Communiqué du CIIP après l’attentat contre Charlie Hebdo et l’HyperCasher

Publié le : , par  CIIP

Les attentats odieux contre Charlie Hebdo le 7 janvier et contre l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes le 9 janvier dernier ont soulevé une vague profonde de tristesse et de colère à travers le pays et plus largement dans le monde.
Le CIIP partage cette émotion et cette indignation face à l’assassinat de 17 personnes parce que journalistes, dessinateurs ou juifs. L’attaque contre Charlie Hebdo est un attentat aux libertés, à nos libertés, celle contre l’Hyper Casher est un crime antisémite insupportable.

Nous étions, comme beaucoup, dans la rue le mercredi 7 janvier pour exprimer spontanément notre révulsion, notre émotion et notre solidarité aux victimes et à leurs proches, pour défendre la liberté d’expression. Ces rassemblements massifs et spontanés au soir même de l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo témoignent de l’onde de choc qui a bouleversé le pays.

Les jours qui ont suivi ces premières mobilisations, nous avons assisté à une opération de récupération politique de la part du gouvernement et du président de la république. Les initiatives prises au sommet de l’État visant à constituer une unité nationale autour de celles et ceux qui mènent des politiques de régressions sociales et démocratiques depuis plusieurs décennies et des guerres dévastatrices au Moyen-Orient et Afrique se sont multipliées.
Ainsi, le président de la république a reçu l’ensemble des chefs de partis représentés au parlement, Marine Le Pen y compris, afin de construire cette "union nationale". Il a invité à participer à la marche parisienne les dirigeants européens, tous porteurs de politiques d’austérité, de restrictions des droits démocratiques et anti-immigrés. François Hollande a même invité des dictateurs africains tels qu’Ali Bongo, les dirigeants israéliens tous responsables de milliers de morts à Gaza et en Cisjordanie (Netanyahou, le ministre des affaires étrangères d’extrême-droite, Avigdor Liberman ou encore le ministre Natfali Bennett qui est fier d’avoir "tué beaucoup d’arabes"), le patron de l’OTAN, des dirigeants turcs et qataris dont les pays ont aidé et aident encore des mouvements obscurantistes tels que "l’État Islamique" (DAESH)…
Les marches silencieuses qui se sont déroulées le dimanche 11 janvier ont rassemblé près de 4 millions de personnes et ont rendu insignifiante la récupération politique orchestrée par le pouvoir. Ces fortes mobilisations fraternelles ont été, pour beaucoup, l’occasion d’exprimer leur rejet de la haine et des racismes. En effet, parmi ces manifestants, nombreuses sont les personnes qui refusaient "l’union nationale". De même, de nombreuses personnes ne sont pas descendues dans la rue le 11 janvier dernier et ceci afin de marquer leur opposition à l’entreprise de manipulation du gouvernement.
Cette manipulation, toujours à l’œuvre, vise a faire oublier la responsabilité des "dirigeants du monde", de ces pompiers pyromanes qui mettent la planète à feu et à sang. Car comment oublier que les dirigeants français présents dans le "carré des personnalités" sont les mêmes qui ont ordonné les interventions militaires déstabilisatrices et meurtrières en Libye (Sarkozy), au Mali et en Centrafrique ou encore en Irak (Hollande) ? Comment oublier que l’Etat français tisse des alliances militaires, économiques et diplomatiques avec par exemple l’Arabie Saoudite, Etat qui finance les fondamentalistes religieux les plus violents, pays où les femmes n’ont aucun droit, où les immigrés vivent dans des conditions inhumaines… ?
Cette politique étrangère mène au désastre, elle est faite de guerres, de soutien aux dictatures, d’exploitation des ressources et des peuples du tiers-monde. Elle produit frustrations et des humiliations au Maghreb, en Afrique et au Moyen-Orient. Non seulement elle ne permet pas de combattre le terrorisme et le fanatisme mais elle renforce les groupes les plus violents.

Nous nous opposons à la barbarie impérialiste qui plonge des régions et des populations entières dans la misère et la guerre. A l’instar de "l’État Islamique", d’Al Qaeda ou de Boko Haram, les organisations fondamentalistes et terroristes que le gouvernement prétend combattre prospèrent sur ce terreau. Ces courants politiques que l’on pourrait qualifier de fascistes islamiques ont souvent bénéficié du soutien financier et militaire de Washington (en ce qui concerne les Talibans par exemple) ou d’Etats tels que le Pakistan, l’Arabie Saoudite, le Qatar ou encore la Turquie (c’est le cas de "l’État Islamique"). Au Moyen-Orient, Maghreb et en Afrique ces courants s’en prennent d’abord aux musulmans, aux droits des femmes et des minorités. Ils détruisent le pluralisme et s’attaquent aux libertés, aux luttes sociales et aux organisations de gauche. Ils font le jeu des dictatures de la région et des grandes puissances qui prennent prétextes de leurs crimes pour mener leurs entreprises impérialistes. Nous ne voulons pas de ce "choc des barbaries".

En France, Valls et Hollande se font les chantres de la liberté d’expression... Comment ne pas y voir une vaste hypocrisie alors qu’ils n’ont pas hésité à interdire l’été dernier des manifestations contre la guerre menée par l’État d’Israël à Gaza, qu’ils ont soutenu les poursuites judiciaires contre les militants de la solidarité ? Pour notre part, nous refusons les indignations sélectives !

Nous ne sommes pas de cette unité nationale, de cette nouvelle "union sacrée" des puissants de ce monde. Nous sommes solidaires de celles et ceux qui de par le monde et en France même, subissent les injustices et les racismes. En France, depuis les attentats contre Charlie Hebdo, une vague d’attaques s’abat contre les lieux de cultes musulmans. Les musulmans sont sommés par des dirigeants politiques et par les grands médias de se désolidariser des auteurs des attentats. Perpétrés par des jeunes français nés en France, ces attentats ont été inspirés par des courants politiques tels qu’Al Qaeda ou "l’État Islamique". Ces courants politiques fascistes n’ont rien à voir avec l’Islam pratiquée par l’immense majorité des musulmans à travers le monde. Demande-t-on aux chrétiens du monde entier de se désolidariser des intégristes qui assassinent aux États-Unis des médecins qui pratiquent l’IVG ? Demande-t-on aux chrétiens français de dénoncer les catholiques intégristes qui attaquent des théâtres et des cinémas quand leurs programmations sont jugées blasphématoires ? Nous refusons tous les amalgames ! Cette politique du deux poids deux mesures est insupportable et porte en elle la marque de l’islamophobie qui est la forme dominante que prend le racisme aujourd’hui.
Notre solidarité va également à celles et ceux qui subissent la montée de l’antisémitisme, dont l’attentat du vendredi 9 janvier était une des expressions les plus violentes.

Nous sommes aux côtés de toutes celles et ceux qui luttent contre les politiques d’austérité que Hollande et Valls poursuivent avec la loi Macron notamment, contre les politiques xénophobes, antidémocratiques, sécuritaires et répressives qu’ils veulent renforcer. Nous nous opposons aux restrictions de nos libertés voulues par le gouvernement. Comme le dit Benjamin Franklin, "un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux".
Nous refusons ce système d’injustices sociales, d’inégalités et de discriminations qui mine notre société et qui génère la désespérance et les violences. Terreau de toutes les régressions, celles dont est porteuse le Front National mais aussi le terrorisme, le chômage de masse, l’exclusion, les politiques xénophobes et anti-immigrés menées par l’Etat, la perte de sens, l’absence de perspective d’avenir produisent cette montée des fanatismes et des extrêmes-droites. "Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde". Ces jeunes qui ont commis les attentats sanglants sont les purs produits de la société française, de ses fractures et de ses injustices. Il est urgent de combattre le mal à sa racine et de bâtir une autre société, un autre monde, basé sur les solidarités, la démocratie réelle, la justice sociale et le partage des richesses.

Le CIIP, janvier 2015

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