Résistances à l’accaparement des terres par le groupe français "Bolloré" en Sierra Leone

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Un nouveau conflit a éclaté en Afrique entre la multinationale française Bolloré et des paysans en Sierra Leone. Il s’agit de l’accaparement de milliers d’hectares de terres où vivent ces paysans, avec la complicité des autorités locales, pour y installer des plantations de palmiers à huile qui produisent de juteux profits dans le commerce international. Pour écraser la résistance des paysans, qui dure depuis des années, le gouvernement local a décidé d’employer la violence des armes.

Le lundi 9 décembre 2013, la police sierra-léonaise a tiré à balles réelles sur des manifestants dans le district de Pujehun, faisant une dizaine de blessés dont 3 graves. Ils protestaient contre un plan controversé d’expansion des plantations industrielles de palmiers à huile du groupe SOCFIN. La police a déclaré : « Nous avons essayé le gaz lacrymogène mais nous avons dû utiliser des balles réelles pour les repousser ».

Ces violences ont pour raison première l‘accaparement des terres de la Sierra Leone par des entreprises étrangères qui prospèrent grâce au commerce de l’huile de palme.
Selon Sima Mattia, le président de l’association MALOA qui regroupe les 24 villages concernés par l’accaparement des terres du groupe SOCFIN en Sierra Leone, la réalité est tout autre. Selon lui, c’est un incident survenu la veille qui a tout déclenché : le dimanche 8 décembre, des policiers sont venus arrêter des propriétaires qui refusaient de vendre leurs terres à SOCFIN. Une foule s’est alors réunie le lendemain devant le siège de la chefferie de Malen. Les policiers y ont procédé à une soixantaine d’arrestations. Pire, ils ont ouvert le feu, tirant à balle réelle, blessant plusieurs dizaines de personnes dont trois sont dans un état critique.

Le groupe belgo-luxembourgeois SOCFIN (société financière des caoutchoucs), dont le principal actionnaire (38,7 % des parts de la société) est le groupe français Bolloré, a produit 316 000 tonnes d’huile de palme lors de l’année 2012. Il a été mis en cause dans un rapport d’Oakland Institute, une ONG basée en Californie spécialiste du phénomène d’accaparement des terres. En Sierra Leone, le groupe s’installe d’abord sur 6 500 hectares pour produire de l’huile de palme. Dernièrement il a lancé des poursuites judiciaires contre une ONG sierra-léonaise, Green Scenery, pour les rapports qu’elle a publiés sur les activités de la société, où apparaissait une absence de compensation adéquate, ainsi que la corruption et les pressions exercées sur les propriétaires terriens et les chefs afin qu’ils signent des accords pour céder leurs terres.
C’est pourquoi les douze ONG actives dans le domaine de la lutte contre l’accaparement des terres agricoles dans les pays en développement ont accusé, le 3 juin dernier, Vincent Bolloré et l’homme d’affaires belge Hubert Fabri de "recourir à l’intimidation pour museler l’opposition à leurs projets" d’huile de palme en Sierra Leone (Communiqué signé en France par Sherpa et Peuples Solidaires).
Ce stade est aujourd’hui dépassé, puisque les opposants aux manœuvres d’accaparement de SOCFIN sont désormais réprimés à balles réelles par des "forces de l’ordre" manifestement plus utilisées pour servir les intérêts de cette multinationale que pour défendre les paysans chassés de leurs terres…
Selon ces ONG, des pratiques similaires par des filiales de la SOCFIN ont été signalées ces dernières années au Cambodge, au Cameroun et au Libéria, où Bolloré ou SOCFIN ont utilisé la menace de poursuites judiciaires contre les ONG et les médias pour faire taire les critiques. La question est donc posée : comment protester contre ces comportements prédateurs, notamment ceux des agro-industriels français, et soutenir efficacement les résistances des paysans qui s’y opposent ? Une question qui rejoint celle du soutien aux populations qui luttent contre le pillage de leur environnement par les sociétés minières internationales…

Marc Ollivier

Article paru dans Inter-Peuples n°223, janvier 2014

Lire aussi l’article "Les paysans de Sierra Leone refusent de laisser accaparer leurs terres pour une plantation de palmiers à huile" sur le site de GRAIN

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