Climat : et si nous profitions de la crise climatique pour changer de modèle ?

Publié le : , par  Jo Briant

Le 23 septembre dernier, le Secrétaire général des Nations Unies a organisé un sommet sur le climat à New York, en présence de nombreux chefs d’État, des multinationales et de quelques représentants de la société civile triés sur le volet. Qu’est-il sorti de cette grand messe ? Des engagements – à vérifier - en termes de réduction d’émissions, des initiatives basées sur des mécanismes de marché ou de partenariat public-privé tels que REDD + [Reduction Emissions Deforestation], des projets d’agriculture "intelligente" face au climat (climate smart agriculture) ou encore l’initiative Energie durable pour tous. De fausses solutions –présentées sous le label d’"économie verte"- qui visent à marchandiser davantage la vie et la nature, pour en tirer plus de profits. On a assisté à une mainmise du secteur privé sur l’ONU et sur les processus de négociation sur le climat.
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On ne le soulignera jamais assez : selon les nombreux Rapports tous concordants du GIEC [Groupe d’Experts intergouvernemental sur l’évolution du climat], à moins d’un sursaut de plus en plus improbable, un futur sauvage est promis à l’humanité et à la planète : de plus en plus d’inondations, de sécheresses, de vagues de chaleur et d’événements pluvieux extrêmes. Certaines régions du monde deviendront invivables. C’est déjà en train de se produire : inondations de plus en plus catastrophiques en Asie du Sud Est, voir la Thaïlande ou Bangladesh, sécheresses de plus en plus sévères en Afrique, fonte accélérée de la banquise en Antarctique et de la plupart des glaciers des Andes.

Seule alternative : changer radicalement de modèle de développement

Nous devons admettre que, pour ramener les émissions mondiales de CO2 aux niveaux que préconisent les climatologues, il faut opérer un changement à une vitesse et à une échelle impressionnante. Nous ne pourrions atteindre les objectifs fixés par les scientifiques qu’en contraignant les entreprises et surtout les multinationales à tirer un trait sur des milliers de milliards de dollars de recettes futures en renonçant à explorer la grande majorité des réserves prouvées de combustibles fossiles. Nous n’avons pas d’autre choix que de passer immédiatement à l’action. Les mesures et les orientations définies et dégagées par des ONG environnementales – tout au moins celles qui essaient de dépasser le stade de la bonne conscience verte-, et des mouvements alternatifs, impliquent un changement radical de type d’économie et de développement dont voici quelques exemples :

  • Abandonner les logiques extractivistes en imposant des interdictions sur toute nouvelle exploration et exploitation de pétrole, de sables bitumeux, d’hydrocarbures de schiste, de charbon, d’uranium et de gaz naturel…
  • Accélérer en même temps le développement et la transition vers des énergies alternatives renouvelables comme l’éolien, le solaire, la géothermie et l’énergie marémotrice basées sur une propriété et un contrôle collectifs et citoyens.
  • Promouvoir la production et la consommation de produits locaux et durables pour répondre aux besoins fondamentaux des populations et éviter le transport de marchandises qui peuvent être produites localement.
  • Adopter et appliquer des stratégies de zéro déchets pour le recyclage et l’élimination des déchets ainsi que pour la rénovation des bâtiments dans le but de réduire les consommations liées au chauffage.
  • Développer et améliorer les transports en commun – notamment le train- pour le déplacement des personnes et des marchandises dans les centres urbains et entre les villes.
  • S’opposer aux grands projets d’infrastructures inutiles qui ne bénéficient pas aux populations et qui sont des contributeurs nets à l’effet de serre tels que les méga-barrages, les autoroutes, les stades de coupes du monde…

Cela suppose de concevoir et faire partager
une autre vision du monde

Rien de tout cela ne se produira si nous ne répondons pas à l’Histoire au moment où elle frappe à notre porte, car nous savons à quoi nous mènera le système actuel s’il poursuit sa route. Nos émissions de gaz continuent d’augmenter de façon exponentielle année après année, décennie après décennie…
Mais de tels changements radicaux ne pourront s’opérer et ne doivent être mis en route que de façon démocratique. Une des leçons de l’histoire est que les grands bouleversements qui se produisent sont toujours le résultat d’une grande mobilisation sociale qui paraissait plus qu’improbable voire impossible quelques semaines auparavant… Nous devons commencer à croire très fortement qu’un nombre de plus en plus important d’habitants de cette terre peuvent se rendre compte de l’impasse mortelle à laquelle nous conduit un mode de vie hyper-consommateur et hyper-polluant. Ce qui présuppose toute une démarche d’information, d’éducation dès l’enfance, de nouvelles pratiques comme la suppression progressive des emballages, le développement des AMAP, la rénovation thermique des bâtiments, et tant de gestes et de démarches économes d’énergie. Nous sommes beaucoup moins isolés qu’il y a vingt ans : les structures et les pratiques bâties sur les décombres du néo-libéralisme – des medias sociaux aux coopératives ouvrières, en passant par les marchés paysans, les banques et les monnaies solidaires, peuvent nous aider à former des communautés économes et solidaires. Et si une nouvelle crise – pas si improbable - nous poussait tous/toutes un jour de nouveau dans la rue et sur les places pour revendiquer, affirmer, proclamer un autre mode de vie, économe, joyeux, équilibré seul capable de stopper la fatalité du dérèglement climatique et consumériste ? On peut toujours rêver… et surtout agir.

Article publié dans Inter-Peuples n°230, novembre 2014

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