Le Salvador élit un ex-guérillero !

Publié le : , par  Jo Briant

Pour le moins une grande et "belle" surprise : l’élection d’un ex-guérillero, Salvador Sanchez Ceren, à la présidence du Salvador, l’un des pays d’Amérique Centrale les plus dévastés et les plus meurtris par une répression militaire qui a fait au moins 70 000 victimes. Une élection saluée par toute la gauche latino-américaine, même si les défis sont immenses et si le nouveau président devra affronter une oligarchie ultra-réactionnaire et s’attaquer à des défis sociaux et économiques très importants...

Salvador Sanchez Ceren, leader historique du Front Farabundo Marti de libération nationale [FMLN], a été élu président dimanche 9 mars. Faut-il rappeler que le Salvador, petit pays d’Amérique Centrale, a été ravagé par une répression terrifiante dans les années 1975-1990 exercée par une armée au service d’une oligarchie, répression à laquelle a essayé de résister le Front révolutionnaire Farabundo Marti. Une véritable guerre qui a provoqué la mort d’environ 70 000 victimes, essentiellement civiles. Un cessez-le-feu a été promulgué, sous l’égide de l’ONU, le 1er février 1992. Ce Front a su se reconvertir en force politique alternative et susciter l’adhésion enthousiaste d’une fraction importante du peuple salvadorien, au point de remporter une première fois les élections en mars 2009.
JPEGCette élection de Salvador Sanchez Ceren fera date incontestablement et a été saluée par toute la gauche latino-américaine, aussi bien par Evo Morales, le président bolivien, que par Daniel Ortega, son homologue du Nicaragua, pays voisin du Salvador, qui a salué « l’union de la grande patrie centraméricaine », sans oublier Nicolas Maduro, président du Venezuela… Le chef de file de l’oligarchie anticommuniste, Norman Quijano, a obtenu 49,80 % des voix et conteste l’élection de Salvador Sanchez Ceren. Il faut s’attendre à de fortes tensions dans les prochaines semaines… Mais le plus grand défi auquel sera confronté le nouveau président, c’est bien le fait que le Salvador, comme nombre de ses voisins, est encore sous la coupe des vieilles structures sociales dominées par l’oligarchie. Si des avancées ont été enregistrées sous le mandat du FMLN, l’ultradroite maîtrise toujours les principaux leviers économiques. D’autant plus que l’ancienne guérilla ne peut pas s’appuyer sur une majorité parlementaire. Issue du pire courant de la réaction paramilitaire, l’Arena a fait campagne en reprenant ses slogans : "Patrie oui, communisme non" ou encore "Le Salvador sera la tombe du communisme". Autre défi de taille : la réduction de la pauvreté, qui touche 40% de la population.
Dernier point : la proximité du Honduras, autre pays d’Amérique centrale où l’armée hondurienne a destitué de force, le 28 juin 2009, Manuel Zelaya, président constitutionnel du Honduras, le remplaçant par un certain Micheletti. Depuis cette date, la répression s’abat fortement – par le biais d’escadrons de la mort – sur les organisations de défense des droits de l’Homme , les communautés noires et indigènes, les mouvements féministes, le Bloc populaire, les syndicats… On dénombre des dizaines d’assassinats. Espérons que la proximité d’un nouveau Salvador démocratique et populaire produira un effet bénéfique sur le Honduras et redonnera confiance aux citoyens et aux organisations du Honduras qui luttent pour les droits sociaux et les libertés. A suivre…

(Article publié dans Inter-Peuples n°227, mai 2014)

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