Quelle migration ?

Publié le : , par  Philippe Savoye

Il y a tout juste un an, les 3 et 4 octobre 2013 à l’occasion du "dialogue de haut niveau sur les migrations internationales et le développement" à l’unanimité, les Etats membres de l’ONU adoptent une déclaration qui appelle "au respect des droits de l’Homme et des normes internationales du travail, réaffirme l’engagement à lutter contre la traite des êtres humains et condamne fermement les manifestations de racisme et d’intolérance". Ce texte, dans son article 2 reconnaît "l’importante contribution apportée par les migrants et les migrations au développement des pays d’origine, de transit et de destination, ainsi que l’interaction complexe entre les migrations et le développement." Ce texte fait suite à l’adoption en 2000 de la proclamation du 18 décembre "journée internationale des migrants", pour commémorer l’adoption de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille.
L’ONU précise le terme migrant "comme toute personne qui vit de façon temporaire ou permanente dans un pays dans lequel il n’est pas né et qui a acquis d’importants liens sociaux avec ce pays". La Convention des Nations Unies sur les droits des travailleurs migrants et des membres de leurs familles définit les travailleurs migrants comme "les personnes qui vont exercer, exercent ou ont exercé une activité rémunérée dans un État dont elles ne sont pas ressortissantes".

Qu’en est-il plus précisément ?

L’ONU chiffre à 232 millions le nombre de "migrants internationaux" dans le monde. L’Union Européenne évalue à 33,3 millions de "non nationaux", dont 20,5 millions "citoyens de pays tiers" (non membres d’un Etat de l’UE).
En 2010, l’ONU rassemble les données statistiques de 197 pays. La France se situe au 6ème rang pour le nombre d’immigrés (6,7 millions), derrière notamment les États-Unis (1er rang avec 43 millions) ou l’Allemagne (3ème rang avec 10,7 millions). Mais, en pourcentage de sa population, avec 10,7 %, la France n’occupe que le 54ème rang. Les pays les plus petits accueillent proportionnellement plus d’immigrés (70% de la population des Émirats arabes unis, 23% en Suisse).

Et les demandeurs d’asile ?

Les migrants ne sont pas tous des demandeurs d’asile. L’OFPRA, dans son rapport annuel chiffre à 66 251, le nombre de demandes enregistrées en 2013. A titre de comparaison : 109 580 en Allemagne, 54 259 en Suède ou 21 465 en Suisse.
Nationalités des primo arrivants, par ordre d’importance : R.D. Congo (3 966), Kosovo (3 514), Albanie (3 288), Bangladesh (2 921), Russie (2 609) et Chine (2 123). 35,9 % de femmes (âge moyen 33, 6 ans) et 64,1 % d’hommes (âge moyen 32 ans).
Le nombre total de décisions d’admission prises par l’OFPRA en 2013 est de 5 978 ; taux d’admission de 12,8 % (sur 46 987 décisions prises).
Principales nationalités admises au statut de réfugiés : Russie (11,1 %), Sri Lanka (10,3 %), R.D.Congo (9,9 %), Bangladesh (6 %) et Bangladesh (5,6 %).

Un projet de cartographie des trajets migratoires

Il est des actions qui, au-delà des chiffres, expriment les réalités concrètes du vécu des migrants et leur apportent une "dimension humaine". Cartographier l’entre-deux migratoire tel fut le projet mené en 2013 par des enseignantes/chercheuses et des artistes [1] avec des migrants accueillis par l’Association pour les Demandeurs d’Asile (ADA). Ce travail déboucha sur une exposition "Cartographies traverses / Crossing maps" [2]. Les migrants ont dessiné avec simplicité et une extrême sensibilité leur itinéraire qui transfigure le quotidien : les dangers, la police, les soins médicaux, les rencontres – amitié – amour, le froid, la peur, la faim et la soif, etc.

Rude et douloureuse réalité comme en témoignent L.et A. "Notre trajet de l’Algérie à la France a pris quatre mois… On a vendu tous nos biens, nos bijoux car ce ne sont pas les plus pauvres qui partent : il faut des moyens conséquents - le notre a coûté 14 000 € -… On a tout connu : les passeurs qui nous arnaquent (plusieurs fois), les centres de rétention, les traversées en bateau où il fallut se jeter à l’eau, les arrestations, la faim, le froid, des problèmes de santé, etc., mais aussi des solidarités…"

Les demandeurs d’asile sont entendus en France par les administrations dans un contexte politique de suspicion, où la figure du "faux réfugié" guide les décisions. L’obtention du statut de réfugié, régie par la Convention de Genève de 1951, est un parcours long et complexe. La réussite du "voyage sans retour" est ainsi faite de volonté, de détermination, de capacité d’agir, mais aussi… de chance.

Un engagement politique

Lors du Forum Social Mondial de Dakar en 2011, des migrants du monde entier se sont réunis à Gorée (tout un symbole !) pour élaborer la "Charte Mondiale des Migrants". Il y a en effet un monde entre les déclarations de l’ONU et les réalités, comme le précise le premier paragraphe de cette charte : "Les personnes migrantes sont les cibles de politiques injustes. Celles-ci, au détriment des droits universellement reconnus à chaque personne humaine, font s’opposer les êtres humains, les uns aux autres en utilisant des stratégies discriminatoires, fondées sur la préférence nationale, l’appartenance ethnique, religieuse ou de genre."
Nous pouvons donner un sens humain à cette journée du 18 décembre afin qu’elle soit une étape vers une approche et un regard différents de l’Autre, source de richesse.

Philippe Savoye
Article publié dans Inter-Peuples n°231, décembre 2014

Au Forum social de Tunis {JPEG}

[1Sarah Mekdjian et Anne-Laure Amilhat-Szary université de Grenoble-Alpes/ PACTE- CNRS, Marie Moreau, Laurianne Houbey, Fabie Fsicher de l’ExcEs.

[2Pour tout contact : Sarah Mekdjian

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