Le malheur kurde : résistances et solidarité édito décembre 2014

Publié le : , par  CIIP

Le Kurdistan est une nation sans Etat, le peuple kurde vivant en Turquie principalement, mais aussi en Irak, Iran et Syrie. Un "pays", un peuple fort d’environ quarante millions de membres, qui a pris conscience au fil des siècles de son originalité ethnique et linguistique. Faut-il préciser que les Kurdes, dont la langue commune est proche du persan, sont polyglottes et polygraphes. Mais surtout qu’ils ont toujours résisté farouchement à toute politique d’assimilation, conscients de leur forte identité et de leur aspiration "autonomiste". Rappel : après la première guerre mondiale, le Traité de Sèvres (1920), signé par les grandes puissances victorieuses - notamment la Grande-Bretagne et la France - laissait entrevoir une promesse d’autonomie. Mais Mustapha Kemal - le grand leader turc - s’opposa farouchement à toute autonomie du Kurdistan turc et imposa un nouveau Traité - le Traité de Lausanne (1923) - qui ne reconnut aucun droit aux minorités. Une fois de plus le malheur s’abattait sur le peuple kurde. Assimilation forcée, répression, massacres, transferts de population, état de siège : depuis les lendemains de la première guerre mondiale, l’histoire kurde est celle du déchirement et de la souffrance. Un seul exemple parmi tant d’autres : mars 1991 - en pleine guerre du Golfe (la première) - deux millions de Kurdes fuient les massacres perpétrés par Saddam Hussein en direction de l’Iran et de la Turquie. Cette Turquie - dont l’Etat turc - qui réprime impitoyablement toute aspiration identitaire, même si des mesures bien timides de reconnaissance de leurs droits culturels ont été prises.

Aujourd’hui, les populations kurdes d’Irak et de Syrie se voient propulsées en première ligne des combats contre l’Organisation de l’Etat islamique, en particulier depuis le siège de Kobané qui dure depuis plus de deux mois (centaines de morts, destructions, exil dans des conditions dantesques…). Un soutien de façade masque mal les jeux d’influence des puissances occidentales, de la Turquie et de l’Iran, qui ont cimenté des alliances antagonistes et toujours combattu la cause kurde. C’est pourquoi la solidarité avec les Kurdes de Kobané est essentielle et représente - au-delà du soutien immédiat et vital - un enjeu capital : arrêt de la dynamique mortelle de ce monstre qu’est l’Etat Islamique, sanctuarisation des régions kurdes d’Irak et de Syrie, reconnaissance internationale des droits du peuple kurde notamment en Turquie, droits culturels, sociaux, économiques, politiques, décriminalisation du PKK, l’une des principales organisations du peuple kurde. Si la perspective d’un Kurdistan unifié et indépendant peut paraître à ce jour utopique, l’aspiration profonde et incoercible du peuple kurde à une réelle autonomie - fondée sur la reconnaissance de la plénitude de ses droits -, que ce soit en Turquie, en Irak, en Iran, en Syrie, doit être soutenue et appuyée. Les rassemblements de solidarité avec les Kurdes de Kobané - à Grenoble, en France, dans le monde - se doivent de signifier, au-delà du soutien à leur résistance héroïque, une reconnaissance de leur revendication centrale : l’autonomie culturelle, économique et politique du peuple kurde. Un long chemin que nous nous devons d’accompagner.

Editos

AgendaTous les événements