Gare à l’enfumage médiatique sur les élections européennes

Publié le : , par  Marc Ollivier

Après les élections européennes du 25 mai dernier, les commentaires médiatiques se sont partagés entre les "éléments de langage" inspirés par la majorité au pouvoir et une discrétion évidente sur les résultats qui ne lui convenaient pas. Voici quelques remarques sur cet enfumage, en invitant les lecteurs qui le souhaiteraient à nous écrire ce qu’ils en pensent …

1.- Arrivé en tête de ces élections, le FN serait devenu le 1er parti de France ?

Cette affirmation constamment ressassée ne tient pas la route : 4,7 millions de citoyens ont voté FN lors de ces élections, soit 10 % des inscrits et nettement moins que ceux qui avaient voté pour Marine Le Pen au premier tour des présidentielles de 2012 (6,4 millions de votants, soit 14 % des inscrits avec une 3ème place après Hollande 22 % et Sarkozy 21%).
En réalité le premier parti lors de ces élections a été celui des abstentionnistes : 26,8 millions de citoyens n’ont pas voté, soit 58 % des inscrits. Les spécialistes les plus sérieux constatent que le FN a maintenu sa sphère d’influence de 1995 et qu’une forte proportion d’électeurs de gauche se sont abstenus pour sanctionner les partis au pouvoir. Donc n’ayons pas peur, tout en continuant à combattre l’extrême droite…

2.- Pourquoi cette focalisation abusive de l’éclairage médiatique sur le FN ?

Déjà pendant la campagne électorale le CSA a montré que les télés ont favorisé outrageusement les porte parole du FN. Avec des commentaires associant systématiquement extrême droite et extrême gauche. Il s’agit évidemment d’une tactique électoraliste : faire peur aux citoyens pour les inciter à voter pour les partis « raisonnables ». La tactique a échoué : si le FN ne progresse pas vraiment, en revanche le PS et l’UMP perdent beaucoup.

3.- Pourquoi la "gauche alternative" ne progresse-t-elle pas ?

La quasi censure médiatique et les sondages visiblement orientés sont souvent relevés.
Mais la raison principale est que ce courant politique est inorganisé, composé de forces dispersées dont certaines ne se sont pas encore nettement affirmées. Pourtant son existence est potentiellement réelle comme l’a démontré le succès de la liste municipale arrivée en tête à Grenoble. Mais les hésitations du parti EELV (les verts) au niveau national ou la stratégie calamiteuse du PCF, tantôt associé au PS pour les municipales (comme à Paris) tantôt aux autres composantes du Front de gauche, ne contribuent pas à la crédibilité d’une ligne politique de la gauche alternative. Nombre d’électeurs de ce courant se sont réfugiés pour cela dans l’abstention. Notons cependant le poids virtuel de cette gauche alternative parmi les votants qui se sont exprimés aux européennes : le total des votes pour le NPA, le Front de gauche et les Verts dépasse celui des votes pour le PS (17,2 % contre 14%).Et soulignons le développement de luttes sociales de plus en plus fortes

4.- Le résultat majeur des élections n’est-il pas la victoire de SYRISA en Grèce ?

Cette victoire, à la fois aux élections européennes et locales (à Athènes et en Attique), traitée comme une anecdote secondaire et irritante par les principaux médias, est au contraire, pour la France comme pour toute l’Europe, un événement d’importance.
D’abord il montre, à un niveau national, la capacité d’un parti de la gauche alternative à convaincre une majorité de l’opinion de la pertinence de ses principes démocratiques et de ses objectifs pour faire progresser le bien commun.
Mais surtout il annonce l’ouverture d’une lutte politique à l’échelle européenne : en effet la place conquise par SYRISA en Grèce annonce sa victoire presque certaine aux prochaines élections législatives (normalement en 2016 si sa demande d’élections anticipées n’aboutit pas). Son programme prévoit une forte restructuration de la dette publique (c’est à dire une annulation partielle) tout en restant membre de la zone euro, l’établissement de la justice fiscale, une restauration des services publics etc. Autant dire l’engagement d’un bras de fer avec la commission et la banque centrale européennes, ainsi qu’avec les gouvernements partisans du néo-libéralisme et de l’austérité pour les peuples. Des réactions violentes sont aussi probables, en Grèce même et à l’échelle internationale, de la part des marchés, des grandes banques et de certaines entreprises multinationales. Alors se posera la question de la solidarité des forces de la gauche alternative en Europe et notamment en France, pour soutenir le nouveau gouvernement grec. Il est donc très possible que la victoire de SYRISA en Grèce annonce la proche émergence de luttes politiques et sociales décisives dans toute l’Europe pour un véritable changement du système actuellement dominant.

Marc Ollivier
Article paru dans Inter-Peuples n°228, été 2014

Point de vue sur...

AgendaTous les événements