qui, dans des situations difficiles et parfois au péril de leur vie des gens, se mobilisent),
Sensibiliser aux réalités,
Combattre des idées reçues,
Voilà à quoi sert la SSI.

… sans oublier que la solidarité c’est la convivialité, la chaleur des rapports humains, et savoir faire la fête… c’est aussi pour ça que nous sommes là aujourd’hui !

Philippe Savoye

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