Alexis Tsipras met les néolibéraux au pied du mur

Publié le : , par  Marc Ollivier

Après la victoire de SYRISA aux élections, nous avons vu toutes les marionnettes du pouvoir financier dans la plupart des autres pays européens, notamment Angela Merkel et son ministre des finances Schaüble, mais aussi le Président de l’eurogroupe Jeroen Dijsselbloem, l’inénarrable Pierre Moscovici et bien sûr François Hollande, se précipiter dans tous les médias pour claironner le même discours : la Grèce doit payer ses dettes et poursuivre les mesures d’hyper austérité qui étouffent le peuple grec.
La BCE a soutenu ces menaces en décidant de ne plus délivrer de liquidités aux banques grecques (alors qu’elle déverse des milliards d’euros sur les autres banques) si Alexis Tsipras ne se soumettait pas à cette feuille de route néolibérale.

Le gouvernement grec a décidé de rejeter ces diktats de la « troïka »,
de mettre fin aux situations sociales les plus injustes, de suspendre les programmes de privatisation des biens publics et de ré-embaucher les « glorieuses » femmes de ménage du ministère des finances. Il est soutenu par les forces populaires de nombreux pays, comme l’ont montré les manifestations du 15 février à Athènes, Paris, Berlin, Bruxelles, Rome, Lisbonne, Amsterdam, Édimbourg, etc... et à Grenoble !
C’est le début d’un élargissement à toute l’Europe des luttes de résistance au néolibéralisme, fauteur de crises sociales et de concentration des richesses inacceptables.

Sur l’alliance de SYRISA avec les « Grecs indépendants »
Un des membres du CIIP, lecteur attentif de notre journal, nous a adressé la lettre suivante, qui soulève une question irritante pour beaucoup des Français enthousiasmés par la victoire électorale de SYRISA.
« J’ai lu avec attention l’article sur l’élection de Syriza. Je précise tout d’abord que je suis plutôt satisfait de cette élection. Je suis cependant étonné qu’il ne soit fait aucune allusion à l’alliance avec un parti d’extrême droite, opposé a l’immigration (notamment). Ce parti ne défend aucune des valeurs qui nous sont communes. Je regrette, de la part d’une partie importante de la gauche française, le voile posé sur cette alliance, voile qui s’apparente pour moi a un déni de la réalité. »

Voici la réponse du rédacteur de l’article d’Inter-Peuples incriminé
"Cher lecteur attentif, votre étonnement me semble partagé par certains de nos concitoyens de gauche, mais je crois qu’il est sans doute aussi un peu précipité (en précisant qu’il s’agit d’une appréciation tout à fait personnelle).
Bien sûr nous ne pouvions pas évoquer cette alliance de gouvernement dans notre article puisque le bouclage du journal est intervenu la veille des élections (c’est pourquoi cet article portait sur « une défaite historique de l’alliance entre la droite et le PS grecs »), mais peu importe : ce qui compte est de comprendre l’accord politique conclu par SYRISA, après sa victoire, pour affronter les forces puissantes opposées à son programme, notamment au niveau européen. N’y voyez pas un « déni de réalité », mais au contraire un effort pour éclairer plusieurs aspects de cette réalité. Voici donc quelques faits à prendre en considération à propos de l’accord politique que vous évoquez :
a - Le parti concerné se nomme « Parti des Grecs indépendants » et on ne peut, à mon avis, le qualifier d’extrême droite puisqu’il a été créé en 2012 par une vingtaine de députés qui ont ainsi fait scission du parti de la droite gouvernementale « Nouvelle Démocratie » avec à leur tête Panos Kammenos. Ce député avait refusé de voter la confiance à la coalition entre son parti et le PS (après la chute de Papandréou) et voté contre le 2ème mémorandum d’austérité dicté par la « troïka ». Notons aussi que son nationalisme ne se caractérise ni par le racisme ni par la haine envers les immigrés, à l’inverse de l’organisation néo-nazie d’Aube dorée. Les éléments fondateurs de ce petit parti sont donc d’abord l’attachement à la souveraineté nationale de la Grèce et ensuite le refus de la très dure politique d’austérité imposée à ce pays par la « troïka » néolibérale. En acceptant de gouverner avec SYRISA sans que ce dernier ne renonce à aucun de ses objectifs, on peut faire l’hypothèse que ce petit parti de droite a donné une haute priorité à ses deux orientations fondamentales, sur lesquelles il converge avec SYRISA, en lui apportant l’appui de ses 13 députés dans un contexte politique où elles sont au cœur des défis qu’affronte le nouveau gouvernement.
b - Il n’en reste pas moins que « Les Grecs indépendants » sont un parti de droite, dont les autres positions, notamment sur les problèmes sociétaux, s’écartent beaucoup de celles de SYRISA. Il faut toutefois souligner que le poids de ce parti est très faible dans l’alliance avec SYRISA : 13 députés d’un côté, 149 de l’autre, un seul ministre au gouvernement. Si SYRISA parvient à atteindre ses objectifs dans la négociation européenne qui s’annonce sur la dette publique, et à mettre en œuvre son programme social comme il a commencé à le faire, il disposera d’une force politique immense.
Je citerai pour conclure la déclaration du professeur de sciences politiques Michalis Spourdalakis : « de toute façon, SYRISA n’avait pas le choix : le parti n’a pas eu la majorité absolue ; aller vers de nouvelles élections aurait été irresponsable ; il fallait donc former une coalition au plus vite. Or le Parti communiste a de lui-même refusé toute alliance avec Syriza, et Syriza de son côté ne pouvait aller avec les partis responsables des politiques d’austérité, ni avec La Rivière, une formation fourre-tout qui rassemble opportunistes, néolibéraux et amis des marchés… »

(cité par Amélie Poinssot sur Mediapart - 26 janvier 2015)

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