L’Ebola : pourquoi ?

Publié le : , par  Jo Briant

Mondialisation, déforestation, réchauffement climatique, systèmes sanitaires déficients principalement au sud, recherches épidémiologiques sélectives… autant de facteurs qui contribuent à la multiplication des épidémies depuis cinquante ans, notamment en Afrique. Face à ces données, quelle anticipation internationale des risques épidémiques ? Quelle assistance aux pays du Sud où émergent ces maladies quand les laboratoires de recherche et les industries pharmaceutiques sont au Nord ?

Est-ce un hasard si l’Ebola sévit dans des pays qui sont parmi les plus pauvres de la planète ? Le dernier Rapport sur le développement humain 2014 du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) classe la Guinée à la 179e place sur 187 pays, le Libéria figure quant à lui à la 175e place et la Sierra Leone au 183e rang de ce triste classement. L’absence - ou dans le meilleur des cas la défaillance - des systèmes de santé est la conséquence directe des coupes franches dans les budgets sociaux, du gel des salaires et des licenciements dans la fonction publique imposés par les institutions financières internationales pour rembourser la dette… une dette odieuse et illégitime. On ne le soulignera jamais assez : si les services de santé et d’assainissement (infrastructures d’égouts, de traitement des eaux, etc.) de ces pays n’avaient pas été entièrement démantelés par les divers plans d’ajustement structurel (PAS) imposés par le FMI et la Banque Mondiale, le risque épidémique aurait été bien moindre ou plus facilement contrôlable. Comme le souligne le Dr Jean-Claude Manuguerra, responsable de la cellule d’intervention biologique d’urgence de l’Institut Pasteur, Ebola "profite pour se développer d’un système de santé mal organisé par manque de moyens". Bien avant que la crise éclate, le Liberia ne comptait que 51 médecins pour une population de 3,7 millions d’habitants. La Sierra Leone, quant à elle, avait le nombre le plus faible d’agents de santé par tête d’habitant au monde. Ajoutons que la réduction drastique parallèle des budgets pour l’éducation est aussi une des causes de l’extension foudroyante de l’Ebola : le niveau d’éducation joue en effet un rôle fondamental dans le combat contre les épidémies….
Oui, l’épidémie d’Ebola – au moins 5 000 morts à la mi-novembre - est le produit et l’expression terrifiants de la pauvreté, de l’indifférence et surtout de l’inégalité Nord-Sud, inégalité elle-même produite par un système dit libéral et profondément inégalitaire. A quoi il faut rajouter le désintérêt de la communauté internationale et des laboratoires pharmaceutiques quant aux maladies et aux épidémies de ces pays du sud. Pour cause de non rentabilité, les laboratoires se désintéressent de la recherche sur les virus des maladies tropicales. En résumé, on peut affirmer que rien n’a été fait pour trouver un vaccin contre Ebola.

On ne le soulignera jamais assez : la dette tue. L’état déficient et délabré des systèmes de santé des pays concernés est finalement la cause fondamentale et structurelle de cette épidémie terrifiante. Certes, il faut exiger de la communauté internationale qu’elle se mobilise beaucoup plus fortement pour stopper cette épidémie. Mais il faut en même temps exiger l’annulation immédiate et sans conditions des pays du Tiers Monde afin qu’ils puisent investir de manière souveraine dans des politiques publiques, notamment de santé. Seule une telle mesure peut enrayer sur le long terme la pauvreté et les épidémies qui en sont une expression terrifiante ?

Jo Briant
Article paru dans Inter-Peuples n°231, décembre 2014

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