Cacao bio du Togo

Publié le : , par  Stan Mackiewicz

Notre ami Stan Mackiewicz - militant du CIIP depuis longtemps - se rend régulièrement en Afrique sub-saharienne. Il nous fait partager cette fois ses pérégrinations et ses contacts au Togo, ses rencontres avec des "petits" producteurs de café et cacao, soutenus notamment par l’ONG Agronomes et Vétérinaires sans frontières, sur la base de "bonnes pratiques" bio et équitables. Une illustration concrète du choix d’un développement respectueux de l’environnement et des humains…

A peine arrivé au Togo, me voilà parti dans la zone de production de café cacao, à 4 heures de route de Lomé. Je passe sur les petites péripéties du voyage, après 2 heures de piste assez horrible depuis Atakpamé, troisième ville du Togo, nous voilà arrivés à Kougnohou, chef lieu de la préfecture de l’Akebou, situé sur un plateau forestier, à 600 mètres d’altitude.
Dans cette zone dédiée à la culture du café et du cacao l’ONG Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières mène depuis trois ans un projet de développement de la filière biologique et équitable du cacao, en appui à une vingtaine de coopératives de producteurs. L’action vise à renforcer et dynamiser les coopératives existantes, à améliorer la qualité du cacao via la diffusion des "bonnes pratiques" de production et transformation du cacao, la mise en place des certifications bio et équitable et à consolider les capacités de commercialisation du cacao, en particulier sur des marchés de niche européen. Le Togo est un tout petit producteur de cacao comparé aux géants ivoirien et ghanéen, qui produisent respectivement 1,2 million et 700 000 tonnes de cacao, volumes largement supérieurs aux 6 000 tonnes de cacao togolais. Afin de se démarquer, le cacao togolais doit donc miser sur la qualité, via les certifications. Les 900 producteurs investis dans le projet sont fortement mobilisés pour le respect du cahier de charges du label bio, contrôlé par ECOCERT. J’ai pu me rendre dans plusieurs villages à la rencontre des hommes et de leur environnement grâce aux techniciens agricoles qui animent ce projet.

Le mercredi 18 décembre, première rencontre avec un vieux paysan qui nous conduit tout de suite dans son champ pour nous montrer son travail de nettoyage et surtout ses cabosses de cacao, qui poussent directement sur le tronc de petits arbres qui sont toujours sous un couvert forestier : c’est ce fruit qui contient les fameuses fèves.
On les fait fermenter puis sécher avant de les expédier dans les usines européennes pour les transformer en délicieux chocolats. Le problème rencontré par ce paysan de 85 ans est que ses arbres sont trop vieux pour avoir un rendement disons satisfaisant, il faut donc que progressivement il replante de nouveaux cacaoyers.
Nous arrivons ensuite dans un petit village tout en pente. Après les salutations au chef de village, nous voici en train de discuter avec un petit groupe de producteurs dont une femme. A la question sur les avantages qu’ils voient à la culture bio par rapport à la culture traditionnelle, ils me répondent d’abord qu’il y a des effets positifs sur la santé (fini les pesticides et insecticides !), ensuite que leur gain est nettement plus important car ils vendent leur récolte à un prix plus intéressant, enfin "qu’on est plus soudé qu’avant : on est groupé dans une coopérative de 40 membres".
Inutile de dire que l’accueil des producteurs fut plus que chaleureux : en guise de cadeau, nous partons avec plusieurs régimes de bananes plantain.

Le jeudi 19, cette fois nous partons plus loin, dans un village où quelque 105 producteurs se sont organisés. Ô surprise, on est accueilli par une quarantaine d’entre eux, réunis dans une grande salle, en fait le magasin, où sont stockées les fèves et qui sert aussi de lieu de formation, tableau noir oblige. Accueil en chanson, en compagnie du chef de village. J’écoute leurs réponses à ma question sur les avantages du bio : "meilleure alimentation, maladies évitées telles que le cancer, les maux de ventre, la diarrhée, respect de l’environnement car les champs sont plus aérés", en veillant à ce que les réponses ne soient pas données par les formateurs dispersés dans la salle. Je leur demande ensuite de me dire quel message je transmettrai en France de leur part. Ils me transmettent alors leurs doléances : absence de routes goudronnées entre les villages et pistes en très mauvais état, ce qui cause des problèmes de livraison de leurs récoltes. Ils citent également le problème de manque de locaux et d’enseignants, qui fait que certains enfants ne vont pas à l’école ou étudient dans de mauvaises conditions.
Je leur dis que le citoyen que je suis ne peut rien pour l’état des routes mais que par contre pour la construction de locaux scolaires, c’est une question qui peut éventuellement être abordée dans le cadre d’un jumelage entre leurs villages et une ville en France ou en Allemagne. Avant de se séparer, je leur dis que nous, les Européens, avons aussi à apprendre des Africains (voir l’exposition du Musée Dauphinois de Grenoble et le catalogue disponible au CIIP "Ce que nous devons à l’Afrique").
Ensuite nous nous rendons, mon technicien accompagnateur et moi, chez le chef de village pour discuter avec lui et ses conseillers sur la stratégie à entreprendre pour aboutir à de potentielles actions de jumelage ou de coopération.

Pour terminer cette petite chronique, je dirai un mot sur la déforestation. J’ai pu voir et croiser sur des pises défoncées, de gros camions chargés de planches et me rendre compte que des bûcherons débitaient directement de beaux arbres centenaires. La forêt traditionnelle de ces plateaux disparaît peu à peu, aux dires de mes compagnons de route.

Le 26 décembre 2013
Stan Mackiewicz

Article paru dans Inter-Peuples n°224, février 2014

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