De jeunes français à la guerre

Publié le : , par  Roseline Vachetta

D’après le ministère de l’intérieur, 1132 jeunes seraient intéressés, en partance ou déjà partis à la guerre djihadiste. Ce phénomène relativement nouveau inquiète et interroge. Nous prenons le risque dans cet article d’ouvrir une réflexion complexe à la fois prudente et engagée, en phase avec les valeurs qui nous animent au CIIP.

Différentes recherches affirment qu’il n’y a pas de profil type "d’aspirant djihadiste" : sur les 376 aujourd’hui engagés directement sur le terrain, une centaine serait des jeunes femmes, ils et elles sont issus de toutes les couches sociales, certains vivent dans des cités de banlieues, d’autres dans des petites villes, certains ont eu une scolarité chaotique, d’autres réussie, certains sont passés en prison mais d’autres étaient inconnus des services de police. 55% viennent de familles non pratiquantes. Pour la plupart, ils auraient une connaissance récente et superficielle de la religion musulmane. Mais tous se disent musulmans et s’identifient aux combattants islamistes.
Un millier de jeunes de moins de 30 ans, c’est une infime partie d’une tranche d’âge. C’est peu également par rapport aux 4,1 millions de Musulmans qui vivent en France. Mais pourtant leur démarche nous trouble et interroge la société française.
S’il est impossible de connaître les motivations personnelles de chacun, il n’est pas impossible d’imaginer qu’elles peuvent avoir un rapport avec la situation difficile voire scandaleuse faite aux jeunes et aux étrangers. Le chômage massif touche encore plus les jeunes issus de l’immigration, et ceux qui vivent dans les banlieues pauvres. Le système économique capitaliste qui se nourrit de la mise en concurrence des uns contre les autres, creuse toujours plus le fossé entre les plus riches et les plus pauvres. La façon dont les gouvernements de droite comme de gauche traitent les étrangers et les sans papiers encourage de fait les idées les plus réactionnaires portées par l’extrême droite ainsi que les paroles et les agressions racistes.
Le contexte international, en particulier au Moyen Orient, les agressions à répétition d’Israël contre le peuple palestinien renforcent les sentiment de l’injustice, la colère, le besoin de manifester la solidarité, notamment avec les peuples palestinien et syrien. Pour certains, cela est clairement insuffisant et justifie le départ vers une guerre atroce, au côté des djihadistes.
Face à ce phénomène, le gouvernement multiplie les lois sécuritaires et les contrôles policiers. Ce sont de mauvaises réponses qui n’empêchent rien et isolent encore plus les aspirants au départ.
Évidemment, il ne suffira pas de dire à ces jeunes tentés par le djihad, que cette guerre est une sale guerre, qui ne libère personne et surtout pas les opprimé(e)s. Mais nous pouvons quand même agir et sans relâche refuser l’indifférence. Affirmer notre solidarité, agir contre le racisme ou les violences policières, lutter pour arracher les droits à l’égalité dans tous les domaines, le partage des richesses et du travail, soutenir en Syrie ceux qui combattent à la fois Daesch et le pouvoir en place.

Article publié dans Inter-Peuples n°232, janvier 2015

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